State of the Union: Obama voudrait une zone de libre-échange avec l'Europe

"Nous allons lancer des discussions sur un accord transatlantique global sur le commerce et l'investissement avec l'Union européenne parce qu'un commerce libre et équitable de part et d'autre de l'Atlantique soutiendra des millions d'emplois américains bien payés", a déclaré Barack Obama dans son discours sur l'état de l'Union, à Washington.

Évoqué depuis plusieurs années, un accord de libre-échange américano-européen a retrouvé un nouvel élan depuis fin 2011 après un nouvel échec des négociations internationales menées sous l'égide de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Le processus devait toutefois être formellement lancé au niveau politique pour que les discussions entrent dans le vif du sujet. "Même si nous protégeons notre population, nous devons nous souvenir que le monde d'aujourd'hui présente certes des dangers mais aussi des opportunités", a souligné le président américain.

Dans son discours, Barack Obama n'a donné aucun détail sur cet espace économique qui regrouperait deux géants économiques et plus de 800 millions de consommateurs. Les échanges commerciaux entre les deux partenaires ont très légèrement progressé en 2012 pour atteindre 645,9 milliards de dollars.

Les droits de douane entre les deux blocs sont à l'heure actuelle relativement bas mais il reste, notamment côté américain, des secteurs protégés (habillement, transport maritime...) où les barrières commerciales sont encore élevées. Côté européen, la libéralisation des échanges devrait faire débat sur l'agriculture notamment sur la question des organismes génétiquement modifiés (OGM), courants aux États-Unis et proscrits dans l'Union européenne.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a pour sa part salué l'ouverture des négociations entre l'Union européenne et les Etats-Unis en vue d'un accord de libre-échange. "Le futur accord sera un véritable moteur pour nos économies. Il apportera 0,5% de richesse en plus pour les Européens", a affirmé mercredi José Manuel Barroso lors d'une conférence de presse.

La politique intérieure au cœur des préoccupations

Fort d'un capital politique renouvelé après sa réélection, le président américain a également appelé mardi soir le Congrès à agir sur la réglementation des armes à feu et le climat. Le dirigeant démocrate a aussi confirmé le retour de la moitié du contingent américain d'Afghanistan d'ici un an, et souhaité discuter d'une réduction des arsenaux nucléaires avec la Russie.

Moins d'un mois après avoir prêté serment une seconde fois, Barack Obama a prononcé d'un ton conquérant ce discours en forme de feuille de route, face à des élus dont l'accord serait nécessaire à l'application intégrale de son programme de gouvernement, mais qui lui sont en partie hostiles. Conséquence et symbole du grippage des institutions en période de cohabitation entre les républicains au Congrès et l'administration démocrate, des coupes budgétaires drastiques sont censées entrer en vigueur le 1er mars, ce qui serait "vraiment une mauvaise idée", s'est écrié Barack Obama en appelant les élus à adopter une "approche équilibrée". Ces coupes "ralentiraient certainement notre reprise, et nous coûteraient des centaines de milliers d'emplois", a-t-il affirmé, en prônant d'investir dans une croissance solide à long terme, qui "ne devrait pas augmenter notre déficit d'un centime".

Le grand moment d'émotion de la soirée s'est produit lorsque Barack Obama a appelé avec passion le Congrès à renforcer la réglementation des armes à feu dans la foulée du massacre d'écoliers à Newtown, en décembre.

"Protéger les générations futures" du réchauffement

Salué par une ovation de 30 secondes, Barack Obama a pris les élus à témoin de la détresse de ses parents, et affirmé qu'ils "mérit(aie)nt un vote" du Congrès, comme les victimes de Newtown et celles d'autres fusillades récentes.

Le président américain a en outre défendu une remise à plat du système d'immigration, un sujet auquel certains républicains ont semblé être plus favorables depuis l'élection de novembre, où ils ont été boudés par les électeurs issus des minorités. "Envoyez-moi une loi de réforme globale de l'immigration au cours des prochains mois et je la signerai immédiatement", a promis le président américain.

Sur un autre sujet dont l'avenir devrait être pavé d'embûches au Congrès, Barack Obama a appelé les élus à légiférer "rapidement pour protéger les générations futures" du réchauffement climatique, faute de quoi il a promis d'agir par la voie réglementaire. 

"J'appelle ce Congrès à rechercher une solution bi-partisane (...) face au changement climatique (...) mais si le Congrès n'agit pas rapidement pour protéger les générations futures, je le ferai", a-t-il déclaré, cela même si sa marge de manœuvre en l'absence d'accord du Congrès est limitée.

Peu après son arrivée au pouvoir en 2009, Barack Obama avait proposé un ambitieux projet de loi sur l'énergie et le climat visant à réduire sensiblement les émissions de CO2 des États-Unis, deuxième émetteur de gaz à effet de serre derrière la Chine. Mais il s'est vite heurté à l'hostilité d'une large partie du Congrès et a fait machine arrière. "Nous pouvons choisir de croire que l'ouragan Sandy, les plus graves sécheresses depuis des décennies et les pires feux que certains États ont connus ne sont que pure coïncidence", a-t-il lancé lors de son discours.

Le président américain a une nouvelle fois appelé de ses vœux une profonde mutation énergétique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis et gagner en compétitivité économique. "Il y a quatre ans, d'autres pays dominaient le marché des énergies propres et créaient les emplois qui vont avec. Nous avons commencé à changer cela. L'an dernier, l'énergie éolienne a représenté près de la moitié des nouvelles capacités de production d'électricité en Amérique. Donc produisons-en même davantage. L'énergie solaire devient meilleur marché cette année, donc abaissons encore davantage ses coûts", a-t-il suggéré. Il a également proposé qu'une partie des revenus pétroliers serve à constituer un fonds de sécurité énergétique (Energy Security Trust) afin que la recherche et la technologie permettent aux voitures et aux camions de moins dépendre du pétrole.

Le président américain a enfin fixé "un nouvel objectif" à l'Amérique: "Réduire de moitié l'énergie dépensée dans nos maisons et nos entreprises d'ici les vingt prochaines années".

Rapatriement d'Afghanistan

Sur le plan extérieur, Barack Obama a promis une "action ferme" face aux "provocations" de la Corée du Nord, qui avait mené quelques heures plus tôt son troisième essai nucléaire. Il a aussi exhorté les dirigeants iraniens à sortir par la voie diplomatique de la crise provoquée par leur programme nucléaire controversé. Il a enfin dit vouloir négocier avec la Russie une réduction supplémentaire de l'arsenal des deux pays. Et il a énoncé l'objectif de rapatrier d'Afghanistan dans les 12 mois à venir plus de la moitié des 66 000 soldats américains déployés sur place. A la fin 2014, "notre guerre en Afghanistan sera terminée", a-t-il assuré.

Avec agences

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