Vaccin anti-coronavirus : l'ancien président français François Hollande soutient la levée des droits intellectuels

De fortes inégalités subsistent dans le monde face à la vaccination. Des lauréats du prix Nobel et d’anciens chefs d’Etat ou de gouvernement ont appelé le président américain Joe Biden à se rallier à une proposition de levée temporaire des brevets sur les vaccins. Ils sont quelque 170 à signer la lettre ouverte.

Parmi les signataires et instigateurs de cet appel, l’ancien président français François Hollande. Il a expliqué le sens de sa démarche à Julie Morelle, sur le plateau du Journal Télévisé.

Quel est le sens de cette démarche ?

Nous sommes dans une période où il faut se faire vacciner. Partout. Bien sûr dans nos pays respectifs. Mais si face à une pandémie mondiale, une partie du monde reste sans vaccin, nous vivrons encore, des mois et des mois, avec cette pandémie et des variants de toutes sortes. J’ai vu que le président Biden était prêt à lever un certain nombre de restrictions, notamment sur ce qu’on appelle les brevets, la propriété intellectuelle. Alors, j’ai accepté bien volontiers de me joindre à d’autres dirigeants ou anciens dirigeants du monde pour que nous puissions pendant un temps particulier, exceptionnel, adapter nos règles commerciales pour que nous puissions laisser produire par beaucoup de pays émergents des vaccins qui sont absolument indispensables.

Les entreprises pharmaceutiques ont trop de pouvoir dans cette crise ?

Il était légitime que ces entreprises qui ont fait un effort de recherche, d’investissement, puissent être récompensées et avoir des contrats. Ils les ont eus. Ils fournissent à tous ceux qui peuvent acheter ces vaccins de nombreux produits, de nombreuses doses et aujourd’hui, ce serait incompréhensible que ces laboratoires puissent être les seuls à fabriquer les vaccins. Donc il faut, en levant les règles concernant les brevets, à court terme ou à moyen terme, et surtout pendant un temps limité, permettre qu’il y ait des productions de ces vaccins dans les pays qui en ont le plus besoin.

La lettre est adressée à Joe Biden. C’est le bon destinataire ?

En tout cas, il avait, lui, fait une déclaration. Quelques fois, il faut être prudent dans ses déclarations, mais il en avait fait une, récemment, qui laissait penser qu’il était prêt à aller dans la direction que je souhaite, c’est-à-dire de faire des dérogations, des exceptions, à l’organisation mondiale du commerce, aux dispositions qui justement protègent la propriété intellectuelle, et donc, je me suis dit, il faut prendre au mot Joe Biden. Et c’est vrai que si la première puissance occidentale, qui a aussi beaucoup de laboratoires sur son sol, arrive à accepter ces dérogations, nous devrions, tous les pays du monde, nous joindre à cette initiative.

Quelle chance d’aboutir ? Il y a 20 ans, la même idée pour le SIDA a fait long feu.

Oui, et c’est ce qui explique aussi pourquoi on a encore un problème récurrent avec le SIDA. Aujourd’hui, je ne fais pas de pari, je n’essaye pas de savoir quelle est la probabilité. Ce que j’essaye de faire comprendre, et parmi les signataires que j’ai voulus aussi pluriels que possible, il y a des femmes et des hommes qui ont toutes les sensibilités politiques, de faire comprendre qu’il y a un moment, il faut déroger à des règles si on veut nous-mêmes sortir vivants de cette pandémie.

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