Un ultimatum adressé aux forces ukrainiennes de Crimée? La Russie dément

Guerre imminente? Un ultimatum russe lancé aux forces ukrainiennes de Crimée
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Guerre imminente? Un ultimatum russe lancé aux forces ukrainiennes de Crimée - © Tous droits réservés

Selon un responsable du ministère ukrainien de la Défense, les forces russes ont adressé un ultimatum aux militaires ukrainiens présents en Crimée, les enjoignant de se rendre sous peine d'être attaqués. "L'ultimatum est le suivant : reconnaître les nouvelles autorités (pro-russes) en Crimée, déposer les armes et s'en aller, ou être prêt à subir un assaut", a dit Vladislav Seleznev, ajoutant qu'il en ignorait l'échéance précise. La Russie a immédiatement démenti cet ultimatum, le qualifiant de "non-sens".

Dans le même temps, des militaires russes continuent de débarquer massivement en Crimée, ont dénoncé lundi les gardes-frontières ukrainiens. En outre, des avions de combat russes ont violé l'espace aérien ukrainien, selon Kiev. La tension monte d'heures en heures. Les ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne évoquent ce lundi la crise russo-ukrainienne à Bruxelles. De son côté, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, se rendra mardi à Kiev, précédé par le numéro deux de l'ONU.

Des avions de combat russes ont violé l'espace aérien ukrainien

Le ministère de la Défense ukrainien a affirmé que des avions de combat russes ont dépassé à plusieurs reprises la frontière aérienne ukrainienne dans la nuit de dimanche à lundi, annonce l'agence de presse Interfax Ukraine lundi. "Nous n'avons pas cédé à la provocation russe", explique le ministère de la Défense ukrainien.

Les avions russes auraient outrepassé à deux reprises la frontière aérienne ukrainienne, annonce l'agence de presse Interfax Ukraine lundi. Le ministère de la Défense ukrainien aurait immédiatement ordonné l'intervention de deux de ses chasseurs SU-27. Selon l'agence de presse ukrainienne, les engins russes, identifiés également comme deux SU-27, auraient décollé de la base russe de Krasnodar pour survoler la ville de Melitopol, située à proximité de la Crimée dans le sud-est de l'Ukraine.

Les avions militaires russes auraient continué à survoler la frontière ukraino-russe jusque lundi matin avant de retourner à la base aérienne de Krasnodar. Pour rappel, le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a annoncé dimanche la fermeture de l'espace aérien du pays à tout appareil non civil.

Cette musculation aérienne s'ajoute aux mouvements terrestres. Au cours des dernières 24 heures, dix hélicoptères de combat et huit avions de transport russes ont atterri en Crimée, sans que l'Ukraine ne soit prévenue, contrairement aux accords entre les deux pays sur le statut de la flotte de la mer Noire russe, stationnée en Crimée, qui prévoient que Kiev soit informé 72 heures à l'avance de tels mouvements de troupe. Depuis le 1er mars, quatre navires de guerre russes de la flotte de la Baltique sont également entrés dans le port de Sébastopol, selon la même source. Des soldats non identifiés agissant pour le compte des autorités pro-russes locales ont pris le contrôle d'une partie de la Crimée, assiégeant les soldats ukrainiens dans leurs casernes.

Ces bruits de bottes ont fait écho nettement au-delà des frontières ukrainiennes et suscitent évidemment des remous au niveau international.

Un sommet extraordinaire des chefs d'Etat européens ce jeudi

L'Union européenne a exhorté lundi la Russie à faire baisser la tension en Ukraine d'ici à jeudi, en la menaçant de sanctions si ses troupes ne se retiraient pas de Crimée.

Preuve de la gravité de la situation, un sommet extraordinaire rassemblera jeudi à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 pays de l'UE.

Réunis dans l'urgence lundi, les ministres des Affaires étrangères ont exprimé leur "extrême inquiétude", selon le Français Laurent Fabius. Car l'Ukraine "est la pire crise en Europe depuis la chute du mur de Berlin", a estimé l'Allemand Frank-Walter Steinmeier.

