Un scarabée tueur d'arbres venu du Vietnam menace la forêt de Johannesburg

Andrea Rosen montre des scarabées ; elle dénonce l'inaction des autorités locales.
3 images
Andrea Rosen montre des scarabées ; elle dénonce l'inaction des autorités locales. - © Valérie HIRSCH

Le « scolyte polyphage euwallacea… fornicatus » ne mesure que 2 mm mais peut tuer un arbre en quelques années. Il a déjà fait d’énormes dégâts à Los Angeles et dans les plantations d’avocats en Israël. Sans doute arrivé par le port de Durban au début de la décennie, le scarabée n’a été identifié que l’an dernier.

« Il a peut-être suffi d’une seule femelle enceinte à l’intérieur d’une palette mal séchée, explique le professeur Wilhem de Beer de l’Université de Pretoria. Le scarabée s’est d’abord attaqué aux jardins des quartiers aisés de Sandton, à Johannesburg. On le retrouve maintenant presque partout, même dans les forêts naturelles du Kwazulu-Natal. Quelque 80 espèces d’arbres sont touchées et certaines risquent de disparaître, comme les chênes anglais, les platanes et les érables de Chine. »

La plus grande forêt urbaine du monde est en danger

Si rien n’est fait, Johannesburg pourrait perdre une partie de sa forêt urbaine, la plus grande au monde (6 à 10 millions d’arbres).

Wilhem de Beer montre un platane criblé de trous. En anglais, l’insecte s’appelle « polyphagous shothole borer beetle » (PHSB), à cause de ces trous qui font penser à l’impact d’une balle. Ce sont les portes d’entrée du scolyte.

« Comme il ne peut pas digérer le bois, il transporte les spores d’un champignon, qu’il dépose le long des parois des galeries qu’il creuse sous l’écorce. Ces champignons sont son garde-manger. En grandissant, ils bouchent les canaux par lesquels transitent les nutriments de l’arbre, qui se dessèche et meurt en quelques années. »

Pas de prédateur en Afrique du Sud et aucun produit chimique efficace

Andrea Rosen regarde avec désolation deux arbres contaminés dans son jardin luxuriant proche de Sandton. « Au Vietnam, l’insecte a des prédateurs naturels, mais pas ici et aucun produit chimique n’est efficace, explique Julian Ortlepp de l’entreprise Tree works, venu constater les dégâts. Le plus sûr est d’abattre les feuillus atteints. »

La propagation se fait par les femelles, qui volent d’un arbre à l’autre, ou par le transport de bois contaminé et la vente de bois de chauffage par les élagueurs. « Les scolytes sont ainsi arrivés à Soweto, où 250.000 arbres ont été plantés par le gouvernement, enchaîne de Beer. Pour lutter contre ce fléau, les troncs devraient être incinérés ou réduits en compost dans des décharges spéciales, qui n’existent pas pour le moment. »

« La Ville ne fait rien pour enrayer la contamination »

Dans une rue du quartier, cinq arbres morts attendent depuis six mois d’être abattus par la municipalité. Un voisin les a entourés d’une banderole fluo, portant l’abréviation « PSHB ».

« La Ville ne fait rien pour enrayer la contamination, déplore Rosen qui préside l’Alliance pour la forêt urbaine de Johannesburg. Aucune campagne d’information du public n’a été lancée. En septembre, nous avons alerté le maire de Johannesburg, Herman Mashaba. Il nous a dit que sa priorité était de construire des logements. »

Moins d’arbres ? Plus de surfaces constructibles

Le scarabée fait le jeu des promoteurs, qui ont hâte de construire des lotissements bitumés autour de Sandton, devenu le centre économique de la Ville. « Mais la disparition de la forêt aura de lourdes conséquences pour l’environnement et la santé des habitants », constate Rosen.

La municipalité devrait prochainement lancer un recensement des arbres malades, première étape avant de décider d’un plan d’action. « L’abattage coûte cher et il y a peut-être d’autres solutions, explique De Beer, qui espère se rendre au Vietnam. On pourrait importer un prédateur. Mais il faudra au moins cinq ans de recherche. » En attendant, bon nombre d’arbres de Johannesburg auront dépéri.

 

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK