USA: "Depuis 1970, plus de morts par attaques d'armes et suicides que de tombés au front"

Il faut absolument que le débat revienne, on ne peut pas continuer comme ça, avec une situation où on va pleurer les morts, et c’est tout à fait normal, mais il faut que le débat sur le port d’arme soit quelque chose de fondamental aux États-Unis, surtout parce que cela diffère d’État en État.
Il faut absolument que le débat revienne, on ne peut pas continuer comme ça, avec une situation où on va pleurer les morts, et c’est tout à fait normal, mais il faut que le débat sur le port d’arme soit quelque chose de fondamental aux États-Unis, surtout parce que cela diffère d’État en État. - © JOE RAEDLE - AFP

La tuerie de Las Vegas qui a fait 59 morts et plus de 500 blessés, suscite une nouvelle vague d’indignation et relance la question du contrôle sur les armes à feu aux États-Unis. Le groupe terroriste État islamique a revendiqué l'attaque, mais vu la personnalité du tireur, les enquêteurs prennent ces revendications avec des pincettes. Faisons le point avec Roberto De Primis, spécialiste des États-Unis et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand à l’Université du Québec à Montréal.

Le président américain qui est toujours prompt à dénoncer les islamistes est très mesuré concernant les circonstances de la tuerie et sur le mobile de cette tuerie de Las Vegas. Ça vous étonne?

"Ça ne m’étonne pas, mais c’est surtout parce qu’il faut reprendre son électorat qui est majoritairement blanc et ce fameux électorat des oubliés. Quand on voit que l’auteur de la fusillade est un blanc de 64 ans qui est un peu l’archétype du vieux WASP, ce vieil Américain qui a voté massivement pour Donald Trump, je ne suis pas étonné. Ça aurait été un musulman, il y aurait eu des références à l’islam et on lui aurait mis un label de terroriste, et si cela avait été un Afro-américain, à ce moment-là, on aurait eu très certainement des groupes racistes qui seraient montés au créneau dans les rues de Las Vegas ou à travers les États-Unis. Donc il y a vraiment ici deux poids deux mesures. Et je vous rappelle quand même que le tweet qui avait été fait par le président Trump était assez mesuré par rapport à d’autres problèmes. On se rappelle à Londres notamment il y a quelque temps, lorsqu’il avait tweeté par rapport à l’attaque de deux musulmans, ou à l’assaillant musulman. Donc on remarque quand même que le président Trump ici est en train un peu de faire deux poids deux mesures et de choyer un peu des personnes de son électorat".

"Le Congrès a le devoir moral de régler cette épidémie horrible et désolante", a déclaré Nancy Pelosi, la chef de file de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Elle en appelle au président républicain de la Chambre, Paul Ryan. Est-ce que ce qui s’est passé à Las Vegas est l’occasion de régler une bonne fois pour toutes la question des armes à feu aux États-Unis?

"En fait, l’agenda politique américain ici sur les questions du contrôle des armes est quelque chose qui dépend aussi du président, il doit donner l’impulsion, mais aussi des gouverneurs parce que c’est une décision qui est prise sur le territoire et de manière décentrée. La seule chose qu’il faut comprendre, c’est que quand le président Trump est arrivé au pouvoir, il a cassé directement, comme il l’a fait jusqu’ici, un ensemble de décisions prises par Barack Obama. Et la décision qui avait été prise par Barack Obama sous ordre de l’executive order, donc ordre présidentiel sans passer par le Parlement, était justement de permettre qu’il y ait un check sur la santé mentale d’un certain nombre de personnes — 75 000 personnes — pour essayer justement d’envoyer ces informations au FBI et leur interdire d’acheter et d’avoir des armes. Donald Trump a cassé cette décision-là, qui pose justement un problème, on le voit encore avec la personne ici, Paddock. On ne connaît pas encore tous les éléments, on ne sait pas du tout quelle était sa santé mentale, mais le débat sur les armes, le contrôle des armes, va devoir revenir en fait à Washington. Je vous rappelle juste un chiffre: depuis 1970, il y a eu plus de morts par attaques d’armes, suicides ou même incidents avec des armes que des Américains qui sont tombés au front lors de guerres ou de conflits".

On se souvient de ces larmes de Barack Obama suite à une autre fusillade il y a quelques années. Est-ce que ce n’est pas plus facile pour un président américain républicain, qui est étiqueté pro-armes, pro-NRA, qui est le grand syndicat des armuriers, de régler cette question que pour un président démocrate?

"Non, parce qu’on l’a bien vu, quand le président Obama a voulu faire voter… parce qu’il était avec les familles justement de la tragédie de Sandy Hook, il y avait des parents d’élèves qui étaient là en larmes et en pleurs. Il leur avait promis de faire passer cette loi-là et il n’a pas réussi parce que même des élus démocrates, donc de son camp, qui ont des réalités bien particulières sur le terrain à travers les États-Unis, n’ont pas voté cette loi justement où il y avait des restrictions sur la possession d’armes et liées aussi à la santé mentale des personnes demandant une arme, comme je vous en parlais tout à l’heure. Donc ce n’est pas une question de démocrates ou républicains, mais il est vrai que le fameux lobby, la NRA, donc cette grande association de détenteurs d’armes à travers les États-Unis, est très puissante, a beaucoup d’argent, et elle a un parrain qui est l’acteur Clint Eastwood d’ailleurs, qui prend souvent parole et qui est beaucoup plus proche des républicains. Mais rappelez-vous vraiment, cette loi qui avait été voulue par Barack Obama il y a quelques années n’est pas passée à cause aussi d’élus démocrates qui n’ont pas voté en faveur de leur président démocrate".

Le centre de recherche Pew, qui est basé à Washington, a publié une étude, et apparemment républicains et démocrates trouveraient un terrain d’entente sur ce que vous évoquiez tout à l’heure: l’interdiction de vente d’armes aux personnes qui ont des troubles mentaux et l’interdiction d’acheter des armes à feu pour les personnes qui sont placées sur les listes noires, les listes de surveillance, et interdites de vol. Est-ce que ce ne serait pas un compromis?

"Oui, c’est un compromis surtout parce que jusqu’ici, on a un ensemble d’idées très intéressantes: relever l’âge de l’achat, donc à 21 ans, qui serait la même chose que pour l’achat d’alcool, avoir enfin une loi qui reviendrait sur les pas de Donald Trump d'il y a quelques mois, celle qu’il a cassée par rapport à Barack Obama, donc d’avoir vraiment un check sur la santé mentale. Il faut donc absolument que le débat revienne, on ne peut pas continuer comme ça, avec une situation où on va pleurer les morts, et c’est tout à fait normal, mais il faut que le débat sur le port d’arme soit quelque chose de fondamental aux États-Unis, surtout parce que cela diffère d’État en État. Je reviens sur ce que je vous disais au début, il peut y avoir une loi fédérale, mais à travers les différents États aux États-Unis, il peut y avoir des lois qui sont plus restrictives. Certaines fois, dans des États, il est beaucoup plus facile, peut-être à 150 kilomètres de vous, de l’autre côté de la frontière d’un État, d’acheter une arme et de pouvoir en posséder même plusieurs chez soi".

Sujet sur la polémique concernant la vente d'armes aux USA, dans notre JT 13h:

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