USA : cinq questions sur les élections sénatoriales en Géorgie de ce mardi

Rarement une élection sénatoriale américaine n’a suscité autant d’intérêt : aux Etats-Unis et dans le monde, tous les regards sont tournés vers la Géorgie. C’est que la marge de manœuvre du président élu dépendra directement du résultat : si les démocrates prennent le contrôle du Sénat, Joe Biden aura tous les leviers politiques entre ses mains pour mener à bien la politique qu’il souhaite. Explications en cinq questions et cinq réponses.

1. Pourquoi revote-t-on en Géorgie ?

Ce double scrutin du 5 janvier est dû à deux particularités de l’Etat américain de Géorgie.

Son système électoral d’abord : c’est l’un des trois Etats à ne pas appliquer le scrutin à un tour pour les élections sénatoriales. Si aucun candidat n’obtient 50% lors du premier tour, un second vote est organisé, opposant les deux candidats arrivés en tête.

C’est ce qui s’est produit le 3 novembre: le républicain David Perdue a manqué l’objectif d’un cheveu, avec 49,7% des voix. Pour l’autre siège en jeu, les voix se sont dispersées entre deux candidats républicains rivaux et le candidat démocrate.

D’autre part, un Etat américain n’organise en principe qu’une élection à la fois pour remettre en jeu un des deux sièges qui le représentent au Sénat. L'assemblée est en effet composé de 100 sénateurs (deux par Etat), élus pour six ans; un tiers de l’assemblée est renouvelé tous les deux ans. Mais un sénateur géorgien a démissionné il y a un an. Il a été provisoirement remplacé par une suppléante désignée par le gouverneur de l’Etat, jusqu’au présent scrutin.

2. Quel est l’enjeu pour Joe Biden ?

L’enjeu pour le président élu et les démocrates est énorme : le résultat de cette élection partielle en Géorgie déterminera la couleur politique du Sénat. Une grande partie du début de mandat de Joe Biden en dépend, tant les votes de la Chambre haute sont cruciaux.

Avec 50 sièges contre 48 pour les démocrates et indépendants, le Parti républicain n’a besoin que d’une seule victoire pour conserver sa majorité au Sénat. Il pourra alors faire obstacle aux ambitions de Joe Biden en matière de lutte contre la pandémie de coronavirus, de réchauffement climatique ou d’économie.

Mais si les démocrates prennent ces deux sièges, le Sénat sera à égalité parfaite. La future vice-présidente, Kamala Harris, détiendra alors la voix prédominante en vertu de son statut de présidente du Sénat. Joe Biden et son administration disposeraient ainsi de la majorité tant au Sénat qu’à la Chambre des représentants.

3. Qui sont les candidats ?

Les sénateurs républicains sortants, Kelly Loeffler et David Perdue, affrontent les démocrates Raphael Warnock et Jon Ossoff.

David Perdue est sénateur de Géorgie depuis 2014. Ancien patron de grandes entreprises, il a entrepris de douloureuses restructurations dont il a tiré bénéfice. Il est soupçonné d’avoir profité d’informations confidentielles au début de la pandémie de coronavirus pour spéculer en Bourse.

David Perdue a annoncé il y a quelques jours qu’il se mettait en quarantaine après avoir été en contact avec une personne souffrant du Covid-19, interrompant sa campagne moins d’une semaine avant le scrutin. Il devait justement apparaître aux côtés du président Donald Trump lors d’un meeting ce lundi soir.

Il affronte le démocrate Jon Ossoff, un ancien journaliste d’investigation qui au premier tour avait presque fait jeu égal avec lui (88.000 voix de retard).

Dans l’autre duel, la républicaine Kelly Loeffler a mené sa première campagne électorale, puisque cette généreuse donatrice du parti républicain avait été envoyée au Sénat en remplacement d’un sénateur malade. Femme d’affaires, elle serait la première fortune parmi les membres du Sénat fédéral. Fervente supportrice de Donald Trump, elle avait pâti au premier tour de la concurrence d’un autre républicain.

En face, le démocrate Raphael Warnock est un pasteur noir, qui officie dans l’ancienne église de Martin Luther King à Atlanta. Il avait créé la surprise au premier tour en devançant de plus de 300.000 voix la sénatrice sortante.

4. Qui est favori ?

Les sondages placent les candidats au coude-à-coude. Pour les spécialistes, les facteurs d’incertitude sont trop nombreux pour faire un pronostic.

Sur le papier, les républicains partent vainqueurs dans cet Etat qui est un de leurs bastions historiques. Pour la présidentielle, le candidat démocrate l'a emporté de justesse en Géorgie:  la figure clivante de Donald Trump avait pu rebuter certains électeurs républicains modérés ou indépendants. Pour ces élections sénatoriales, les deux candidats ont fait campagne en agitant le spectre de l’arrivée des "socialistes" au pouvoir dans le pays. Certains électeurs peuvent être tentés de faire barrage à ce scénario.

Les démocrates sont galvanisés par la victoire de Joe Biden, même si ce fut de justesse. Ils s’appuient sur l'évolution démocratique et sociologique de l'Etat:  un électorat désormais plus jeune et plus diversifié. La défaite de Donald Trump est vue comme la confirmation de la transformation de la Géorgie qui fait désormais partie des "Swing States", les Etats électoralement incertains. Elle n’avait pas voté pour un candidat démocrate à la présidentielle depuis 1992.

La mobilisation des électeurs noirs, qui représentent un tiers de la population, sera clé pour les démocrates. Marquée par l’esclavage et la ségrégation, la Géorgie a vu naître, et mourir, plusieurs figures de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains, de Martin Luther King à John Lewis. Mais cet Etat du Sud n’a jamais élu de sénateur noir et n’a pas envoyé de démocrate à la chambre haute depuis vingt ans.

5. Quel rôle joue Donald Trump ?

Donald Trump mène campagne à sa manière en faveur des deux candidats républicains de Géorgie. Sur le papier, la formule est gagnante: sa capacité à galvaniser les électeurs est, incontestablement, son atout et l’estrade de campagne reste son terrain de jeu favori.

Mais depuis sa défaite, qu’il n’a pas reconnue, le président américain sème la confusion, et son camp s’inquiète. Sa croisade contre sa défaite pourrait pousser ses électeurs à s’abstenir par méfiance envers le système électoral américain. Le président sortant tente de jeter discrédit sur le système électoral américain, sans apporter d’éléments concrets, mais en relayant rumeurs infondées et théories du complot.

Certains, dans son camp, redoutent que les électeurs restent chez eux en estimant que les dés sont pipés, voire, pour les plus trumpistes d’entre eux, qu'ils refusent de voter pour les deux sénateurs sortants jugeant qu’ils n’ont pas soutenu avec assez d’allant leur président dans sa croisade.

Les tensions sont réelles dans la famille républicaine. Le locataire de la Maison Blanche s’est montré d’une agressivité inouïe envers plusieurs responsables du Grand Old Party de Géorgie. Donald Trump a mis une pression maximale sur le secrétaire d’Etat local Brad Raffensperger, lui aussi républicain, qui a validé le résultat du scrutin.

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Les quatre candidats aux deux sièges en Géorgie : le démocrate Jon Ossoff, le républicain David Perdue, la républicaine Kelly Loeffler, et le démocrate Raphael Warnock. © AFP

Journal télévisé 08/11/2020

Le scrutin du 3 novembre n'a pas permis de départager les candidats géorgiens au sénat, un second tour est donc organisé ce 5 janvier.

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