Vaccins et traitements: de nouvelles armes dans la lutte contre Ebola

"Le taux de mortalité pour les personnes atteintes de la maladie à virus Ebola, sans traitement, est très élevée" : plus de 60%.
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"Le taux de mortalité pour les personnes atteintes de la maladie à virus Ebola, sans traitement, est très élevée" : plus de 60%. - © PATRICK MEINHARDT - AFP

La course au développement de traitements et de vaccins contre Ebola s'est accélérée depuis la plus grande épidémie de l'histoire qui a dévasté l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016.

Un vaccin expérimental a été distribué l’an dernier en République Démocratique du Congo, et a été utilisé pour la première fois à grande échelle lors d’une épidémie précédente dans une autre région au Nord-Ouest du pays, laquelle a été rapidement contenue. Depuis, plus de 180.000 personnes en ont bénéficié, et la vaccination est un élément important de la stratégie de lutte contre l’épidémie, qui sévit depuis un an à l’Est de la RDC, responsable de plus de 1900 morts.

Tenter de convaincre les réticents

Ce vaccin, produit par le laboratoire américain Merck, est adapté aux situations de crise, car il s'injecte en une seule dose et assure une immunité dans les 10 jours. La méthode utilisée pour l’instant est une vaccination dite "en anneau". "Nous identifions les contacts des personnes atteintes du virus, et les contacts de ces contacts, et nous les vaccinons, dit le docteur Gaston Tshapenda, qui coordonne la "Riposte" à Béni, la structure de coordination de la lutte contre Ebola orchestrée par le ministère congolais de la Santé. Il s’agit d’une vaccination volontaire, mais nos équipes sur le terrain tentent de convaincre les personnes qui ont des réticences."

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La méfiance d’une partie de la population envers le vaccin reste un obstacle et des rumeurs diverses circulent. Le débat s’est encore un peu plus animé ces dernières semaines, alors que l’OMS a recommandé l’introduction d’un deuxième vaccin expérimental, produit par le laboratoire belge Janssen, filiale de l'Américain Johnson & Johnson. Ce vaccin devrait cependant être administré en deux doses, à 6 semaines d’écart. Une démarche qui semble plus difficile à mettre en œuvre dans le contexte local. Certains y voient un outil de plus dans la lutte contre la maladie, d’autres s’y opposent vivement et redoutent que des laboratoires se servent des populations vulnérables pour tester leurs produits.

Enrayer l'épidémie d'Ebola, avec les moyens du bord

"Les gens signent un formulaire de consentement, mais on peut se demander dans quelle mesure ils reçoivent les informations suffisantes pour prendre une décision", s'interroge Stewart Muhindo, du mouvement citoyen Lucha à Béni. "Il faudrait que la communication sur la vaccination se fasse de manière à répondre vraiment aux questions de la population, estime Aline Serin, coordinatrice de projet pour Médecins sans Frontières. Quand des gens voient des personnes qui se font vacciner alors qu’ils n’ont pas de symptômes, puis développent la maladie quelques jours plus tard (parce qu’ils avaient été contaminés avant de recevoir le vaccin, ndlr), ils ne comprennent pas. Mais cela s’explique, avec des messages adaptés, peut-être plus élaborés que ceux qui peuvent être diffusés en quelques minutes par du personnel pas vraiment médical."

De nouveaux médicaments sont aussi utilisés. Un essai clinique a été mené sur un peu plus de 700 patients, qui ont reçu quatre traitements administrés de manière aléatoire. "Le taux de mortalité pour les personnes atteintes de la maladie à virus Ebola, sans traitement, est très élevée (plus de 60%, ndlr), constate le Dr Modet Camara Alseny, médecin qui a supervisé la mise en application de l’étude au centre de traitement Ebola (CTE) de Béni. Mais deux médicaments, des anticorps monoclonaux, ont prouvé leur efficacité. La mortalité chute à moins de 30% pour les patients à qui ils ont été administrés."

Pour le professeur Jean-Jacques Muyembe, le coordinateur de la lutte contre Ebola en RDC et l’un des scientifiques qui a contribué à la découverte du virus, il s’agit "d'une nécessité". "Cette maladie n’a pas encore de vaccins ou de traitements homologués, dit-il. Nous devons utiliser ce que nous avons à notre disposition pour enrayer l’épidémie."

Matin Première 14/08/2019

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