Un parti néo-nazi pourrait faire son entrée au Parlement grec

La crise économique a appauvri les Grecs les poussant à contester le pouvoir en place
La crise économique a appauvri les Grecs les poussant à contester le pouvoir en place - © EPA/ALEXANDROS VLACHOS

Les Grecs se rendront aux urnes ce dimanche pour renouveler leur Parlement. Dans un pays mis à genoux par la crise et submergé par un flot de réfugiés, un petit parti d’extrême-droite, néo-nazi, L’Aube dorée, est crédité de 5% des intentions de vote, soit assez pour obtenir des députés. Quel est ce parti ? Et que propose-t-il ?

Samedi 21 avril, le candidat socialiste aux élections législatives anticipées Pétros Efthymiou était insulté, lors d’un meeting dans la banlieue d’Athènes, par des militants du parti néo-nazi Chryssi Avghi (Aube dorée). Une agression verbale qui a choqué la classe politique grecque, d’autant qu’elle a eu lieu 45 ans jour pour jour après le coup d’Etat qui a placé une junte militaire au pouvoir pendant sept ans. "Nous appelons toutes les forces politiques du pays à condamner ces actes violents, à résister et créer un front pour la protection des institutions démocratiques. La tolérance contribue à couver l’œuf du serpent", a souligné Fofi Gennimata, porte-parole du Pasok, parti socialiste.

L’inquiétude est d’autant plus grande que le parti l’Aube dorée est créditée de 5% des intentions de vote par les sondeurs.

La percée de l’extrême droite n’est pas neuve en Grèce. En novembre 2011, deux députés du LAOS ont rejoint le gouvernement d’union nationale chargé de mettre en œuvre le plan de sauvetage concocté par l’Union européenne et le FMI. Mais après le vote d’un nouveau plan d’austérité en février dernier, le parti a quitté le gouvernement. Une participation au pouvoir contestée qui a affaibli ce parti d’extrême droite relativement modéré, selon Michalis Spourdalakis, professeur de science politique à l’université d’Athènes, interrogé par L’Express. "La collaboration du LAOS l'a affaibli et a conduit ses électeurs à se rapprocher d'un parti bien plus dangereux, L'Aube dorée"

Pourquoi est-il dangereux ?

L’Aube dorée est un parti néo-nazi. Créé dans les années 70 par Nikolaos Michaloliakos, un militant nationaliste qui n’a jamais hésité à prendre part à des actions violentes. Relativement discret jusque là, le parti fait irruption dans la vie politique grecque quand son fondateur est élu en novembre 2010 conseiller municipal à Athènes, avec 5,3% des voix. Il se distingue très vite en effectuant un salut nazi en plein conseil.

Nikolaos Michaloliakos est un grand admirateur de la Grèce antique et d’Hitler. Dans une archive datée de 1987 retrouvée par le quotidien Ethnos et citée par Mediapart, il écrit : "Le 30 avril 1945, une resplendissante page de l'histoire contemporaine se ferme. Le grand homme du XXe siècle, l'animateur et l'apôtre de la révolution de la croix gammée est mort. 1945, tous ceux qui ont cru en l’idéal de la révolution national-socialiste se sentent glacés, se sentent hésitants face à l’avenir, un avenir sans sa présence et ses conseils".

L’Aube dorée est férocement anti-immigrés. "Nous voulons que tous les illégaux s’en aillent. Nous voulons mettre leur puanteur dehors", a ainsi déclaré Frangiskos Porichis, candidat du parti aux élections.

Une haine des étrangers qui s’exprime aussi par la violence. Ainsi, des milices sont organisées dans les rues d’Athènes pour "chasser" les étrangers.  En septembre dernier, un jeune Afghan avait été poignardé. Un fait dramatique parmi d’autres, cachés.

Dans le Huffington Post, un sans papier venu du Liban témoigne : "Un soir, peu après 23 heures, je rentrais chez moi dans le quartier de Neos Kosmos quand trois motos se sont arrêtées à ma hauteur. Ils étaient deux sur chaque véhicule et seulement une fille faisait partie du groupe. Ils ont commencé à me demander d’où je venais. J’ai essayé de leur répondre avec mon peu de vocabulaire, mais ils ont commencé à me frapper avec un bout de bois. Je suis tombé à terre et ils m’ont frappé sur la tête, sur le visage et sur les jambes".

Des actes de violence soupçonnés d’être couverts par la police. "Beaucoup de policiers sont eux-mêmes membres de l'Aube dorée", explique Michalis Spourdalakis, professeur de science politique interrogé par L’Express.

Un discours qui parle aux Grecs

Il n’empêche, le discours anti-immigrant et anti-pouvoir en place de L’Aube dorée parle aux Grecs. L’immigration est l’un des thèmes centraux de la campagne. Porte de l’Europe, la Grèce voit rentrer sur son territoire 8 clandestins sur 10 qui tentent leur chance en Europe.

La crise n’a pas aidé. La dette grecque qui explose et les mesures d’austérité à répétition ont appauvri la population, qui pointe les deux principaux partis, le Pasok et Néa Dimokratia, qui se sont partagé le pouvoir ces 30 dernières années.

L’Aubé dorée parle à la population désemparée. Il dit vouloir refuser de payer les dettes, vouloir sortir de la zone euro… Et de nouveau, il pointe les étrangers, responsables du manque d’emplois et de la criminalité. "Bien que l’on accuse les étrangers à tort, cette situation est finalement commune. Quand il y a une crise, les gens deviennent plus volontiers nationalistes parce qu’ils ont peur. C’est pour cela que lors des élections municipales d’Athènes en 2010, le parti néonazi Chryssi Avgi a remporté 5% des voix", explique Daniel Esdras, directeur de l’Organisation internationale pour les migrants en Grèce, interrogé par le Huffington Post.

"Depuis plus d’un an, des membres du parti donnent à des familles dans le besoin des sacs de riz, de pâtes, de l’huile de l’olive et des vêtements à des familles. Cela dans des cartons sur lesquels il est écrit 'Je vote pour Chryssi Avghi pour nettoyer le pays' et 'Pour qu’Athènes redevienne grecque' , rapporte le site en ligne Athensnews.

Une situation qui fait dire à plusieurs analystes que le vote pour L’Aube dorée serait éventuellement un vote contestataire, destiné à sanctionner le pouvoir en place.

Il n’empêche, ce vote potentiel fait peur en Grèce et en Europe...

Julie Calleeuw

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