Vaclav Havel, une main de "velours" posée sur la littérature et l'Histoire

Havel avec le Dalaï Lama
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Havel avec le Dalaï Lama - © EPA

Le dramaturge et ancien président tchèque Vaclav Havel, mort ce dimanche à l'âge de 75 ans des suites d’une infection pulmonaire, a marqué l'histoire de son pays, la Tchécoslovaquie mais aussi l'histoire de l'Europe et de la littérature.

Certains hommes font l’Histoire sans réellement le vouloir. A force de hasard et de coup du sort. Mais au jour de leur mort, la marque qu’ils impriment sur la marche du monde revient au grand jour. C’est le cas pour Vaclav Havel, mort à 75 ans et héros d’une "révolution de velours". Une révolution qui libéra son pays, sans violence, du joug communiste le 29 décembre 1989.

Le jeune Vaclav Havel nait à Prague le 5 octobre 1936. Fils d’une famille d’humanistes et d’entrepreneurs Tchécoslovaque accusé d’avoir collaboré avec les Allemands, il ne peut faire d’étude à cause du régime communiste qui le taxe d’"ennemie de classe". En dépit de ces obstacles, Vaclav Havel assiste à des cours du soir pour préparer son baccalauréat et ainsi poursuivre des études d’économies à l'Ecole technique supérieure de Prague.

Dès l’âge de 19 ans, inspiré par la tradition familiale, il commence à publier des nouvelles et des articles notamment dans de revues liées au théâtre. Ce monde, il ne le quittera plus. Dès 1960, après son service militaire, il travaille au "Divadlo Na zábradlí" ("Théâtre sur la balustrade") qui produit sa première pièce. "Assainissement", "Audience", "Fête en plein air", "Largo Desolato" ou encore "Vernissage" sont autant d’exemples de ses créations à la croisée de l’absurde et de l’héritage kafkaïen.

Le communisme comme bête noire

Le communisme le chasse de ces scènes qu’il affectionne tant. Le Printemps de Prague, mouvement de libéralisation de la Tchécoslovaquie, est réprimé dans le sang par les chars soviétiques du Pacte de Varsovie. Vaclav Havel refuse néanmoins de fuir son pays et s’engage alors dans la dissidence. Il se fait connaitre lors de l’envoi d’une lettre ouverte au président Gustáv Husák. Il y dénonce la situation critique de la société et la responsabilité du régime politique. Son activisme en faveur des droits de l’Homme se fait toujours plus pressant, il l'un des co-fondateurs, et l'un des trois porte-paroles de la Charte 77. Cette Charte rappelle publiquement au tout puissant régime communiste, ses engagements en faveurs des droits, des engagements qu’il a bien vite oublié pour s’engager dans la normalisation de la société tchécoslovaque.

Opposant gênant, il passera 4 ans en prison. Pendant son incarcération, il écrit ses célèbres "Lettres à Olga", son épouse.

Les jours de novembre 1989 marqueront sa vie et l’Histoire. Dissident extrêmement populaire, la foule le porte naturellement à la tête du Forum Civique, l’association pour la promotion de la démocratie. Les manifestations se succèdent, la foule se fait pressante, le pouvoir ne peut plus rien et Vaclav Havel évince le secrétaire général du Parti communiste. Son élection à la présidence de la République, le 29 décembre 1989, par les députés communistes du Parlement fédéral, tournait définitivement la page de la Tchécoslovaquie socialiste, à l'issue d'un mois et demi de "révolution" sans effusion de sang ni bris de vitrine.

Il est alors le dernier président de son pays. La Tchécoslovaquie éclatant en 1992. Vaclav Havel vit cela comme un échec. Le pire pour Havel, c'est le "provincialisme tchèque", cette "petite mentalité mesquine". Réduit par la Constitution tchèque à un rôle aussi emblématique qu'honorifique, il supervise la démocratisation de son pays, le passage à l'économie de marché, l'adhésion à l'Otan en 1999 puis les préparatifs à l'entrée dans l'Union européenne en 2004. Il quitte le pouvoir de la République tchèque en 2003.

