Une avocate suisse concernant le président algérien: "L'idée de mise sous curatelle était une évidence"

Saskia Ditisheim, avocate, présidente de la branche suisse de l'ONG Avocats sans frontières
Saskia Ditisheim, avocate, présidente de la branche suisse de l'ONG Avocats sans frontières - © Tous droits réservés

« Il n’y a aucune provocation dans cette démarche et si je pensais qu’elle n’allait pas aboutir, je n’aurais pas déposé cette requête », affirme Saskia Ditisheim, très confiante. Cette avocate, présidente de la branche suisse de l’ONG Avocats sans frontières, a déposé une requête devant le Tribunal de Protection de l’adulte et de l’enfant de Genève, pour demander le placement sous curatelle du président algérien Abdelaziz Bouteflika, actuellement soigné en Suisse.

M. Bouteflika, 82 ans et candidat à un cinquième mandat à l’élection présidentielle dans son pays, est hospitalisé en Suisse depuis le 24 février, pour des « examens médicaux » selon la présidence algérienne. Son directeur de campagne Abdelghani Zaalane, assure que son état de santé ne suscite « aucune inquiétude ».

Mais Saskia Ditisheim, agissant pour le compte d’une citoyenne algérienne anonyme, affirme au contraire que la « santé fragile » de M. Bouteflika l’expose à être « manipulé » par son entourage. « Ma mandante a déposé une plainte pénale pour suspicion d’enlèvement et de séquestration du président algérien. Elle voulait que je l’aide et l’idée de mise sous curatelle selon moi était une évidence ».

En aucun cas, il s’agit d’une tentative de manipulation du jeu politique algérien, assure Saskia Ditisheim. « C’est une démarche individuelle, ma cliente veut protéger son président et veut connaître aussi l’état de santé réel de son président afin de savoir s’il est apte ou non à gouverner son pays. Tous les Algériens ont le droit de le savoir. Je fais mon devoir d’avocate ».

Confiante à moins que Bouteflika soit transféré dans un autre pays

Dans cette requête déposée devant l’avocate Saskia Ditisheim, demande la nomination d’un ou plusieurs curateurs. « Ce curateur devra être nommé en dehors du cercle entourant le président et devra nécessairement faire preuve de neutralité et dénué de tout conflit d’intérêts éventuel », demande-t-elle.

La requête de curatelle demande aussi d'« autoriser les curateurs à délier les médecins des Hôpitaux universitaires de Genève » du « secret médical » à l’égard du président algérien. Et à les « autoriser à obtenir une » attestation médicale se prononçant sur ses aptitudes à gouverner un pays ».

Elle demande que « toute communication officielle au nom » de M. Bouteflika fasse l’objet d’un « accord préalable » des curateurs « afin de s’assurer que les propos tenus émanent réellement du pupille ».

Saskia Ditisheim est confiante de son succès dans cette affaire « à moins que le Président soit transféré dans un autre pays », prévient-elle.

Abdelaziz Bouteflika, président depuis 1999, a été rarement vu en public depuis un AVC dont il a été victime en 2013.

Depuis le 22 février, après l’annonce de sa candidature pour un cinquième mandat à l’élection du 18 avril, les manifestations se succèdent en Algérie pour demander au président d’y renoncer.

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