"Un parrain à la Maison Blanche" détaille les liens du président avec la mafia : "Avec Donald Trump, tout est possible… Surtout le pire !"

Aux prises avec de profondes crises, assailli de critiques et en baisse dans les sondages, Donald Trump a tenté de se relancer ce week-end à Tulsa avec un pari risqué : retrouver devant des dizaines de milliers de personnes les estrades qu’il aime tant, pour son premier meeting de campagne à l’ère du coronavirus. Échec puisqu’il n’a pas fait salle comble comme il l’espérait.

Donald Trump ne serait pas arrivé là où il trouve sans l’appui de puissants réseaux criminels. Cette vérité émerge au fil des pages du dernier livre enquête du journaliste Fabrizio Calvi " un parrain à la Maison Blanche " aux éditions Albin Michel. Entretien avec ce journaliste.

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Qui est Donald Trump ?

"Donald Trump est un homme qui est tout le temps en guerre. C’est ce qu’il a appris de son mentor, Roy Cohn dans les années 70, un des hommes les plus puissants des États unis de l’époque. Il a appris qu’il fallait se battre tout le temps, qu’il n’y avait pas de règles. Que la seule règle était de gagner.

C’est ce qu’il a fait en n’hésitant pas à traiter avec la mafia italo-américaine qui lui a construit son empire, avec la mafia russe qui a blanchi son argent dans son empire. C’est un homme totalement en guerre et complètement imprévisible."

Des liens avec les mafias, des concessions avec l’extrême droite, Donald Trump brise toutes les conventions ?

"Il fait plus que des concessions avec la droite extrême puisque certains de ses conseillers font partie de la droite extrême et que lui, ses sympathies vont là. N’oublions pas que son père faisait partie du Ku Klux Klan et qu’il a toujours professé des propos racistes et qu’il a toujours eu une attitude raciste. C’est quelqu’un qui va au bout, c’est quelqu’un d’extrême qui n’hésite pas à briser toutes les règles. La meilleure définition de lui c’est un ami qui disait :

En fait, faire des affaires, ça ne l’intéresse pas ! Faire des dollars pour faire des dollars, ça ne l’intéresse pas ! Ce qui l’intéresse, c’est le frisson, c’est l’impression de voler quelque chose, c’est l’impression de franchir la ligne blanche !

Et là, il l’a fait durant toute sa carrière et il continue de le faire à la Maison Blanche puisqu’il a une attitude complètement incompréhensible, y compris avec ce qui se passe à propos du confinement."

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Caricature du président Trump avec un membre du KKK © AFP / DAVID MCNEW
Supporter de Donald Trump face un militant de "Black Lives Matter" © AFP / BRENDAN SMIALOWSKI
Militant de Donald Trump "fier d’être blanc" © AFP / NICHOLAS KAMM

C’est un homme qui aime le frisson, qui aime gagner mais qui perd souvent et qui perd gros, avec l’exemple d’Atlantic City.

"C’est qui perd gagne ! A Atlantic City, il le dit lui-même, il a ruiné la ville ! Il a construit ses casinos grâce à la mafia avec la protection du FBI, il leur a fait faire faillite mais il a gagné de l’argent ! Il a gagné énormément d’argent et il s’en vante lui-même lors des meetings électoraux.

Qu’est-ce que j’ai pu faire d’argent à Atlantic City !

Trump fait de l’argent sur la dette. Il avait 400 à 500 millions de dollars de dette qu’il a titrisés, qu’il a mis en bourse, ça a flambé sur son nom, il a revendu tout de suite, à 40 dollars le titre et aujourd’hui ils ne valent plus rien, c’est redescendu à 1 dollar. Le paradoxe (et il se vante de ça), c’est que les gens d’Atlantic City, qui aujourd’hui sont totalement ruinés dans une ville transformée en désert votent massivement pour lui !"

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Atlantic City, ville ruinée © AFP / JOHN MOORE
Casino Trump "Taj Mahal" à Atlantic City © AFP / JEWEL SAMAD
Atlantic City ville ruinée © AFP / Mark Makela

Comment expliquer qu’il parvienne à rassembler autour de lui le monde de la criminalité organisé ?

