Une vague féminine est attendue aux législatives italiennes

"Pour l'Italie c'est la première fois de son histoire qu'elle va au-delà du choix habituel de deux ou trois personnalités emblématiques parmi les femmes", confirme à l'AFP Monica Frassoni, ex-députée européenne pour les Verts et candidate du petit parti d'extrême gauche SEL à un poste de sénatrice.

Le phénomène a suscité une grande attention des médias: plusieurs journaux ont publié des simulations de la composition future du parlement, et le Corriere della Sera diffuse ces jours-ci, sur son site internet, un web-documentaire centré sur huit candidates de toutes tendances, dont Monica Frassoni.

Que ce soit le centre gauche de Pier Luigi Bersani qui gagne -- hypothèse la plus probable -- ou la droite de Silvio Berlusconi, le parlement (630 députés, 315 sénateurs) sera à coup sûr composé de bien plus de femmes.

Selon Valeria Ajovalasit, présidente de l'organisation Arcidonna, alors qu'on compte actuellement 20% de femmes parlementaires, ce qui vaut à l'Italie la 50e place mondiale, la proportion "pourrait augmenter à 28/30% avec une victoire de l'alliance PDL-Ligue du nord (de Berlusconi, ndlr) et même grimper à 38% en cas de victoire du centre-gauche, voire à 40% s'il était majoritaire à la Chambre et au Sénat".

Sous-représentation des femmes

Une présence féminine aussi massive serait une performance pour dans une Italie où la proportion de femmes ayant un emploi ne dépasse pas les 47% (20% à Naples) alors que la moyenne européenne est de 59%. Un phénomène dû surtout à un manque de crèches et d'aides familiales qui se traduit par une sous-représentation des femmes dans tous les secteurs.

"Cette fois à gauche, il y a un véritable effort, ce n'est pas que du blabla sur le problème de la place des femmes", estime Monica Frassoni, en notant que le PD a fait en sorte d'avoir "environ 40% de femmes élues" et SEL (Gauche Écologie et Liberté) "a carrément prévu 50% de femmes têtes de listes".

Pour le professeur de philosophie politique Giacomo Marramao, jusqu'à présent la gauche "n'avait pas brillé par sa capacité à interpréter les signes des temps et fonctionnait plutôt par logique d'appareil".

La "nouveauté", selon lui, c'est de voir beaucoup de femmes "en bonne position, avec des candidatures de qualité, provenant de la société civile, du monde intellectuel, du journalisme, des professions libérales".

En revanche, "pour les autres partis, c'est moins brillant, par exemple Antonio Ingroia (Révolution civile, concurrent de SEL à gauche, ndlr) présentera 18 hommes et seulement 2 femmes sur 20 élus potentiels. C'est la preuve que le leadership des partis politiques en Italie est encore aux mains des hommes", souligne Monica Frassoni.

Premier ministre

La ministre sortante du Travail et de l’Égalité entre les sexes, Elsa Fornero, une des trois femmes à poigne dont s'était entouré Mario Monti, déplore en outre qu'aucun des candidats au poste de Premier ministre ne soit une femme.

"C'est la énième occasion perdue, on donne un rôle aux femmes mais les décisions vraiment importantes sont prises par les hommes", estime-t-elle.

Son "patron", le chef du gouvernement démissionnaire, a pourtant cherché à valoriser les femmes en prévoyant un chapitre spécial dans son programme appelé "agenda Monti".

Sur le net, sont aussi apparus des spots vidéo ("donnexMonti", femmes pour Monti) de jeunes femmes expliquant pourquoi elles voteront pour l'austère ex-commissaire européen ce week-end. Sur leur page "Ora Basta!" (maintenant ça suffit !), ce groupe a dressé la liste des nombreuses petites phrases machistes prononcées par Silvio Berlusconi en 18 ans de carrière politique, comme par exemple: "nous sommes contents si beaucoup de femmes siègent au parlement, surtout si elles sont belles".

AFP

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