Union européenne: pourquoi Federica Mogherini et Donald Tusk?

Donald Tusk, Herman Van Rompuy et Federica Mogherini
Donald Tusk, Herman Van Rompuy et Federica Mogherini - © Tous droits réservés

Ce samedi, le premier ministre polonais Donald Tusk et la ministre italienne des affaires étrangères Federica Mogherini ont été désignés respectivement président du Conseil européen et haute représentante de la politique étrangère de l'UE. Ils étaient favoris depuis plusieurs jours déjà mais pourquoi ont-ils été choisis?

Le nom de Federica Mogherini est évoqué depuis des mois. Tout d'abord, l'Italienne de 41 ans était candidate à ce poste, ce n'était pas le cas de Catherine Ashton lors de sa nomination il y a cinq ans.

Federica Mogherini est de gauche mais surtout c'est une femme, il en fallait au moins une à la tête des institutions. Elle est soutenue, et le mot est faible, par son premier ministre Matteo Renzi qui exigeait le poste.

Pas mal de critiques

Parmi les critiques que l'on entend, beaucoup la considère "trop jeune". Mais ce sont les mêmes qui reprochent au nouveau Président de la Commission Jean-Claude Juncker d'être "trop vieux". On lui reproche aussi d'être inexpérimentée mais le CV de la ministre des Affaires étrangères prouve en tout cas son intérêt pour les affaires internationales. Si cela ne remplace pas l'expérience, on peut en tout cas en espérer une certaine motivation et une volonté forte.

Certains la soupçonnent aussi d'être "trop proche de la Russie". C'est possible mais rappelons qu'aux yeux de certains pays, de l’est notamment, tout le monde à l’ouest est "trop gentil" avec Moscou. En outre, la crise ukrainienne est bien sûr dramatique mais Federica Mogherini sera appelée également à se plonger dans les dossiers du Proche-Orient, de l’Irak etc. Dans ces matières délicates, ses concurrents n’étaient pas plus expérimentés qu’elle.

L'importance de la fonction

Il ne faut pas exagérer le rôle de la haute représentante de la politique étrangère de l'Union. Dans la crise ukrainienne par exemple, ce sont les états seuls qui prennent les décisions. Bien sûr, la haute représentante est censée travailler en amont pour obtenir la plus grande unité possible des Européens. Mais il s'agit essentiellement d'un rôle de coordination et de visibilité sur le terrain.

Parallèlement à cette activité diplomatique, la haute représentante pour la politique étrangère est aussi vice-présidente de la Commission. Elle devra participer aux décisions par exemple sur les dossiers économiques. Pour les Français et d’autres, avoir comme vice-présidente une Italienne qui plaide pour une relance à l’échelle européenne et une austérité moins rude, c’était aussi important.

Présidence du Conseil

L'autre nomination du week-end, c'est celle de Donald Tusk, premier ministre polonais de centre droit, à la place de Herman Van Rompuy comme président du Conseil européen. Et là encore, il s'agit d'une question d'équilibre. Cela fait dix ans qu'a eu lieu le plus grand élargissement de l'Union et aucun ressortissant de ces pays n'a jamais occupé un poste à responsabilité. De quoi agacer ces pays.

Dès son arrivée au pouvoir en Pologne, Donald Tusk a ramené son pays à la table européenne alors qu'avec les frères Kaczyński, la Pologne apparaissait europhobe, sur la défensive et en guerre permanente avec l’Allemagne. A plusieurs reprises, Donald Tusk a quant à lui exprimé sa foi dans une Union forte. Il se montre mesuré à l'égard de la Russie et en bons termes avec l’Allemagne.

Une question de confiance

A nouveau, le poste de président du Conseil, ce n'est pas un rôle de décision mais bien de "fabricant de compromis", de "metteur d'huile dans les rouages". Cela marche plus ou moins bien selon la confiance que les 28 ont en lui, cela se travaille donc.

Herman Van Rompuy est souvent critiqué parce qu'il serait terne, qu'il n'incarnerait pas l’Europe,... mais, et on peut le regretter, aucun dirigeant n'accepterait un président trop visible. Donald Tusk, premier ministre d'un grand pays devra sans doute apprendre à ne pas écouter QUE les grands pays.

Très critiqué parce qu'il ne parle pas français et mal l'anglais, ce qui rend difficile les contacts informels, l'homme a promis de s'y mettre. En tout cas à l'anglais...

Anne Blanpain

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