Ursula von der Leyen: "Il y a eu des erreurs sur la vaccination au niveau de l'Union européenne"

Ursula von der Leyen reconnait des erreurs au niveau UE
Ursula von der Leyen reconnait des erreurs au niveau UE - © Belga

Une Europe unie, garantie d'un accès de tous les Etats-membres au vaccin contre le Covid-19, mais des défis encore à relever, des lenteurs dans les autorisations et quelques erreurs dans le travail de la Commission européenne, entre autres dans l’imbroglio sur les exportations de vaccins vers l’Irlande du Nord : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen reconnait qu'il y a moyen de s'améliorer. "Mais travailler dans l'unité en tant qu'Europe unie était la bonne chose à faire, argumente Ursula von der Leyen dans une interview accordée à la RTBF. "Si certains Etats-membres avaient eu accès au vaccin et les autres pas, cela aurait été un désastre pour notre marché unique et une réelle menace contre l'unité de l'Union européenne. Nous pouvons nous améliorer. (...) La production de masse est un grand défi, créer des chaînes d'approvisionnement stables pour produire des millions et de millions de vaccins. Le soutien de l'industrie est nécessaire. (...) Nous devons aussi revoir notre processus d'autorisation".

Ecoutez l'interview en anglais ci-dessous.

 

Besoin de transparence

Ursula von der Leyen était très attendue mercredi au Parlement européen. Elle a reconnu, entre autres, avoir été trop optimiste sur la production de masse de vaccins. "Il y a eu des erreurs dans le processus de décision […] Je le regrette profondément", a-t-elle expliqué face au Parlement. Mais Ursula von der Leyen a défendu sa stratégie d’achats groupés de vaccins au nom des 27. Une stratégie qui, selon, garantit des vaccins sûrs et efficaces, accessibles à tous les Européens. La présidente de la Commission a aussi promis plus de transparence, une des principales exigences des parlementaires européens.

Plus de 120 eurodéputés se sont exprimés, des prises de parole globalement modérées. La stratégie vaccins de la Commission a reçu un large soutien, notamment du PPE, le groupe démocrate-chrétien, la famille politique d’Ursula von der Leyen : "Il était juste de ne pas faire de différence des citoyens de première et de seconde classe, de garder l’Europe unie."

Rester unis et constructifs, c’était aussi le message envoyé dans les rangs socialistes où on a insisté sur le besoin de transparence : "Ce parlement doit avoir un groupe de suivi avec la Commission pour obtenir toutes les informations, parce que nous avons investi beaucoup d’argent public."

Les attaques personnelles contre Ursula von der Leyen ont été plus rares mais il y en a eu, comme ici venant d’une députée Renew : "Ce que nous avons vu jusqu’ici, c’est un manque de communication, pas de contrôle démocratique, refus des questions des journalistes. Lors d’une crise, c’est la recette du désastre."

Plus dure, la gauche radicale a pointé la faiblesse de la Commission face aux labos pharmaceutiques : "J’ai le sentiment Madame von der Leyen que les dirigeants des big pharma ont fait la loi à votre place." Les critiques les plus virulentes sont venues de l’extrême avec quelques appels, mais pas beaucoup, à la démission.

L’Irlande et le Brexit

Fin janvier, confrontée à la firme AstraZeneca qui revoit à la baisse ses livraisons prévues pour l’Union européenne, la Commission introduit à la hâte un nouveau mécanisme de "transparence" et d’autorisation des exportations de vaccins contre le coronavirus. Il prévoit un contournement des règles du "protocole nord-irlandais", partie essentielle de l’accord Brexit, ce qui est condamné de toutes parts. La Commission fait rapidement marche arrière, mais ce faux pas a marqué les esprits et est venu nourrir les critiques de Londres et des unionistes nord-irlandais.

"Finalement", les choses ont été rectifiées, s’est défendue Ursula von der Leyen. "La Commission fera tout son possible pour préserver la paix sur l’île (d’Irlande), comme elle l’a fait durant tout le processus du Brexit", assure-t-elle.

Un calendrier trop optimiste au départ

Avec les retards de livraisons et les passes d’armes avec les laboratoires, notamment AstraZeneca, Ursula von der Leyen a déclaré que 26 millions de doses de vaccins avaient désormais été réparties entre les 27 pays de l’UE et que 70% des adultes européens devraient avoir été vaccinés d’ici la fin de l’été.


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"Globalement, nous avons sous-estimé la difficulté liée à la production de masse […] On ne crée pas un site de production du jour au lendemain, et ces vaccins intègrent jusqu’à 400 composants. En quelque sorte, la science a dépassé l’industrie", souligne-t-elle.

"Et cependant, c’est un fait que nous ne sommes pas aujourd’hui là où nous voudrions être dans la lutte contre le coronavirus", a-t-elle dit devant le Parlement européen.

"Nous avons été en retard avec l’approbation (des vaccins). Nous avons été trop optimistes sur la production de masse. Et peut-être avons-nous eu aussi trop de certitudes sur le fait que les commandes seraient effectivement livrées dans les temps", a-t-elle ajouté.

La présidente de la Commission admet aussi qu’une succession d’erreurs a conduit à la décision de contrôler les exportations de vaccins.

Ursula von der Leyen défend la centralisation des commandes de vaccins par la Commission, qui a évité selon elle une situation injuste dans laquelle quelques grands pays auraient pu profiter de leur puissance pour s’octroyer les doses disponibles.

Elle juge aussi que l’Union européenne ne pouvait pas se permettre de précipiter ses procédures de validation de vaccin, quitte à ce que cela lui fasse perdre trois ou quatre semaines sur d’autres pays. "Il n’y a pas de compromis à faire lorsqu’il s’agit d’injecter une substance biologiquement active sur une personne en bonne santé, c’est pour cela que nous nous appuyons sur le processus de contrôle de l’EMA, notre Agence européenne des médicaments, et oui, le processus prend de 3 à 4 semaines supplémentaires".

Des leçons à tirer

L’Union européenne va mettre en place un nouveau réseau d’essais cliniques afin de fournir plus rapidement des données aux autorités de régulation ainsi qu’un groupe de travail chargé d’accélérer la production de vaccins, a annoncé la présidente de la Commission.

Si on peut donc reprocher quelques erreurs à l’Union, "nous en tirons des leçons", sans attendre, a indiqué la présidente de la Commission. Il y a ainsi du travail à faire pour améliorer le partage des données des essais cliniques avec l’EMA, l’Agence européenne des médicaments chargée d’évaluer la sûreté des nouveaux produits, observe-t-elle. Un nouveau réseau européen d’essais cliniques ainsi qu’un futur nouveau cadre réglementaire autour du travail de l’EMA sont annoncés.

La future HERA (Health Emergency Response Authority) devra aussi jouer un rôle dans une meilleure coordination de la production de matières premières des vaccins.

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