Un sommet européen pour tenter de sortir de la cacophonie sur la migration

Les Vingt-huit se réunissent ces jeudi à vendredi à Bruxelles pour un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement dont la politique migratoire restera le sujet le plus sensible. Après plusieurs semaines de cacophonie, le Conseil européen tentera de s'accorder sur la mise à l'étude de plateformes de débarquement hors Europe des migrants secourus en mer et quelques autres mesures visant à dissuader de rejoindre le continent.

Le Sommet de juin avait été annoncé il y a plusieurs mois comme celui pouvant débloquer la réforme du régime d'asile. Mais sur les sept propositions de la Commission qui composent cette réforme, cinq seulement sont prêtes à être adoptées. C'est que la tension politique s'est accentuée sur le dossier, comme en ont témoigné les crises autour des bateaux de sauvetage Aquarius et Lifeline.

Réforme du système de Dublin

La réforme du système de Dublin (ou comment répartir par quotas entre Etats membres les réfugiés arrivés dans l'Union sans laisser tout le poids de l'accueil sur les pays de première entrée que sont souvent l'Italie et la Grèce) et la réforme de la procédure d'asile (ou comment décourager les déplacements secondaires entre pays de l'Union) butent sur le refus de plusieurs pays de jouer la carte de la solidarité, alors que le flux migratoire est désormais sans commune mesure (en baisse de 96%) avec les pics de 2015.

Les Etats membres les plus réticents, les quatre de Visegrad que sont la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, étaient absents d'une réunion informelle dimanche à Bruxelles où a été testée l'idée de plateformes régionales de débarquement.

Mais le flou plane sur ce que recouvriraient ces plateformes. S'agirait-il de centres fermés où l'on distinguerait les migrants économiques de ceux qui peuvent prétendre à une protection internationale ? Les détails manquent encore. Toutefois, "nous devrons rassurer d'éventuels pays partenaires sur le fait que les Européens ne veulent pas construire de camps sur leur territoire", commentait mercredi une source européenne. L'idée est surtout de générer un effet dissuasif.

Une crise politique

Parmi les facteurs d'instabilité, le basculement de l'Italie vers un gouvernement alliant populistes et extrême droite pèse fortement sur le dossier migratoire, tandis qu'en Allemagne, le gouvernement d'Angela Merkel est très affaibli par l'opposition frontale entre la chancelière et son alliée bavaroise la CSU. Le ministre allemand de l'Intérieur et chef de la CSU, Horst Seehofer, a même fixé à Mme Merkel un ultimatum pour qu'elle trouve une solution lors du Sommet. Dans le cas contraire, il menace de refouler au-delà de la frontière allemande tous les migrants déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE, ce qui mettrait la "grande coalition" (CDU-CSU et les socialistes) en péril.

Pour ajouter à la cacophonie, l'Autriche de Sebastian Kurz, qui s'apprête à reprendre le 1er juillet la présidence du Conseil de l'Union européenne avec son gouvernement alliant conservateurs et extrême droite, préconise d'avancer avec quelques pays sur une politique dure et entend s'arroger, au second semestre, les avancées les plus percutantes sur le dossier.

Libération d'une enveloppe de 3 milliards d'euros?

Dans ces conditions, le Sommet devrait engranger des avancées limitées en "décidant d'entamer une réflexion" sur les plateformes de débarquement ainsi que d'entamer le dialogue avec des pays tiers et l'OIM.

Donald Tusk compte aussi décrocher un soutien à la création d'une ligne budgétaire spécifique pour lutter contre la migration illégale et soutenir la coopération avec les pays d'origine et de transit. La crise de 2015 avait en effet démontré le besoin pour l'Union d'une capacité de délier plus rapidement les cordons de la bourse. La libération d'une nouvelle enveloppe de 3 milliards d'euros pour l'accueil des réfugiés en Turquie et l'approvisionnement du fonds fiduciaire pour l'Afrique pourraient aussi être décidés au Sommet.

Ainsi, faute d'accord sur une révision du système de Dublin, les Européens entendent concentrer leurs efforts sur la prévention des flux irréguliers vers l'Europe et le renforcement des frontières extérieures de l'Union, avec un accent sur le soutien aux garde-côtes libyens pour mieux contrôler leurs eaux territoriales.

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