Une vidéo rare montre comment le Hamas installe ses lance-roquettes

Changement fondamental de stratégie : les membres du Hamas se font très discrets, ces images se font rares.
Changement fondamental de stratégie : les membres du Hamas se font très discrets, ces images se font rares. - © Tous droits réservés

Une équipe de télévision indienne est parvenue à capturer des images rares peu de temps avant que la trêve de 72 heures conclue entre Israël et le Hamas ne prenne effet. Elles montrent des combattants du Hamas occupés à installer un site de lancement de roquettes à deux pas de l'hôtel où séjournaient les journalistes de la chaîne indienne NDTV.

Et ce lance-roquettes a tiré, alors qu'il ne restait que quelques minutes avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. Le Hamas a en effet lancé de nombreuses roquettes de ses différents sites avant la trêve, une trentaine selon Israël.

L'État hébreu l'a maintes fois répété pour se défendre face au bilan toujours plus lourd de civils palestiniens tués : le Hamas tire depuis des zones où les civils sont nombreux, ce qui rendrait difficilement évitable les victimes collatérales. Les images illustrent ce propos puisque le dispositif est installé dans ce qui semble être un quartier résidentiel.

"Cela a commencé avec une mystérieuse tente au auvent bleu installée le 4 août à 6h30 sur une parcelle de terre près de notre fenêtre, raconte le correspondant Sreenivasan Jain sur le site de la chaîne indienne NDTV. Nous avons vu trois hommes faisant une multitude d'allers-retours vers et en dehors de la tente, parfois avec des câbles. Une heure plus tard, ils sont sortis, ont démonté la tente, changé de vêtements et se sont éloignés."

"Le lendemain matin, nous nous sommes réveillés avec la nouvelle du cessez-le-feu de 72 heures, mais, avant qu'il ne prenne effet, le lance-roquettes installée à côté de notre hôtel a tiré. Il y a eu une grosse explosion et un sifflement. Le nuage de fumée qui s'élevait a été capturé par notre caméraman."

Récupération israélienne

La vidéo n'a été publiée que ce mardi, le temps pour l'équipe de télévision de quitter le territoire gazaoui, "car le Hamas prend relativement mal toute image concernant ses tirs de roquettes".

"Tout comme nous avions rapporté les conséquences dévastatrices de l'offensive israélienne sur les civils de Gaza, il était tout aussi important de raconter comment le Hamas met ces mêmes civils en danger en tirant des roquettes au cœur des zones habitées."

Le reportage a été utilisé par les Forces de Défense Israélienne (IDF) qui l'ont publié comme une preuve du mépris criminel du Hamas pour la sécurité des civils.

Face à la récupération de son reportage par Israël, Jain Sreenivasan a souhaité réaffirmer son indépendance et sa neutralité vis-à-vis des deux parties du conflit. "À Gaza, nous avons montré ce que nous avons vu : le Hamas assemblant un lance-roquettes ou le bilan épouvantable pour les enfants gazaouis, se défend-il dans un tweet. Pas de retournement de veste, pas d'intentions cachées. Restons sur cette voie."

Une autre membre la télévision indienne NDTV a été bien plus directe dans sa réponse aux différents commentaires ou accusations dont le reportage faisait l'objet. "Pour ceux qui jubilent en voyant la vidéo du lance-roquettes du Hamas, souvenez-vous qu'Israël a tué plus de 1800 civils à Gaza, écrit Niha Masih dans le message ci-dessous, publié sur Twitter. Dans tout autre endroit, on appellerait ça un génocide."

Une tactique nouvelle pour le Hamas

Malgré ce reportage, rares sont les images de combattants du Hamas proposées par les médias étrangers. La raison est simple : ceux-ci ne se montrent pas. Sur le terrain, Gaza semble sans défense, pas le moindre homme armé visible dans les rues.

Pour le journaliste britannique d'ITV News Rageh Omaar, ce manque de présence militaire évidente à Gaza semble être le résultat d'une tactique intentionnelle du Hamas. "Il n'y a aucune preuve attestant du nombre de soldats, commandants... qui garnissent les rangs du Hamas. Aucune funéraille n'est organisée pour eux, aucune information ne filtre. Le Hamas a appris du Hezbollah", écrit l'ancien reporter de la BBC et d'Al Jazeera sur Twitter.

Cette tactique nouvelle aurait pour but de concentrer l'attention des médias internationaux sur les pertes civiles, en faisant profil bas. "Ce changement fondamental de tactique de la part du Hamas pose un problème stratégique à Israël, car vous ne voyez jamais aucun combattants du Hamas, ni aucun homme armé dans les rues de Gaza."

Impossible à éviter ?

Cependant, pour Thomas Coex, photoreporter et responsable des photographes de l’AFP pour Israël et la Palestine, "la bande de Gaza étant tellement peuplée (1,8 million d’habitants), toute en étant très petite (quarante kilomètres de long sur un peu plus de dix kilomètres de large), ils pourraient se mettre n’importe où qu’il y aurait forcément toujours des civils."

"C’est une situation impossible à éviter", disait-il encore dans Matin Première ce mercredi en précisant que toute zone du territoire de Gaza est une zone à risque. "Qu’il y ait des combattants du Hamas au pied ou autour d’un bâtiment ou non – et je pense qu’il n’y avait pas tant que ça –, c’était de toute façon impossible de ne pas toucher des civils."

Thomas Mignon avec The NY Times

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