USA: le bilan de Barack Obama vu par les Noirs américains

C'est l'heure du bilan pour Barack Obama. Il y a huit ans, un immense espoir était né dans la communauté noire du pays. Plus de 90% des afro-américains avaient d'ailleurs voté pour lui. Obama a-t-il été à la hauteur de ces espoirs? Pour beaucoup, la réponse est non. Certes, le système de santé a été réformé, mais les inégalités raciales, les violences policières envers les Noirs sont encore très présentes. 

Ce sont deux activistes, deux défenseurs des droits des afro-américains: Natasha Harper-Madison et Buffalo Black. Natasha est une femme d’affaire engagée. Jamil, alias Buffalo Black, chante pour dénoncer les inégalités raciales, qui sont toujours très présentes, même après les huit années de présidence de Barack Obama. Il nous emmène à travers les rues de Dallas pour nous faire comprendre les problèmes. "Il y a beaucoup d'inégalités à Dallas, déplore le rappeur. Économiquement, la ville est divisée en deux. Il y a le nord qui est riche, et il y a le sud, qui est beaucoup plus misérable. Ici, les infrastructures sont délabrées, il y a beaucoup de pauvres et de sans-abris".

Déçus par Obama

Dans les quartiers populaires cette ville très inégalitaire, on croise régulièrement des sans-abris afro-américains. "Ce sont des situations pour lesquelles j'aimerais vraiment apporter un changement un jour. C'est certain, on a beaucoup de problèmes à résoudre dans notre pays", constate Jamil. En 2008, quand Barack Obama est arrivé au pouvoir, Jamil Kelley avait beaucoup d'attentes et d'espoirs. Mais aujourd'hui, il est en partie déçu: "Obama a développé les attaques de drones, il a continué les guerres en Irak et en Afghanistan. Or nos priorités doivent revenir ici aux Etats-Unis. Il y a des personnes ici qui traversent des épreuves difficiles, qui se sentent opprimés et dont les voix doivent être entendues".

Le site internet de Bufflalo Black : https://bfloblack.bandcamp.com/

A Austin, la politique de Barack Obama a également été très suivie par Natasha. Elle ne cache pas sa déception. Ce président noir n'a pas résolu les nombreux problèmes de la communauté afro-américaine. La crise économique les a davantage fragilisés. "On a le cas d'une dame qui devait payer moins de 500 euros pour faire des réparations dans sa maison et elle ne pouvait pas les payer, raconte Natasha Harper-Madison. Donc elle voulait vendre sa maison familiale, qu'elle possède depuis 50 ans. Donc pour l'aider, on lui a trouvé une organisation qui offre des subventions".

A Austin, une ville en plein développement économique, la pression immobilière est particulièrement forte et les afro-américains en sont les premières victimes. "Les noirs vivent dans ce type de maison, mais de plus en plus de riches viennent s'installer ici, explique Fatima Mann, la cofondatrice de la "Coalition justice d'Austin". Ils achètent des maisons comme celles-ci. Du coup, les taxes de propriété des maisons du quartier augmentent. Et les noirs qui vivent ici n'ont plus les moyens de les payer".

"L'argent est resté roi"

Voilà qui creuse à nouveau les inégalités sociales au détriment des noirs. Réduire les inégalités, c'est le combat de Natasha. Et cela passe par une meilleure connaissance des enjeux des prochaines élections. Elle, elle va voter démocrate c'est certain, mais elle ne peut s'empêcher d'être en partie déçue par Barack Obama: "Ce que je n'aime pas avec la présidence de Barack Obama, c'est le fait que l'argent est resté roi. j'espérais qu'Obama aillait montrer aux grandes banques qu'on doit être puni quand on a des pratiques illégales qui affectent négativement les gens. Mais je n'ai pas vu cela".

Les déceptions sont nombreuses. Mais Natasha tente malgré tout de changer les choses à son niveau. Elle est active à Urban co-lab, un centre d'aide au développement des petites entreprises fondé par Natalie. Ces deux femmes estiment que les défis de la prochaine ou du prochain président sont nombreux pour améliorer les conditions des afro-américains. "Le problème, c'est le manque d'égalité des salaires, estime Natalie Madeira Cofield, fondatrice d'Urban co-lab à Austin. Aux Etats-Unis, si un homme blanc est payé 1 dollar, une femme blanche est payée 70 centimes, et une femme noire 60 centimes. En plus, nous manquons de revenus et d'opportunités pour fonder des entreprises et des business. Et plus généralement, il y a un manque d'opportunité pour injecter de l'argent pour aider au développement de la communauté afro-américaines".

A l'instar de Martin Luther King, Barack Obama représentait un immense espoir pour les afro-américains, mais ils ont été déçus. Aujourd'hui, ils sont plus méfiants par rapport à la candidate démocrate Hillary Clinton, mais ils voteront quand même pour elle afin d'éviter Donald Trump.

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