"Le mystère, c’est surtout : comment fait-il pour s’en sortir ? Travailler avec la mafia italienne dans les années 80 à New York si vous êtes promoteur immobilier, c’est normal. Mais lui va plus loin que les autres. Il passe des deals avec la mafia, il passe des deals avec les syndicalistes, il donne des appartements aux syndicalistes pour avoir la paix sociale alors que tous les autres chantiers étaient bloqués. Lui s’en sort tout le temps, non seulement avec la mafia mais aussi avec le FBI. Chaque fois qu’il deale avec la mafia, il va voir le FBI pour balance la mafia. Je cite des rapports du FBI dans lesquels Trump propose de monter des opérations d'infiltration de la mafia à partir de ses casinos. Donc il joue sur tous les tableaux face à la mafia Italienne. Pour les Russes, c’est du blanchiment d’argent. Le problème c’est que Trump est terriblement endetté et qu’aucune banque ne voulait de lui. A un moment, il s’adresse à la Deutsche Bank, chez qui il doit 2 à 3 milliards de dollars et on s’est aperçu en fait que les emprunts de Trump étaient souscrits par une banque d’état russe dont le propriétaire est un ami de Vladimir Poutine. Et là on entre dans un autre domaine, celui des services secrets et de la géopolitique."

Gère-t-il l’Amérique de la même manière qu’il gère ses affaires ?

"Le problème de Trump, c’est son ego. Il est convaincu qu’il sait tout. Dans les années 80, il voulait régler le problème des négociations sur les missiles nucléaires en disant :

Moi je n’y connais rien mais il me faudra 5 minutes pour apprendre et 10 minutes pour régler le problème.

Sur le dossier du Covid-19, on se demande si chaque matin il ne se réveille pas en essayant de trouver quel expert il peut contredire. Dans ses affaires, c’est plus rationnel. Et puis malgré tout, les USA ne sont pas encore une dictature ! Des gens s’opposent à lui, il y a eu la procédure d’impeachment, donc il ne peut pas faire à peu près n’importe quoi. Il a l’art de manipuler les médias et l’art de manipuler le fake. A partir de ce moment-là il peut tenter à peu près n’importe quoi. L’art de manipuler le fake, les fakes news qu’il dénonce en permanence, c’est une stratégie tout à fait géniale. Car vous avez beau faire 10 ans d’enquête, il prendra mon bouquin et il dira :

Ça, c’est une Fake News

Et il le balancera à la poubelle. Peu importe ce que l’on dit de toi, que ce soit en bien, que ce soit en mal, et bien ce sera toujours une bonne publicité."

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Donald Trump face aux journalistes © AFP / ALEX EDELMAN

Il se présente comme le président de la loi et de l’ordre comme Richard Nixon autrefois. Est-ce que cette posture peut fonctionner dans l’Amérique de 2020 ?

"Pour l’élection de novembre, il y a énormément d’inconnues. On n’a pas affaire à un être rationnel. Il est capable de tout, donc tout peut se passer. Il peut déclarer une guerre à qui il veut si ça l’arrange, il y a beaucoup de gens qui s’interrogent sur sa santé, sur sa santé mentale aussi. En plus aux Etas-Unis, il y a un climat de pré-guerre civile qui est en train de s’installer avec des dirigeants de " Black Lives Matters " qui disparaissent, qu’on retrouve pendus à des arbres, des manifestants contre le confinement qui vont envahir des congrès locaux avec des armes automatiques pour faire valoir leur bon droit. D’ici à novembre, tout peut se passer."

Où trouve-t-il grâce à vos yeux ?

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Jeune partisan de Donald Trump © AFP / NICHOLAS KAMM

"Dans sa saga ! La manière dont il s’en est sorti. Il aurait dû être inculpé 1000 fois ! Il se sort de tout, même des histoires les plus compliquées, comme ses liens avec le milliardaire pédophile Jeffrey Epstein. Il rencontre les chefs de la mafia italienne, il travaille avec eux, il s’en sort. Les chefs de la mafia italienne vont en prison, pas lui. Ce livre, ça m’a vraiment amusé de l’écrire. Parce que le personnage est étonnant. Chaque fois que je soulevais un caillou, il y avait un nid de fourmis avec des scorpions au milieu. Aucune fiction ne peut dépeindre ce personnage. Avec Donald Trump, la seule certitude, c’est que tout est possible, surtout le pire !"

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