Une "thérapie canine" pour traiter les traumatismes d'anciens combattants

Suzanne Ager, dresseuse canine pour l'association "Veterans Moving Forward", le 12 avril 2017 à Dulles (Virginie)
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Suzanne Ager, dresseuse canine pour l'association "Veterans Moving Forward", le 12 avril 2017 à Dulles (Virginie) - © Jordan PROUST

Traumatisé par son passage dans l'armée, Michael Turner caresse la tête de Josh, son labrador noir, en lui demandant d'effectuer quelques exercices. Comme lui, une poignée de vétérans américains participent à une séance de dressage, dans une association près de Washington.

Depuis son déploiement au Vietnam dans les années 1970, cet ancien combattant à la carrure imposante souffre de crises de panique et dit avoir du mal à se trouver dans un groupe de personnes. Depuis quelques années, son chien, spécialement dressé, lui apporte soutien et présence rassurante.

"Quand je me retrouve dans une situation inconfortable, je commence à transpirer, je m'énerve et j'élève la voix", confie-t-il. "Josh sent tout cela et m'adresse un petit gémissement qui me dit qu'il est temps de nous éloigner".

Un problème remis en lumière par la tuerie de Fort Hood

L'organisation "Veterans Moving Forward" propose aux anciens combattants blessés ou souffrant de troubles psychologiques une "thérapie canine", leur offrant des chiens formés pour répondre à leurs traumatismes.

Michael Turner était en 2012 le premier bénéficiaire du programme, par lequel il a adopté Josh.

Déployé pendant la guerre du Vietnam sur un destroyer et un porte-avions, cet homme rugueux s'est vu diagnostiquer un syndrome de stress post-traumatique (PTSD), suite à l'explosion de deux chaudières durant son service.

Ce trouble psychologique peut apparaître chez des soldats confrontés à un événement particulièrement traumatisant. Les troubles mentaux des soldats rentrés du front avaient fait la une de l'actualité en avril 2014 lorsque Ivan Lopez, soldat américain revenu d'un déploiement en Irak, avait abattu trois personnes à Fort Hood (Texas, sud des Etats-Unis) avant de se suicider. L'homme était en attente d'un diagnostic de PTSD.

Réduire le stress

"Nous aidons tous les vétérans qui le veulent, toutes les générations, quelle que soit la guerre à laquelle ils ont participé", souligne Blake Myers, le directeur de l'organisation, basée dans l’État de Virginie (ouest).

"Le chien et le vétéran doivent être en harmonie, sur le plan personnel et émotionnel", explique M. Myers. Fondée en 2010, Veterans Moving Forward vient de placer son 13e chien et se prépare au départ du 14e, toujours en formation.

"En cinq ans, nous n'avons jamais eu de rejet dans nos duos."

Le lien établi avec le chien permet de réduire le niveau de stress. Dawn Marcus, ancienne professeure d'anesthésiologie et de neurologie à l'Université de Pittsburgh, a montré dans ses recherches que la thérapie canine permet de diminuer le niveau des hormones du stress tout en augmentant celles liées au plaisir, comme les endorphines.

Pour les anciens combattants, les dresseurs travaillent principalement avec des Labrador et des Golden, des races prisées pour la chasse et réputées pour leur sociabilité et leur calme.

Le programme est coûteux. L'achat du chiot, son adoption et sa formation sont estimés entre 30 000 et 35 000 dollars pour l'organisation. Pour autant, "le vétéran qui vient à nous ne paie rien pour obtenir le chien", ajoute M. Myers, précisant que le programme est financé par des donations privées et l'aide d'acteurs locaux sous forme de nourriture, de médicaments et d'équipements.

8000 suicides par an

La formation des chiens dure de 18 à 20 mois, en fonction des besoins de l'ancien combattant. "S'il ne peut pas se baisser, nous entraînons le chien à ce handicap", explique Suzanne Ager, dresseuse pour l'association.

Une fois le chien placé, l'association reste en contact avec son nouveau maître et s'assure que l'entraînement du chien se poursuit.

"Nous voulons être certains que tout se passe bien", dit Blake Myers.

Les guerres d'Irak et d'Afghanistan ont fait plus de 6500 morts et 50 000 blessés dans les rangs de l'armée américaine, selon des chiffres du ministère de la Défense. Mais le Pentagone reste discret sur les anciens soldats souffrant de traumatismes psychologiques, à propos desquels il n'existe pas de statistiques officielles.

Le sénateur démocrate Richard Blumenthal avait affirmé en janvier 2015 que 22 anciens combattants américains se suicident chaque jour, soit plus de 8000 par an, "perdant leur bataille personnelle contre leurs blessures invisibles de la guerre".

Pendant la campagne électorale, l'actuel président Donald Trump avait qualifié les troubles psychologiques des soldats revenant du front de "question très importante", dont il avait promis de s'occuper une fois élu.

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