Pour la Coupe du monde, Sotchi, ville sans club, s'est construit un stade flambant neuf

Quand on arrive par avion à Sotchi, ce qui frappe avant tout c'est l'immensité de la côte. Sur les bords de la Mer Noire, la ville (450.000 habitants au total pour ce que l'on appelle le "Grand Sotchi"), s’étire sur 40 kilomètres de rivages.

Sotchi l’ancienne à l’ouest, mélanges de datchas historiques, dont celle de Staline, d’hôtels et de gratte-ciels modernes, des plages de sable ou de gravier ; Adler à l’est avec son aéroport international, son parc olympique, les stades et les hôtels, apparts-hôtels tous identiques, certains étant purement et simplement les immeubles occupés par les sportifs par délégations lors de l'Olympiade.

Et, entre les deux, des routes, des autoroutes surfant entre mer et montagnes, une ligne de chemin de fer aussi... De quoi attirer six millions de visiteurs par an, à 70% Russes, devant les Ukrainiens, les Biélorusses, Arméniens, Géorgiens, Grecs, quelques Anglais et Américains. Le maire Anatoli Pakhomov, du parti "Russie Unie" (celui du président Vladimir Poutine) en place depuis 2009, est très fier d'annoncer 62% de touristes en plus entre 2011 et 2016. Un maire qui précise : "Nos invités sont nos meilleurs investisseurs".

Le Parc olympique de la démesure

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Parc olympique de Sotchi. © RTBF
Parc olympique de Sotchi. © Tous droits réservés
Parc olympique de Sotchi. © RTBF

Mais restons côté Adler, la vraie "Sotchi olympique", côté plaine – la station de Krasnaya Polyana à 538 mètres d'altitude étant la station de montagne créée spécialement pour les Jeux. Les Jeux olympiques d'hiver 2014, les Jeux de la démesure, les plus coûteux de l’Histoire avec 36 milliards d’euros. On avait tout construit ou presque. Des chantiers titanesques, des scandales de corruption, une gestion opaque du budget…

Rien n’était trop beau pour le président Poutine qui voulait rendre à Sotchi son lustre d’antan. Cinq-cent-cinquante kilomètres de routes et autoroutes, 55 ponts, 22 tunnels, un parc olympique de 260 hectares, 6 stades, un chemin de fer et un aéroport flambant neuf pour 10 millions de passagers.

"C’est grâce au soutien du gouvernement et du président que nous avons pu développer toutes ces infrastructures pour accueillir ces événements à tous les niveaux. C’est tout le mérite du président Vladimir Vladimirovitch Poutine si Sotchi est telle qu’elle est. Poutine y est particulièrement attentif", explique le maire de Sotchi, Anatoli Pakhomov.

En 2018, Sotchi-Adler conserve donc, à l'est, à un jet de pierre de la côte, son gigantesque parc olympique. Des stades de curling, de hockey, de patinage, autant d'installations sportives toujours bien employées, des stades qui "en jettent" avec leurs décors, leurs vitres, leurs toits à l'allure "meringuée"; des stades à l'éclairage coloré de nuit.

Il y a la vaste esplanade aux drapeaux, au centre la vasque blanche ultra-haute qui a abrité la flamme olympique, entourée d'une centaine de mâts portant toujours les couleurs des États participants, des anneaux olympiques auprès desquels les touristes viennent se faire photographier. Et en face, au-delà du parcours de Formule 1 (Sotchi accueille la compétition une fois l'an depuis 2014), le Stade Ficht, du nom d'une montagne du Caucase, aux neiges permanentes et donc blanche comme le toit ouvert du stade.

Le Stade Ficht

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Le Stade Ficht. © RTBF
Le Stade Ficht. © RTBF
Le Stade Ficht. © RTBF

Construit entre 2011 et 2014, notamment à coups d'expropriations de certains habitants, pour déjà l'équivalent de 420 millions d'euros, il n'avait servi lors des Jeux que pour les spectacles des cérémonies d'ouverture et de clôture. Et n'avait donc rien a priori d'un stade de football, il a donc fallu le "transformer". Notamment pour respecter les demandes de la FIFA. Nouveau chantier, avec un coût cette fois de "seulement" 5 milliards de roubles (environ 69 millions d'euros) !

"Avant, le toit était mobile, mais là ce n'est plus possible d'ouvrir ou de fermer ce toit de 36.000 mètres carrés, car nous avons dû faire des travaux pour rajouter des tribunes et coller aux normes FIFA de 45.000 places. Là, nous en avons 46.000", détaille Mikhail Kapustkin, porte-parole du stade.

Des sièges supplémentaires qui ont nécessité le retrait d'abord de 10.000 tonnes d'acier avant que l'on puisse ajouter les nouvelles tribunes. Le tout dans un stade – il est vrai splendide – qui a déjà servi lors de la Coupe des confédérations en 2017, sorte de répétition générale. Il a également abrité un match amical Russie-Belgique, lequel s'était soldé par un nul, 3-3.

Le maire de Sotchi, Anatoli Pakhomov, précise aussi qu'il y a également "trois stades d’entraînement, une fanzone sur la marina pour 10.000 personnes, le tout avec un financement régional et fédéral. Mais les infrastructures étaient déjà là, nous avons peu investi. Forcément, ce ne sera pas rentable tout de suite, mais le plus important n’est pas l’aspect matériel et l’argent, c’est un bon héritage moral pour nos enfants".

"Après les Jeux d’hiver, sur 61.000 enfants scolarisés, 39.000 se sont inscrits dans des écoles sportives, ski, curling, hockey. Après la Coupe du monde, avec les 3 stades d’entraînement, 2000 élèves pourront faire du football. C’est un héritage incroyable", se réjouit le maire. On ne demande qu'à le croire !

Un stade à l'avenir incertain

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Le Stade Ficht. © RTBF
Le Stade Ficht. © RTBF
Le Stade Ficht. © RTBF

Au-delà de ces lieux d'entraînement, reste toutefois la question de la reconversion du stade Ficht lui-même après. "À l’avenir, il n’accueillera pas que des événements sportifs, mais aussi des expositions, des concerts, il y a plein d’espace on peut toujours inventer quelque chose", affirme le porte-parole du stade.

"Mais, oui, il n’y a pas de club local de haut niveau ici pour l’occuper, c’est un gros problème. Mais il y a des discussions pour que le Dynamo de Saint-Pétersbourg vienne jouer ici. C’est en discussion ce n’est pas tranché." Précisons que Saint-Pétersbourg est tout de même à 1300 kilomètres de Sotchi... 

Sotchi va accueillir six matches en juin et juillet. Ici, 100.000 visiteurs sont attendus pour la Coupe, 25.000 étrangers, 1000 Belges, avec l’espoir que, parmi eux, beaucoup reviennent ensuite.

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