Une citoyenne américaine: "Donald Trump a ouvert les vannes aux propos les plus haineux"

Marie-Antoinette Potts: "Je crois que les gens pensent que l’économie est meilleure avec Trump et c’est principalement pour cette raison-là, à mon avis, qu’il a encore beaucoup de supporters"
Marie-Antoinette Potts: "Je crois que les gens pensent que l’économie est meilleure avec Trump et c’est principalement pour cette raison-là, à mon avis, qu’il a encore beaucoup de supporters" - © RTBF

Les élections de mi-mandat aux États-Unis ont donné leur verdict : Donald Trump devra cohabiter avec une Chambre démocrate. Il maintient en revanche le Sénat côté républicain. 

Nous avons contacté des citoyennes américaines, partagées entre la Belgique et les Etats-Unis. Que pensent-elles de ces résultats ?

"C’est ce qu’on attendait, je crois. J’aurais bien voulu venir surfer sur une vague bleue un peu plus grande qui aurait pris le Sénat aussi", se plaint Michelle Moore.

Donald Trump continue donc à convaincre. "Oui, et je dois vous dire que c’est ça qui m’inquiète le plus, qui m’interpelle le plus, intervient l'Américaine. Il est tellement peu présidentiel que comment est-ce possible qu’on vienne encore le supporter ? Ça m’étonne très fort ! C’est vraiment ça qui m’étonne le plus."

Les gens pensent que l’économie est meilleure avec Trump

Marie-Antoinette Potts, citoyenne belgo-américaine, de New Albany dans l’Ohio, est, elle, plutôt satisfaite des résultats. "Je suis plutôt républicaine, mais il faut rappeler que ces élections ne sont pas les élections présidentielles, précise-t-elle. On ne votait évidemment pas pour Donald Trump, mais bien pour certains candidats, et surtout beaucoup de gouverneurs. Donc, en réalité, on est quand même très contents du côté républicain parce qu’on a quand même des États comme la Floride, le Texas, l’Ohio ou l’Iowa, qui sont des États clés qui pourront être des États très en faveur de l’élection présidentielle républicaine, que ce soit avec Donald Trump ou un autre candidat".

Ne craint-elle pas que Trump soit bloqué avec une Chambre des représentants démocrates ? "Oui, ça peut, mais j’ai entendu le discours de Nancy Pelosi, qui est le chef de la minorité. Elle était très bien dans son discours et elle a parlé d'unité. Je crois que si on donne un peu et qu’on fait quand même plaisir à plus de personnes, on pourrait avoir une union à la place d’avoir tout le temps la discordance. Alors, je crois que dans ce cas-ci, en réalité, ce serait quelque chose qu’on pourrait utiliser au bénéfice du pays et essayer d’avoir plus de personnes qui seraient d’accord sur plus de projets."

Est-elle, comme Michelle Moore, étonnée que Donald Trump ait encore autant de soutien? "Je crois qu’ici on est très attaché à son aspect businessman, pas nécessairement à son aspect politicien, mais surtout au fait que le pays marche très bien pour l’instant — notre niveau de chômage est très bas, l’économie est très bonne — et je crois que c’est vraiment ça l’objectif numéro un de beaucoup de personnes, parce qu’on a trop souffert durant l’administration Obama et ça a énormément coûté au pays. Donc, je crois que les gens pensent que l’économie est meilleure avec Trump et c’est principalement pour cette raison-là, à mon avis, qu’il a encore beaucoup de supporters".

Il y a des discours qui se tiennent maintenant qui ne se tenaient pas avant, il y a un racisme qui ressort de plus en plus

Mireille Jones-Lachi, enseignante dans le Missouri, anti-Trump, n'est pas complètement déçue des résultats. "J’habite à Kansas City, qui est en fait entre le Kansas et le Missouri, la ville est partagée, et dans le Kansas ça a été une victoire extraordinaire, c’est historique. Nous avons une femme gouverneur, ce qui est extraordinaire, et c’est surtout aussi la victoire de Sharice Davids, qui est l’une des premières femmes natives américaines et ouvertement lesbienne, donc c’est aussi quelque chose d’extraordinaire dans le Kansas. Ça, ça a vraiment encouragé énormément de monde ici dans la Bible Belt, comme on dit, dans la partie vraiment fort religieuse. Malheureusement, dans le Missouri, nous avons perdu le siège du sénateur Claire McCaskill, qui est passé à Josh Hawley. C’était prévu, mais disons qu’on espérait quand même peut-être ne pas le perdre entièrement. Donc, c’est un résultat mitigé."

Elle espère que la victoire des démocrates à la chambre des représentants changera la donne. "Je ne reconnais pas vraiment le pays qui m’a accueillie dans les années 90. Ça a vraiment fortement changé, même ici... J’habite dans une communauté très rurale et ce sont des gens avec qui je suis amie depuis des années, avec qui je m’entends très bien depuis des années, je ne reconnais pas toujours ces personnes. Ces deux dernières années, ça a vraiment changé très fortement. Il y a des discours qui se tiennent maintenant qui ne se tenaient pas avant, il y a un manque de décence parfois dans les commentaires qui sont faits et il y a un racisme qui ressort de plus en plus. Évidemment, on me dit toujours : 'Ce n’est pas envers toi', mais en attendant les commentaires sont faits. J’espère quand même que ce changement ici va un peu calmer la furie de l’administration que nous avons pour le moment."

Michelle Moore estime également que la situation a changé ces deux dernières années. "J’ai toujours été un peu de tendance démocrate, mais je ne suis pas à 100% démocrate. Ce que je reproche le plus à Donald Trump, c’est d’avoir ouvert les vannes aux propos les plus haineux. C’est ça qui inquiète beaucoup de monde et je crois que Nancy Pelosi a saisi cette opportunité de dire qu’il y a un certain ras-le-bol chez l’Américain moyen, du milieu, comme je peux être, qui dit : 'On ne veut plus ces discours, on ne veut plus des actes d’une violence comme on a pu voir récemment, on veut qu’on trouve un commun accord et qu’on trouve des compromis. C’est votre boulot, faites-le !' Je crois que c’est ça le souhait de l’Américain moyen que je suis."

 

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