USA : dans le delta du Mississippi, voter pour chasser Trump, mais d'abord survivre au quotidien

Le delta du Mississippi, la région la plus pauvre de l’Etat le plus pauvre des Etats-Unis. Tchula est une petite ville de 2000 habitants où plus de la moitié vit sous le seuil de pauvreté. Pas d’industrie, très peu de commerces, presque pas d’emploi… Et surtout un manque criant d’accès à la nourriture et aux soins de santé. L’espérance de vie moyenne est de 71 ans dans cette région. C’est l’équivalent du Bangladesh ou de la Bolivie. Mais ici, nous sommes dans le pays le plus riche du monde. Alors comment vivent ces oubliés du rêve américain ? Comment envisagent-ils cette élection présidentielle ?

Colis alimentaires

 

Quand le bus scolaire s’arrête dans leur rue, c’est une joie immense pour les habitants et le sourire revient sur les visages. A l’intérieur de l’autocar jaune, des dizaines de colis alimentaires. Ils sont distribués chaque jour aux parents pour leur permettre de nourrir leurs enfants.

Doug est un des bénéficiaires de l’aide alimentaire à Tchula : "Avec le coronavirus, nous devons rester à la maison et nourrir les enfants nous-mêmes. Nous avons besoin de nourriture pour survivre. Nous ne pouvons pas manger tous les jours si nous ne recevons pas cette nourriture".

A Tchula, tous les enfants scolarisés, sans exception ont droit à ce repas gratuit fourni par l’école car ici le revenu moyen, de toute une famille, est de moins de 1000 euros par mois. C’est le territoire le plus pauvre des Etats-Unis.

Pas de voiture, pas d'emploi

Le maire de Tchula, General Vann, explique que le fait qu’il n’y a pas d’entreprise et donc pas de recette fiscales empêche le développement. "Sans contribuable, pas de revenus pour financer quoi que ce soit, justice, police. Il faudrait attirer des investisseurs ici." 

Dolicia a toujours vécu à Tchula. Elle élève seule ses trois enfants. Dans cette ville où les transports en commun sont inexistants. Elle travaille à mi-temps mais beaucoup n’ont pas cette opportunité : "Bien sûr que nous sommes prisonniers de la pauvreté. Il n’y a pas d’emploi ici. Même quand il y a un emploi vacant, comment voulez-vous avoir cet emploi si vous n’avez pas de voiture. Et vous ne pouvez pas avoir de voiture si vous n’avez pas d’emploiC’est affreux d’être coincé ici. C’est affreux. Il n’y a pas d’avenir pour nos enfants, rien pour nous non plus. Il n’y a aucun avenir pour qui que ce soit ici à Tchula pour être honnête. Aucun".

 

"Trump a divisé le pays"

L'ancien maire de Tchula, premier noir élu à ce poste en 1977, Eddie Carthan, énumère les défis imposés à sa ville, depuis les tempêtes, les inondations et la crise du Covid. L'absence d'industrie et la rareté du travail pèsent sur le développement de la zone. "Pour travailler, il faut faire la navette, il faut une voiture". Les navetteurs font des dizaines de kilomètres, détaille-t-il.

"Les autorités de l'Etat du Mississippi et des USA nous ont souvent oublié ces dernières années, nous les villes moyennes comme Tchula. (...) Nous n'avons pas reçu une aide comparable à celle donnée à des villes plus grandes".

L'ancien maire n'est pas convaincu du tout du bilan du président sortant : "Sous le président Donald Trump nous n'avons pas eu ces services offerts aux plus grandes villes".

"La raison, c'est que nous sommes une communauté noire, et Donald Trump n'a pas été une aide. Il a divisé le pays, augmenté les tensions raciales. Il n'a pas été un bon président".

Le rêve américain n’est jamais arrivé jusqu’ici. Et l’élection présidentielle peut sembler bien loin des préoccupations des 2000 habitants de la ville. Pourtant, tous ceux que nous avons rencontrés ont exprimé leur intention d’aller voter. Et certains sont même très déterminés, comme Zenoba : "Il faut mettre Donald Trump dehors. C’est tout ce que je veux. On va le mettre dehors le 3 novembre. On y travaille déjà. Ces gens autour de moi, les habitants de Tchula. S’ils vont voter, on le mettra dehors. Il doit partir".

Solidarité locale

A la sortie de la ville, Waltez est au travail. Le jeune homme coupe des salades pour une coopérative agricole sociale qui offre de la nourriture saine à ceux qui en ont besoin : "Je suis jeune et travailler ici me rend fier de moi. Ça me permet de rester hors des problèmes".

Comme beaucoup d’habitants dans le delta du Mississippi, il votera la semaine prochaine pour le candidat démocrate. Mais Washington est bien loin de Tchula et ce sont les initiatives solidaires locales, comme celle-ci qui sont en première ligne, explique Calvin Head, directeur de la coopérative agricole "Mileston Co-op" : "Cela offre une possibilité de générer des revenus et de créer des opportunités en particulier pour les jeunes. Cela permet de leur donner quelque chose à faire au lieu de se tourner vers la drogue ou la délinquance. Nous faisons quelque chose de différent pour créer des opportunités. Car c’est ce qui manque ici, des opportunités".

Calvin en tout cas continuera à se battre pour permettre aux habitants de Tchula de manger à leur faim. Et cela quel que soit le prochain président des Etats-Unis.

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