"Une offensive terrestre israélienne en bande de Gaza pourrait produire des dizaines de milliers de morts"

C’est l’escalade continue entre Palestiniens et Israéliens. Les combats se sont suivis la nuit de jeudi à vendredi. La correspondante de la RTBF Danièle Kriegel parle de bombardements "sans précédent" de l’aviation israélienne sur la bande de Gaza, auxquels a riposté le Hamas par des tirs de roquettes, notamment vers l’aéroport international, qui a interrompu ses vols par sécurité.

Selon un bilan du ministère de la santé, 113 Gazaouis, dont 32 enfants ont été tués depuis lundi.

Et sur le front interne, on semble au bord de la guerre civile. Dans le quartier mixte de Tel-Aviv, un soldat en uniforme a été lynché par des arabes israéliens. A l’Est, l’atmosphère est très tendue pour tenter de faire respecter le couvre-feu.

Bichara Khader, professeur émérite de l’UCL, était invité dans Matin Première à donner son avis sur cette nouvelle escalade.

Spécialiste reconnu du monde arabe contemporain et des questions euro-arabes et euro-méditerranéennes, il a été membre du Groupe des Hauts Experts sur la Politique étrangère et de Sécurité commune (Commission européenne) et du Groupe des Sages pour le Dialogue des cultures en Méditerranée (Présidence européenne). Il est aussi le frère de Naïm Khader, premier représentant de l’OLP à Bruxelles, assassiné en 1981.

"Ce n’est pas la première fois depuis 2007 que des offensives israéliennes sont menées dans la bande de Gaza. Pour rappel, la bande de Gaza, c’est 365 Kilomètres carrés, c’est 2 millions d’habitants. Dès que le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007, les Israéliens ont lancé une première offensive en 2008, en 2012, en 2014, et d’ailleurs il y a une enquête de la cour pénale internationale pour enquêter sur les crimes de guerre israéliens dans cette bande de Gaza".

"Et maintenant on a en 2021 une offensive aérienne, avant peut-être une offensive terrestre. Mais je pense que les Israéliens seraient imprudents de lancer une offensive terrestre qui pourrait produire des dizaines de milliers de morts, car la bande de Gaza est très exiguë et a la densité de population la plus importante au monde".

Et les roquettes du Hamas, alors? "Les Palestiniens ont essayé depuis 50 ans toutes les formes de résistance à l'occupation israélienne, estime Bichara Khader. Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui à Gaza, il faut revenir au contexte général".

Qui est selon le professeur celui-ci: 

1967: "les Israéliens occupent la Cisjordanie et la bande de Gaza. Cette occupation est récusée par la Communauté internationale et de nombreuses résolutions des Nations-Unies réclament la fin de l'occupation et dénoncent l'illégalité de la colonisation".

1987: "Les Palestiniens ont lancé une première Intifada, un premier soulèvement pacifique, qui a duré 7 ans. Il a fait plusieurs milliers de morts parmi les Palestiniens, et a abouti aux accords d'Oslo".

"Ceux-ci étaient censés aboutir en 1999 à la création d'un état palestinien indépendant sur les territoires qu'occupe Israël. Or, pendant que les négociateurs internationaux tentaient de mettre en place cet accord, Israël poursuivait de manière inexorable l'annexion rampante et la colonisation du territoire palestinien, y compris Jérusalem-Est, de telle sorte qu'aujourd'hui, il y a près de 700.000 colons israéliens dans ce petit territoire qu'est la Cisjordanie et Jérusalem-Est".

2000: "Sharon va à l'esplanade des Mosquées, provoque les musulmans et suscite la deuxième Intifada, qui est plus militarisée".

Bref, les Israéliens mettraient à chaque fois le feu aux poudres, selon lui: "C'est ce que dit la communauté internationale aussi. On ne peut pas revenir à la flambée d'aujourd'hui sans revenir au contexte général".

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