Les ministres ont directement mis en cause Moscou en condamnant la "violation manifeste de la souveraineté ukrainienne" par les "actes d'agression des forces armées russes".

Ils ont appelé la Russie à prendre "des mesures rapides et concrètes de désescalade" avec, en premier lieu, "le repli" des forces russes déployées ces derniers jours en Crimée "dans leurs zones de stationnement permanentes".

Si ce n'était pas le cas, les dirigeants européens pourraient décider jeudi de suspendre des négociations sur la libéralisation des visas ou sur un nouvel accord de coopération.

L'UE "envisagera aussi des mesures ciblées", à savoir des sanctions visant des personnalités ou des entités sous la forme de gel des avoirs ou de privation de visas.

"Les ponts seront coupés"

"Cela veut dire concrètement que les ponts seront coupés sur beaucoup de sujets", a souligné M. Fabius.

Les ministres ont décidé d'accorder deux jours à la Russie afin de favoriser "le dialogue", alors que l'activité diplomatique s'annonce intense.

La représentante de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, rencontrera mardi à Madrid le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avant de se rendre le lendemain à Kiev.

"Le dialogue à tous les niveaux est très important", a insisté Mme Ashton, car "nous voulons vraiment que cette situation soit résolue rapidement, et plus important encore, de façon pacifique".

M. Lavrov a cependant dénoncé les menaces de "sanctions" brandies par "ceux qui essaient d'interpréter la situation comme une agression" de la part de la Russie.

A Bruxelles, certains ministres, essentiellement ceux des pays d'Europe de l'Est voisins de la Russie, ont souhaité que l'UE adopte une ligne plus ferme à l'égard du président Vladimir Poutine.

"Nous savons que chez les rapaces, l'appétit vient en mangeant. L'enjeu pour le monde libre est de s'opposer à cette logique", a déclaré Radoslaw Sikorski, le chef de la diplomatie polonaise.

"Certains en Russie restent impressionnés par l'usage de la force militaire", a renchéri le Suédois Carl Bildt. Mais "ce n'est pas le meilleur moyen de se faire des amis en Europe et dans le monde", et "les Russes vont s'en apercevoir, pas aujourd'hui ou demain, mais un peu plus tard", a-t-il ajouté.

Devant le Parlement européen, l'émissaire du gouvernement ukrainien pour la Crimée, Boris Tarasiuk, a également exhorté l'UE à adopter "une approche beaucoup plus ferme" à l'égard de la Russie.

La principale décision prise jusqu'à présent est d'ordre diplomatique, avec la suspension, annoncée dimanche par les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), des préparatifs en vue du sommet du G8 de Sotchi en juin.

Les Etats-Unis mettent Moscou en garde

A ce stade, les ministres des 28 pays de l'UE ne devraient donc pas brandir la menace spécifique de sanctions économiques contre la Russie, comme l'a fait dimanche leur homologue américain John Kerry.

M. Kerry, attendu à Kiev mardi, avait lancé samedi une très ferme mise en garde contre Moscou dans un communiqué fustigeant "l'invasion et l'occupation" de l'Ukraine par la Russie qui mettent en péril "la paix et la sécurité" dans la région. Il avait dénoncé la "violation" par Moscou de la "souveraineté", de "l'intégrité territoriale" de l'Ukraine et des conventions internationales, notamment celles des Nations unies.

La principale décision prise jusqu'à présent est d'ordre diplomatique avec la suspension, annoncée dimanche par les pays du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), des préparatifs en vue du sommet du G8 de Sotchi (Russie) en juin.

"Inadmissible" pour Moscou

La Russie a jugé "inadmissibles" ces menaces du secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui a dénoncé "l'invasion" de l'Ukraine par la Russie et évoqué de possibles sanctions internationales contre Moscou.

"Nous estimons inadmissibles les menaces à l'égard de la Russie exprimées par le secrétaire d'Etat américain John Kerry concernant les derniers événements en Ukraine et en Crimée", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Il a accusé M. Kerry de revenir à des "clichés de la guerre froide" et ne pas avoir cherché à comprendre le processus complexe en cours dans la société ukrainienne.