Au fil des années, son étoile à Prague pâlit. Ses ingérences dans le travail du gouvernement lui valent des critiques acerbes d'une partie de la classe politique. Après la mort de sa femme Olga en 1996, son remariage rapide avec une actrice célèbre, Dagmar Veskrnova, suscite la désapprobation.

Un homme malade

Comme héritage, les prisons soviétiques lui donnèrent une pneumonie chronique altérant pour toujours son état de santé. A cela s’ajoute un cancer du poumon dû à son amour de la cigarette, cancer opéré en 1996.

Outre une bronchite chronique, il souffrait régulièrement de problèmes cardiaques et intestinaux. Il réchappe d’un infarctus en 1998, juste après une perforation intestinale. Sa bronchite ne le quitte jamais vraiment et le contraint régulièrement à écourter des voyages officiels comme 2001, en 2002 ou en 2003.

Sa constitution fragile le poussait à s’interroger sur sa propre fin. "Je réfléchis de plus en plus souvent à la mort. J'ai l'impression de me trouver dans une forêt où l'on abat les arbres l'un après l'autre, et qui devient petit à petit une clairière. J'y pense souvent et je vais probablement encore écrire quelque chose sur ce sujet", déclarait-il en février 2011.

Essayiste et dramaturge, proche du rock

Outre sa stature d’opposant au communisme, Vaclav Havel laisse derrière lui une marque profonde dans la littérature mondiale. Maitre de l’absurde il est l’auteur d’une quinzaine de pièces avec pour thème central l’identité humaine. De même, ses essais connaissent un grand succès outre les "Lettres à Olga". Six autres essais marquent son existence littéraire, reconnue dans le monde et primée à de multiples reprises.

Président atypique il fréquente les stars du rock comme Frank Zappa et Lou Reed. Il fréquente les bars jazz comme le Radost FX ou le Reduta Jazz Club où Bill Clinton joua du saxophone.

Ouvrages de Vaclav Havel

Théâtre

En voici les principaux titres :

  •    "Garden-Party" (1963) et "L'Aide-Mémoire" (1965) ses deux premières pièces.
  •    "Difficulté accrue de concentration" (1967)
  •    "La Grande roue" (1972), inspirée de "l'Opéra des gueux" de John Gay, a été écrite peu après la décision prise en 1969 d'interdire l'auteur de publier en Tchécoslovaquie.
  •    "Audience" (1975), une de ses pièces les plus connues, mise à l'affiche à Prague au lendemain de la révolution de velours en décembre 1989, "Vernissage"(1975) et "Pétition" (1978), sont trois pièces en un acte.
  •    "La Faute" (1984), écrite en prison.
  •    "Largo Desolato" (1984), écrite peu après sa sortie de prison, elle traite de la solitude d'un être qui se sent traqué.
  •    "Assainissement" (1989).
  •    "Sur le Départ" (2007), librement inspiré du "Roi Lear" de William Shakespeare et de la "Cerisaie" de Tchekhov.  

Essais

  •    "Lettres à Olga" (1983), écrites pendant ses quatre années de prison (1979-83) et adressées à sa première femme Olga, décédée en 1996.
  •    "Essais politiques", un recueil publié en France en 1989, qui s'ouvre sur la "Lettre ouverte à Gustáv Husák" (1975). Adressée au président de la république tchécoslovaque, elle dénonçait les "mécanismes de la dictature intellectuelle en    Tchécoslovaquie". Dans la plupart des textes de ce recueil perce le tragique, notamment dans "Le Pouvoir des sans-pouvoir" (1978), "La Politique et la conscience" (1984), "L'Anatomie d'une réticence" (1986).
  •    "Interrogatoire à distance" (1987)
  •    "Ma conception d'une nouvelle Europe" (1990)
  •    "Réflexions d'été" (1991), inspirées par deux ans d'exercice du pouvoir.
  •    "Il est permis d'espérer" (1997). Dans cet essai Vaclav Havel réfléchit sur la fin du millénaire.
  •    "A vrai dire" (2006), inspiré par ses treize années au pouvoir.

RTBF avec AFP

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