Sommet européen: vers un passeport vaccinal pour voyager en Europe ? Qui est pour, qui est contre ?

Pour freiner l’épidémie de Covid-19, plusieurs États membres envisagent de fermer leurs frontières, face notamment aux nouveaux variants du virus qui suscitent l'inquiétude. La Belgique s’oriente vers une approche un peu moins radicale : l’interdiction des voyages non essentiels jusqu’aux vacances de Carnaval en février. Et puis, il y a cette idée de certificat de vaccination, le "passeport vaccinal". Les 27 dirigeants européens se retrouvent en visioconférence ce jeudi soir pour en discuter. Et le résultat de leurs échanges comptera pour les décisions éventuelles à prendre ce vendredi lors du Comité de concertation.

Un passeport utile pour les pays touristiques

C’est la Grèce qui a mis le sujet sur la table. Reconnus par tous les Etats membres, ces certificats de vaccination deviendraient une sorte de passeport qui permettrait à ceux qui sont vaccinés de voyager librement dans l’Union.


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La proposition est soutenue par la Commission. La mise en place d’un certificat standardisé de vaccination au sein de l’Union européenne permettrait d’éviter la situation qui s’est produite pour les tests, un peu à l’instar du carnet de l’OMS pour la vaccination contre la fièvre jaune.

Athènes souhaite sauver son industrie touristique. Une façon pour un pays dont l’économie dépend du tourisme d’éviter la fermeture totale des frontières. L’idée de se servir de ce certificat pour permettre aux personnes vaccinées de voyager est logiquement soutenue par d’autres pays dont l’économie dépend fortement du tourisme : Malte, le Portugal et l’Espagne par exemple. Le Danemark et la Pologne, qui ont déjà commencé à délivrer des passeports vaccinaux à leurs citoyens, y sont aussi favorables.

Opposition française et réticence belge

Par contre l’idée du passeport vaccinal suscite les réticences de plusieurs pays, dont la France.

Ce type de document et de recensement pose des questions en termes de droit à la vie privée et des risques d’une potentielle discrimination sur des critères de santé.

Les discussions sur un passeport vaccinal sont jugées prématurées, étant donné la faible proportion de la population vaccinée, et certains comme la Belgique s’inquiètent d’une discrimination à l’égard des personnes non vaccinées.

La Belgique prévoit l’enregistrement des données de vaccination dans une base de données via la plateforme "vaccin-net +", une plateforme déjà utilisée par les autorités flamandes pour d’autres vaccins jusqu’à présent. Cette plateforme sera élargie à Bruxelles et à la Wallonie et sera accessible sur "masante.be". Via cette plateforme, les personnes vaccinées pourront donc obtenir et imprimer une attestation.

Ce jeudi, le Premier ministre belge Alexander De Croo devrait plaider pour une autre mesure, l’interdiction des voyages non essentiels, moins radical qu’une fermeture des frontières mais rien de bon pour le tourisme.

En outre, l’effet du vaccin sur la transmission du Covid-19 est encore incertain, souligne l’Allemagne. Le problème c’est que la liberté de circulation ne serait plus la même pour tous les Européens. Il y aurait d’un côté ceux qui ont pu se faire vacciner et de l’autre la grande majorité des Européens. Car pour l’instant, l’industrie pharmaceutique a du mal à produire suffisamment de doses pour tous et les campagnes de vaccination piétinent.

Bref, c’est un sujet très sensible qui divise les 27 d’autant qu’à ce jour les effets du vaccin sur la transmission du virus sont encore incertains. Le débat de jeudi doit se concentrer sur la mise en place de normes communes pour ces certificats. Et donc ce soir, il n'y aura pas d'accord sur un passeport vaccinal européen. Le débat n'est pas assez mûr. Mais les dirigeants européens devraient tout de même faire un premier pas dans cette direction et s'entendre sur une reconnaissance mutuelle des normes de vaccination entre tous les Etats membres.

L'ECDC demande aux pays européens de ne pas "relâcher" trop tôt

L'ECDC (le centre européen de prévention et de contrôle des maladies), qui regroupe les 27 pays de l'Union européenne ainsi que le Royaume-Uni, la Norvège et l'Islande, a relevé à "élevé/très élevé" son évaluation des risques sanitaires liés aux nouveaux variants, contre "élevé" dans sa première évaluation fin décembre.

Comme l'a déjà fait l'Organisation mondiale de la santé, l'agence européenne basée à Stockholm a également appelé ses membres à renforcer leurs capacités de tests et surtout de séquençage afin de mieux pouvoir détecter les nouveaux variants dits anglais, sud-africain ou brésilien.

"Étant donné que les populations responsables de la transmission ne seront pas vaccinées pendant encore quelques mois, il est recommandé aux Etats-membres d'être prudents avant de relâcher" leurs mesures de restriction, plaide l'ECDC dans son rapport.

"Du fait des preuves de contagiosité significativement plus élevée des nouveaux variants suscitant l'inquiétude, les autorités nationales devraient plutôt se tenir prêtes à prendre des mesures encore plus strictes et à encourager la population à les respecter", poursuit l'agence européenne, qui recommande également de se préparer à un nombre accru de patients dans les hôpitaux.

Pour le variant dit anglais ("VOC 202012/01" ou "B.1.1.7"), l'ECDC recense à la date de mardi quelque 1.300 cas dans ses pays membres hors Royaume-Uni, où la souche est désormais dominante.

Pour le variant sud-africain ("501Y.V2"), 27 cas ont été détectés dans dix pays de la zone ECDC, dont l'Allemagne, la France et la Belgique, selon son pointage en date du 19 janvier.


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Journal télévisé 30/12/2020

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