USA: des riches veulent créer leur ville pour se débarrasser des pauvres

"Le courant est train de changer, cela va se faire". Lionel Rainey, cité ici par The Independant, a l’air sûr de son fait. Son projet ? Créer une nouvelle ville, en séparant de la ville de Bâton Rouge (la capitale de l’Etat de Louisiane) une portion d’environ 85 miles² (environ 220km²). Ce territoire du sud de la ville servirait alors à établir une nouvelle ville, Saint-Georges, indépendante de Bâton Rouge (et de ses quartiers populaires au nord). Cette ville constituerait la cinquième plus grande municipalité de Louisiane, nous apprend le Huffington Post.

Ce projet déjà porteur de potentielles polémiques en soi, a d’autant plus suscité la controverse que le territoire sur lequel serait établie la nouvelle ville est plus "blanc" et plus riche que n’importe quelle autre partie de Bâton Rouge.

Si la ville de Saint-Georges devait voir le jour, sa population serait blanche à 70% alors que la ville de Bâton Rouge est actuellement noire à 55% et que les Blancs ne constituent que 40% de sa population.

Nombreux sont dès lors ceux qui accusent les initiateurs de ce projet d’avoir pour seul agenda de séparer les mieux lotis, très majoritairement blancs, des quartiers plus précarisés, ultra majoritairement habités par des Noirs.

Beaucoup voient là une volonté de remettre en cause les acquis de la lutte des Noirs dans les Etats du Sud afin de mettre fin à la ségrégation. Et par là, de balayer cinquante ans d’acquis d’une société débarrassée de l’apartheid (la ségrégation raciale est restée légale dans certains Etats américains jusque à la loi sur les droits civiques de 1964).

"C’est un petit groupe de gens qui a l’air de s’être donné pour mission d’essayer de séparer la population et les communautés de ces quartiers par tous les moyens possibles", a expliqué le maire de Bâton Rouge, Melvin Holden, cité par la presse locale.

"A un moment, il faut se poser la question : est-ce qu’on laisse tout le bateau couler?"

"C’est assez incroyable qu’après toutes les améliorations que nous avons apportées pour faire de Bâton Rouge une ville meilleure, certains essaient de se séparer de nous. Ce sera un échec, cela ne marchera pas”, assure le maire.

Pourtant, après des mois de campagne, les initiateurs du projet ont pratiquement réuni les 18 000 signatures nécessaires pour obliger l’Etat de Louisiane à organiser un vote sur la question.

"Nous avons dépensé des millions de dollars pour améliorer ces quartiers et rendre la circulation meilleure. Et maintenant ils veulent en faire leur propre ville?", s’offusque une conseillère municipale, citée par The Advocate.

Mais les initiateurs du projet se défendent en avançant qu’ils veulent seulement le meilleur pour leurs enfants. "Tout d’abord, nous voulons de meilleures écoles, mais les gens se sont rendus compte que nous pouvions avoir une ville formidable également", explique l’un des partisans du projet de cette ville nouvelle à The Advocate. Des partisans qui se défendent de toute tendance raciste.

D’ailleurs, même selon des opposants au projet, le racisme n’est pas le problème principal ici. Ce serait plus un problème social selon eux. Et d’égoïsme.

"Ils ne le diront jamais mais ils ne veulent simplement pas que leurs enfants fréquentent des gens pauvres. C’est une idée terrible. Il n’est ni nécessaire ni légalement justifié de diviser la ville", explique Joshua Fini, un Blanc de 25 ans qui habite Bâton Rouge.

"J’ai mal au cœur pour beaucoup de gens qui vivent aujourd’hui à Bâton Rouge et surtout pour les enfants", explique Lionel Rainey à The Independant. "Mais à un moment, il faut se poser la question : est-ce qu’on laisse tout le bateau couler ? Et depuis quand est-ce devenu une mauvaise chose dans ce pays de rechercher ce qui est le mieux pour ses enfants?", interpelle-t-il.

Le problème est qu’en "laissant couler" le reste du "bateau", la ville de St-Georges priverait notamment Bâton Rouge de 40% de ses revenus en taxes et asphyxierait le budget de la ville selon une étude de la Bâton Rouge Area Chamber, qui n’a cependant pas pris position sur le débat.

Julien Vlassenbroek

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