Une app pour signaler les cas de harcèlement dans les transports publics en Tunisie

Une application gratuite est désormais à disposition pour, d’un clic, signaler à un endroit un cas de harcèlement.
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Une application gratuite est désormais à disposition pour, d’un clic, signaler à un endroit un cas de harcèlement. - © Maurine MERCIER

Deux meilleures amies attendent le tram en plein cœur de Tunis, capitale de la Tunisie. Ont-elles déjà parlé de harcèlement ? La réponse fuse, "Jamais non". Même pas entre elles. Elles préfèrent tenter d’oublier ce qui leur arrive trop souvent, surtout aux heures de pointes, lorsque les transports publics sont bondés.

La première, étudiante, 28 ans, se lance : "Un jour, dans le métro, un homme d’une quarantaine d’année m’a touchée les parties intimes. J’ai eu très peur. Sur le coup, je n’ai pas osé hurler et le repousser, j’étais tétanisée. Lorsque je suis enfin arrivée chez moi, je me suis douchée très longuement pour tenter de me défaire de cette terrible sensation".

Pour la deuxième, même topo : "Moi, un homme m’a touché les seins. Les insultes ? Ce n’est rien ! On en entend tous les jours, alors on finit par ne même plus y prêter attention, malheureusement".

Comme ces deux amies qui se confient pour la première fois sur ce qu’elles préfèrent tenter d’oublier, plus de la moitié des femmes tunisiennes affirment subir ce harcèlement sexuel dans les transports publics. Cela va des propos lourdingues à ces hommes qui parfois se masturbent en pleine rue.

Géolocalisation des harceleurs

Pour lutter contre cette violence liée au machisme ambiant, une campagne nationale vient d’être lancée contre le harcèlement dans les transports publics. Objectif : recenser les cas, mesurer l’ampleur du phénomène, libérer la parole, permettre aux femmes de raconter ce qu’elles subissent et les inciter à porter plainte. Parce qu’aujourd’hui, le harcèlement est puni par la loi. Les peines grimpent jusqu’à 2 ans de prison. 

Une application gratuite est désormais à disposition. Son nom : "YESZINA" (traduisez "Ça suffit !"). D’un clic, les femmes peuvent signaler où elles se sont fait harceler. Elles peuvent livrer leur témoignage, tout en préservant leur anonymat. Objectif : créer une sorte de communauté. Et que chaque femme puisse réaliser qu’elle n’est pas la seule à se faire importuner.

"Dans les années 80, je me baladais en minijupe en plein Tunis, dans les transports publics. Aujourd’hui, mes filles n’osent plus porter ces tenues. Et elles évitent le plus possible les transports publics. Le premier jour de fac de mon aînée, je l’ai retrouvée le soir en pleurs. Elle m’a fait promettre de ne plus exiger d’elle qu’elle se déplace en tram. Je me débrouille depuis pour soit lui prêter ma voiture, soit lui payer le taxi." Cette mère, la soixantaine – n’a pas osé demander à sa fille ce qui lui était arrivée. "Par respect", dit-elle, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie. "Mais j’avais compris qu’un homme l’avait tripotée. La même chose est ensuite arrivée à ma fille cadette."

La loi du silence

Ni le fait d’être voilée, ou de baisser le regard ne permet d’être épargnée. La plupart des femmes interrogées avouent que, oui, elles craignent de devoir s’imposer les transports publics. Mais aucune ne parle volontiers des harcèlements subis. Aucune ou presque ne porte plainte.

Cette campagne nationale veut briser le tabou. Elle est là pour documenter les cas de harcèlement de manière à ce que les autorités prennent des mesures concrètes contre ce phénomène qui pourrit la vie des Tunisiennes. Mais parler, dire, est la première étape pour réussir ensuite à porter plainte. Là, est l’objectif final.

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