Le ministère accuse Washington d'avoir fermé les yeux sur "la russophobie rampante et l'antisémitisme" chez les manifestants de l'opposition, dont les représentants ont pris le pouvoir à Kiev. "Les Occidentaux sont maintenant des alliés de véritables néonazis qui détruisent des églises orthodoxes et des synagogues", selon le ministère.

Le gouvernement ukrainien appelle les Européens à une "réaction beaucoup plus forte"

L'émissaire du gouvernement ukrainien pour la Crimée a appelé lundi l'Union européenne à adopter "une approche beaucoup plus forte" vis-à-vis de la Russie sur la crise en Ukraine.

"Il faut aller plus loin. La situation exige que l'on sorte des réponses habituelles. Il faut une approche beaucoup plus forte de l'Union européenne", a déclaré Boris Tarasiuk devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen.

Cet ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères a déclaré espérer que "l'UE prendra le plus tôt la décision de signer l'accord d'association" avec son pays. "Le gouvernement ukrainien est prêt", a-t-il assuré.

La décision prise en novembre par l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch de refuser de signer cet accord a précipité la crise politique.

M. Tarasiuk a estimé que des sanctions économiques de l'UE visant des responsables russes impliqués dans l'action engagée en Crimée enverrait un "signal fort" et représenterait "une douche froide" pour Moscou. "Le potentiel des sanctions est important", selon lui.

Il a qualifié d'"agression" l'opération "politico-militaire" lancée en Crimée par des "forces spéciales russes" qui "ont investi des bâtiments publics avant de prendre le contrôle d'installations stratégiques" comme les centres militaires ukrainiens.

"La Russie a saisi un prétexte pour envahir" la Crimée alors que "ses allégations n'étaient absolument pas fondées". "Les autorités ukrainiennes ont fait preuve d'une grande réserve. Il n'y a eu aucun coup de feu, aucune victime" en Crimée, et "personne ne peut dire que les russophones ne sont pas autorisés à parler leur langue", a insisté M. Tarasiuk.

Un sommet des chefs d'Etat européens ce jeudi

Au sein des 28 pays de l'UE aussi, certains souhaitent un message plus offensif vis-à-vis de la Russie. En tête de ceux-ci, la Pologne.

"Nous savons que chez les rapaces, l'appétit vient en mangeant. L'enjeu pour le monde libre est de s'opposer à cette logique", a déclaré Radoslaw Sikorski, le chef de la diplomatie polonaise. "La Russie subira de graves conséquences" pour son intervention en Ukraine, a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

Le Suédois Carl Bildt a dit ne pas être "très optimiste" à court terme. "Certains en Russie restent impressionnés par l'usage de la force militaire", mais "ce n'est pas le meilleur moyen de se faire des amis en Europe et dans le monde" et "les Russes vont s'en apercevoir, pas aujourd'hui ou demain, mais un peu plus tard", a-t-il affirmé.

La crise ukrainienne tend un peu plus les relations entre l'UE et la Russie, déjà affectées ces dernières années par de nombreuses frictions dans les domaines de l'énergie ou du commerce.

Mais les échanges entre les deux parties ont continué à fortement s'accroître depuis la chute de l'URSS, la Russie étant désormais le 3e partenaire de l'UE après les États-Unis et la Chine, ave

Réunion de crise de l'Otan mardi

L'Otan tiendra mardi une nouvelle réunion de crise sur la situation en Ukraine, à la demande de la Pologne qui estime que sa sécurité est menacée, a annoncé le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen.

Pour cette deuxième réunion après celle de dimanche, Varsovie a invoqué l'article 4 du Traité de l'Otan, qui prévoit que les 28 pays membres se consulteront "chaque fois que, de l'avis de l'une d'elles, l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée".

Déjeuner de travail entre Ban Ki-moon et Sergueï Lavrov

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ont eu "déjeuner de travail" à la mission russe ce lundi à 13H15 (12H15 GMT), a indiqué à l'AFP une porte-parole de l'ONU à Genève, Corinne Momal-Vanian.

Les deux hommes participent lundi matin à l'ouverture de la principale session annuelle du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève. L'Ukraine sera au centre des discussions entre les deux hommes. Le secrétaire général de l'ONU a appelé samedi le président russe Vladimir Poutine pour lui demander "d'entamer d'urgence un dialogue direct avec les autorités de Kiev".

