USA: des ventes d'armes à Ryad et l'envoi de 1500 soldats au Moyen-Orient

Le gouvernement a "invoqué une obscure disposition" pour passer outre l'avis du Congrès a déploré Bob Menendez, numéro deux de la commission des Affaires étrangères du Sénat.
Le gouvernement a "invoqué une obscure disposition" pour passer outre l'avis du Congrès a déploré Bob Menendez, numéro deux de la commission des Affaires étrangères du Sénat. - © Zach Gibson - AFP

L'administration américaine de Donald Trump a "formellement informé le Congrès" de nouvelles ventes d'armes à l'Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis en contournant la possibilité dont disposent normalement les parlementaires de bloquer ce type de contrat, a annoncé vendredi un sénateur démocrate.

Le gouvernement a "invoqué une obscure disposition" législative sur les exportations de munitions à guidage de précision pour passer outre l'avis du Congrès au nom de la menace iranienne, a déploré Bob Menendez, numéro deux de la commission des Affaires étrangères du Sénat, dans un communiqué. Le sénateur ne précise ni la nature ni le montant de ces contrats.

Tensions intensifiées entre les Etats-Unis et l'Iran

Cette décision intervient alors que les tensions se sont intensifiées depuis début mai entre les Etats-Unis et l'Iran, grand rival de l'Arabie saoudite au Moyen-Orient.

Evoquant des menaces d'attaques "imminentes" de la part de Téhéran ou de ses alliés régionaux contre les intérêts américaines, Washington a multiplié les déploiements militaires, dépêchant dans le Golfe un porte-avions, des bombardiers B-52, un navire de guerre et des missiles Patriot.

Le président Trump a aussi annoncé vendredi l'envoi de 1500 soldats supplémentaires au Moyen-Orient de manière "préventive".

"L'administration n'identifie même pas quel mécanisme légal elle pense utiliser, décrit des années de comportement néfaste de la part de l'Iran mais sans expliquer clairement ce qui constitue aujourd'hui une urgence", a estimé le sénateur Menendez.

Il a déploré une mesure "sans précédent" et dit redouter son impact sur les civils au Yémen, où l'Arabie saoudite et les Emirats dirigent une coalition militaire contre les rebelles Houthis soutenus par l'Iran.

Urgence humanitaire" au Yémen

"Une fois de plus, l'administration Trump ne donne pas la priorité à nos intérêts de sécurité nationale de long terme et ne défend pas les droits humains, préférant accorder des faveurs à des pays autoritaires comme l'Arabie saoudite", a-t-il déclaré.

Le Congrès américain avait adopté en avril une résolution exigeant du président "le retrait des forces armées américaines des hostilités" au Yémen, à l'exception des opérations visant Al-Qaïda. Donald Trump y a mis son veto.

La procédure habituelle veut que le département d'Etat notifie au Congrès les ventes d'armes, qui ne peuvent se concrétiser que si les parlementaires ne s'y opposent pas dans un délai de 90 jours.

"J'ai empêché l'administration Trump de vendre des dizaines de milliers de bombes à guidage de précision à l'Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis tant qu'elle ne sera pas en mesure de prouver que l'assistance américaine et les ventes d'armes améliorent" leur "respect des droits humains au Yémen et sont conformes aux intérêts de sécurité nationale des Etats-Unis", a insisté Bob Menendez.

L'administration Trump a décidé de contourner le Congrès

"Au lieu de résister à ceux qui ont assassiné Jamal Khashoggi et travaillent contre les intérêts américains, l'administration Trump a décidé de contourner le Congrès et peut-être aussi la loi", a-t-il ajouté, au sujet du journaliste saoudien tué en octobre dans le consulat de son pays à Istanbul. Le Sénat américain a unanimement désigné le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane comme "responsable" de ce meurtre, mais Donald Trump a réaffirmé son attachement à l'alliance avec Ryad.

Sollicité par l'AFP, le département d'Etat n'a pas fait de commentaire.

C'est le sénateur démocrate Chris Murphy qui avait le premier alerté sur un tel projet, avant la notification formelle au Congrès. "J'entends dire que Trump pourrait utiliser une faille dans la loi sur le contrôle des armes" pour permettre "une nouvelle vente d'envergure de bombes à l'Arabie saoudite", avait-il tweeté.

"Trump prétendrait que la vente est une +urgence+, ce qui veut dire que le Congrès ne pourrait voter contre. Elle se produirait automatiquement", avait-il ajouté. Or "il n'y a aucune urgence à vendre des bombes à l'Arabie pour qu'elle les lâche sur le Yémen", avait-il lancé.

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