Une campagne de boycott contre la cherté de la vie au Maroc

L’activité des sociétés s’en ressent : on murmure une chute de 30 à 50% des chiffres d’affaires.
L’activité des sociétés s’en ressent : on murmure une chute de 30 à 50% des chiffres d’affaires. - © TWITTER

Le mouvement, lancé le 20 avril de manière anonyme sur internet, est très suivi par les citoyens. Il concerne trois grandes marques de produits locaux de consommation courante : le lait, l’eau et une enseigne de station-service.

Lancé sur les réseaux sociaux, ce boycott entend protester contre la cherté des prix, et infléchir à la baisse les tarifs exercés par ces entreprises accusées d’occuper une situation de monopole dans leurs secteurs respectifs.

Depuis, l’activité des sociétés s’en ressent. On murmure une chute de 30 à 50% des chiffres d’affaires des entreprises concernées. Elles redoublent d’ingéniosité pour gérer leur communication de crise, et reconquérir le cœur des consommateurs.

Pas facile, car selon deux enquêtes d’opinion, entre 70 et 80% des Marocains soutiennent cet appel au boycott.

"Pour être entendus, il faut taper dans leur porte-monnaie"

Dans un café du centre-ville de Casablanca, Fayçal refuse la petite bouteille d’eau servie avec son expresso. Ce trentenaire au chômage suit le boycott, et ne consomme plus les produits des trois marques visées par le mouvement : "Il y en marre de la hausse des prix et des salaires qui n’augmentent pas", s’indigne-t-il. Pour lui, les instigateurs de cet appel au boycott ont vu juste : "Ils ont compris que pour que l’on soit entendus, il faut taper dans leur porte-monnaie", dit-il en référence aux patrons de ces holdings locaux.

Sur le terrain, les commerces rechignent souvent à accepter les livraisons d’eau concernée, faute de pouvoir écouler leur stock. Mahfoud, est gérant de café, il a dû refuser plusieurs livraisons habituelle et se tourner vers une autre marque d’eau. "Les fournisseurs viennent nous voir pour nous demander de prendre leurs produits parce qu’ils en ont de trop, déplore-t-il. Mais je leur dis que n’ai pas d’argent que je ne peux pas acheter un produit que je ne  pourrai pas vendre, on ne peut pas faire ce qu’on veut."

"Les Marocains prennent conscience de leur pouvoir sur l’économie"

Pour les associations de consommateurs, ce mouvement est une victoire. "C’est la preuve que les Marocains prennent conscience de leur pouvoir sur l’économie", se réjouit Madih Ouadih de l’association Uniconso. Selon lui, la cherté de la vie n’est pas une vue de l’esprit : "C’est une réalité, le consommateur souffre avec Smig de 2000 à 3000 dh (environ 250 à 300 euros, ndlr) par mois ne peut pas joindre les deux bouts, sachant que le panier de la ménagère est compris entre 800  et 1000 dirhams (80 et 100 euros, ndlr)".

Sur les pages Facebook partagées par des centaines de milliers d’utilisateurs, certains messages l’affirment. Mieux vaut boycotter que de manifester. Les stations-services de l’enseigne boycottées sont très peu fréquentées.

À Mohammedia, à 30 kilomètres au nord de Casablanca, le syndicaliste Hoceine El Yamani, a vu venir ce mécontentement. Employé de la seule raffinerie du pays, la Samir, il est aujourd’hui inoccupé depuis sa mise en faillite il y a deux ans. Pour lui, l’activité de raffinage jouait le rôle de régulateur dans la fixation du prix du carburant : "Les 5 grands distributeurs du Maroc, qui détiennent 80 à 85 % du marché, ce sont eux qui dictent les prix finaux", affirme –t-il.

Sa section syndicale déplore depuis près d’un an la flambée des prix à la pompe, due à l’effet conjugué de la libéralisation de la devise et de la fin des subventions sur les produits pétroliers. Pour lui, ce mouvement est une nouvelle forme de protestation sociale, "parce que le Maroc est touché par les grandes répressions de liberté d’expression comme nous avons connu dans le Rif ou à Jerada. Les Marocains cherchent par tous les moyens à mettre fin à cette offensive sur leur pouvoir d’achat".

Audit en cours

Le gouvernement, qui a mis plusieurs semaines à sortir de son silence, a annoncé qu’un audit était en cours pour analyser les prix  de grande consommation. Le Premier ministre Saad Eddine El Othmani a même appelé devant le parlement, les Marocains à "tourner la page" du boycott au nom de la préservation de l’emploi.

Mais le mécontentement est toujours vivace en ce mois de ramadan, marqué par une spéculation sur les prix. Des appels au boycott sont aussi lancés pour cesser de consommer du poisson dont le prix au kilo, atteint pendant le mois "sacré" des sommets.

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