Vers une guerre inévitable?

Comme expliqué en début d'article, la Crimée est dans une situation de quasi-guerre, donc, même si celle-ci n'a pas été déclarée formellement. Des centaines d'hommes en uniforme mais sans insignes ont continué à se déployer autour d'installations stratégiques, administrations ou installations miliaires. Combien de milliers sont-ils, ces étranges mercenaires russes anonymes? On ne le sait pas. Mais cela ressemble à un scénario d'occupation.

A Sébastopol, les installations de la flotte russe voisinent avec celles de la marine ukrainienne. Mais, coup dur symbolique pour le pouvoir de Kiev, le nouveau commandant en chef de la marine ukrainienne a fait défection et s'est rangé du côté des autorités pro-russes.

Ailleurs, à Odessa et Kharkiv, il y a eu des manifestations de soutien au nouveau pouvoir ukrainien. Et à Kiev, 50 000 personnes se sont encore rassemblées dimanche pour dénoncer les visées de Poutine sur l’Ukraine.

L'OTAN ne coupe pas les ponts

L'Otan a demandé dimanche le déploiement d'observateurs internationaux en Ukraine pour résoudre la crise pacifiquement et appelé la Russie à retirer ses troupes, tout en maintenant la porte ouverte au dialogue avec Moscou.

"Nous appelons les deux parties à rechercher immédiatement une solution pacifique par le dialogue, et le déploiement d'observateurs internationaux, sous les auspices du Conseil de sécurité des Nations unies ou de l'OSCE" (Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe), a déclaré le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.

Il s'exprimait à l'issue de près de huit heures d'une réunion d'urgence des 28 ambassadeurs de l'Alliance atlantique, dont une partie s'est tenue en présence du représentant de l'Ukraine, pays avec lequel l'Otan a signé un partenariat.

"Nous condamnons l'escalade militaire russe en Crimée", a dit M. Rasmussen, avant d'appeler la Russie "à respecter ses engagements internationaux, à replier ses forces dans ses bases, et à ne pas interférer ailleurs en Ukraine", une ancienne république soviétique.

L'Otan est donc restée sur le terrain politique, souhaitant même maintenir le dialogue avec Moscou à travers leur outil de coopération, le Conseil Otan-Russie, dont plusieurs pays membres ont demandé une réunion prochaine.

Le représentant de l'Ukraine, Igor Dolgov, a noté que les appels à la Russie n'avaient "pas beaucoup aidé jusqu'à présent". "Je pense qu'il s'agit du début" de mesures qui "pourraient aider à la désescalade et à un processus politique", a-t-il espéré.

Parallèlement, l'Allemagne a annoncé que le président russe, Vladimir Poutine, avait accepté une proposition de la chancelière Angela Merkel de création d'une "mission d'enquête" et d'un "groupe de contact" pour entamer "un dialogue politique" sur l'Ukraine.

Pour un diplomate européen, il faut tenter de sortir du "tête à tête" entre l'UE et la Russie, qui a des relents de guerre froide, et élargir le cercle par le biais d'une organisation multilatérale, voire d'un pays tiers comme la Chine. "Nous devons parler à Poutine, qui a ses raisons pour ses mauvaises actions", a indiqué ce diplomate.

Vladimir Poutine a perdu "tout contact avec la réalité" selon Angela Merkel

Cependant, une indiscrétion de la conversation entre Angela Merkel et Barack Obama ne devrait pas contribuer à établir des relations de confiance.

A l'issue de son entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, la chancelière allemande, Angela Merkel, a affirmé à Barack Obama que le président russe avait perdu "tout contact avec la réalité", selon le New York Times. "Il est dans un autre monde", aurait ajouté Angela Merkel lorsqu'elle a contacté lundi M. Obama après son entretien téléphonique avec le président russe, selon le quotidien New York Times.

Après l'échange avec la chancelière allemande, M. Poutine a pourtant accepté de charger un groupe d'experts internationaux d'examiner la situation en République ukrainienne autonome de Crimée.

RTBF

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