Une solution à deux Etats, c'est non pour le reste du monde: le président turc Erdogan isolé politiquement sur l’avenir de Chypre

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a réaffirmé cette semaine son attachement à une solution à deux Etats à Chypre. Une déclaration qui a provoqué une vague de contestation en Europe, aux Etats-Unis et même au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.

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Des déclarations controversées

Ces lundi et mardi 19 et 20 juillet, Recep Tayyip Erdogan était en déplacement à Chypre. Sa visite coïncidait avec le 47e anniversaire de l’invasion par la Turquie de la partie nord de l’île qui est divisée en deux.

La République de Chypre, Etat souverain membre de l’Union européenne, exerce son autorité au sud, alors qu’au nord, la République turque de Chypre, autoproclamée en 1983, est uniquement reconnue par Ankara.

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Le président Recep Tayyip Erdogan a assisté un défilé de militaires turcs lors de sa visite à Chypre-Nord © (Photo by Christina ASSI / AFP)

Après l’échec de plusieurs séries de négociations sur une réunification de l’île, notamment il y a 5 ans sous l’égide des Nations Unies, le président turc a défendu une nouvelle fois une solution à deux Etats, ce qui impliquerait une reconnaissance internationale de Chypre-Nord.

Un nouveau processus de négociation peut seulement reprendre entre deux Etats", a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours à Nicosie-Nord. " Pour cela, la souveraineté et un statut à égalité doivent être confirmés. Nul progrès dans les négociations ne peut être fait sans l’acceptation qu’il y a deux peuples et deux Etats […] Nous n’avons pas cinquante ans à perdre sur des modèles dont l’invalidité a été prouvée. "

Face à une foule qui l’acclamait, drapeaux turcs à la main, il a également déclaré " La vie reprendra " à Varosha. La réouverture de cette ancienne station balnéaire, fuie par ses habitants en 1974 et bouclée depuis par l’armée turque, est une ligne rouge pour les Chypriotes-grecs.

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La volonté turque de rouvrir l’ancienne station balnéaire de Varosha est une ligne pour les Chypriotes-grecs, soutenus par les Européens. © (Photo by Christina ASSI / AFP)

Une condamnation unanime

La réaction de l’Union européenne, qui refuse toute solution a deux Etats, n’a pas tardé. Dès le mardi 20 juillet, le Haut Représentant, Josep Borrell, a jugé " inacceptable " la réouverture de Varosha.

"L’UE souligne une nouvelle fois la nécessité d’éviter les actions unilatérales contraires au droit international et les nouvelles provocations, qui pourraient accroître les tensions sur l’île et compromettre la reprise des pourparlers en vue d’un règlement global de la question chypriote", a-t-il déclaré dans un communiqué.

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Le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, appelle la Turquie à éviter les actions unilatérales qui pourraient accroître les tensions à Chypre. © (Photo by JOHN THYS / AFP)

Le même jour, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a lui aussi condamné.

" Les actions des Chypriotes-turcs à Varosha, avec le soutien de la Turquie, comme provocatrices, inacceptables et incompatibles avec leurs engagements passés à prendre part de manière constructive dans des pourparlers de paix. "

La dernière condamnation est venue des Nations Unies ce vendredi 23 juillet. Le Conseil de sécurité a unanimement adopté une déclaration en faveur d’un règlement du conflit chypriote "fondé sur une fédération bicommunautaire et bizonale avec l’égalité politique". Un texte qui condamne également explicitement le président turc Recep Tayyip Erdogan et ses "actions unilatérales qui vont à l’encontre de ses résolutions".

Les critiques des Nations Unies, tout comme les condamnations européennes et américaines, ont été rejetées par la Turquie qui a souligné l’échec des dizaines années d’efforts en vue d’une solution fédérale à Chypre en raison, selon Ankara, de " l’attitude intransigeante de l’administration chypriote-grecque ".

En attendant, la position turque sur Chypre fait l’unanimité contre elle, ce qui confirme le grand isolement du président Recep Tayyip Erdogan sur la scène internationale.

 

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