V. Reding: "En 15 ans, je n'ai pas encore vu cette Commission libérale"

La Luxembourgeoise termine son troisième mandat à la Commission mais elle refuse d'endosser les critiques adressées à l'Europe sur l'austérité forcée. Elle se dit terriblement triste pour les jeunes Grecs mais accuse leurs parents et leurs grands-parents de les avoir mis dans cette situation noire.

Le Luxembourg est trop petit pour qu'elle puisse se permette d'entrer en campagne ouverte contre son éternel rival Juncker, l'ex-Premier ministre, pour la course à l'Europe. Mais elle est très claire sur le fond: elle a encore envie de jouer un rôle en Europe "pour bâtir un avenir meilleur pour ses trois garçons".

Protection des données personnelles: "Le Royaume-Uni bloque les choses"

Qui est-ce qui bloque les choses ? Est-ce la Grande-Bretagne notamment dont on soupçonne que les services britanniques bénéficieraient aussi de ces données personnelles "volées" ou chercheraient même à chercher ces données personnelles ? Les Britanniques sont-ils loyaux vis-à-vis des partenaires européens dans ce dossier?

V. Reding : "Non. Pas seulement sur ce dossier, sur beaucoup d'autres dossier. Mais il faut savoir aussi que les Britanniques ne font pas la pluie et le mauvais temps parce qu'ils s'auto-isolent par leur position très négative en fait. Et il y a une grande majorité d'Etats membres qui ont la majorité et c'est un vote à la majorité par les Etats membres (qui est nécessaire pour adopter le dispositif européen de protection de la vie privée, ndlr). Donc on pourrait très bien avancer sans les Britanniques. Mais ce sera comme toujours, une fois que les autres avanceront, les Britanniques vont suivre."

Protection de la vie privée: "Il faut donner des dents aux citoyens européens"

V. Reding : "Les régulateurs nationaux de la vie privée et des données personnelles n'ont pas, selon les lois nationales, assez de dents pour pouvoir mordre. Et moi je veux leur donner des dents. Et c'est pour ça que dans la nouvelle loi (européenne, ndlr), ils pourront imposer jusqu'à un milliard de sanctions sur une grande entreprise américaine et là ça fera mal. Et donc à partir de là, l'entreprise va réfléchir à deux fois si elle veut obéir aux lois européennes ou non. Et c'est par ce biais-là qu'on pourra mieux protéger les citoyens européens qu'on ne les protège aujourd'hui."

"Mme Reding, si vous étiez une mère grecque?"

V. Reding : "J'ai fait un dialogue citoyen à Thessalonique, en discutant pendant des heures avec ces jeunes qui avaient fait leurs études et qui disent : ‘où est notre avenir ‘? Et j'ai presque pleuré avec eux parce qu'en fait, oui ce n'est pas leur faute mais c'est la faute de leurs parents, de leurs grands-parents, de leurs arrière-grands-parents qui ont laissé aller la chose, qui n'ont pas réussi à construire une administration qui peut fonctionner, qui n'ont pas un système pour collecter les impôts, qui ont dépensé n'importe quoi n'importe comment sans construire un Etat. Et maintenant on a un problème. Je suis allée là, je leur ai dit."

"La Commission n'est pas libérale"

V. Redding : Je sais qu'il y a des mots qui sonnent bien et comme ça tout le monde les répète. Il y a des mots comme ‘le diktat de Bruxelles’ et ‘l'austérité.’ Alors il n'y a ni diktat.

A. Ruyssen : Recette libérale aussi, ça ils pointent aussi régulièrement.

V. Reding : "Ah oui ça aussi parce que c'est bien connu que la Commission européenne est composée de libéraux. Vous en voyez un devant vous, la démocrate-chrétienne que je suis est aussi une ‘libérale‘ soi-disant. Ça fait 15 ans que je suis dans cette Commission, 15 ans que je vis ça au jour le jour, qu'on a toutes les semaines une réunion du collège. Et bien cette mainmise des libéraux sur la Commission, je ne l'ai pas encore vue."

La mauvaise gouvernance française favorise la montée de l'extrême-droite

V. Reding : "Il me semble que ce soit le cas parce que c'est quand même très intéressant de voir que dans les - je parle en général parce qu'il y a toujours des petites exceptions aux règles - mais en général dans les pays qui sont plus ou moins bien gérés, qui sont solidement gérés, où il y a des gouvernements qui essaient de faire leur travail et qui sont reconnus aussi en tant que tels, de quelque obédience politique d'ailleurs qu'ils soient, ça n'est pas important, on voit que l'extrême-gauche et l'extrême-droite restent très marginales."

Donc ce n'est pas le cas de la France si je vous comprends bien ?

V. Reding : "Il me semble. Par exemple parlons du Front National: lorsque la France n'avait pas les problèmes qu'elle a aujourd'hui, le Front National faisait quand même entre 10 et 15%. On est en Belgique ici, autour de la France, dans les régions frontalières, près du Luxembourg et dans le sud, c'est très intéressant mais il y a un terreau fertile déjà au départ qui, bien sûr, lorsqu'il y a une déficience des autres partis politiques, ce terreau fait croître beaucoup."

Béatrice Delvaux

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