Un mur à la frontière israélo-libanaise cristallise les tensions entre les deux pays

Les premiers mètres du mur construits à l'extrême sud du Liban, après le village de Naqoura.
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Les premiers mètres du mur construits à l'extrême sud du Liban, après le village de Naqoura. - © Nicolas Feldmann

Libanais et Israéliens étaient réunis hier ce lundi 5 mars. La scène n’a rien inédite, les représentants militaires des deux pays se retrouvent chaque mois sous l’égide de la FINUL (la Force Intermédiaire des Nations Unies au Liban) mais depuis plusieurs semaines, les rencontrent se sont intensifiées. Les raisons? Plusieurs litiges territoriaux et une escalade verbale. Le 8 février dernier, les israéliens lançaient la construction d’un mur à leur frontière avec le Liban. Cela a provoqué la colère de Beyrouth qui estime que l’ouvrage pourrait à l’avenir empiéter sur son territoire. Nicolas Feldmann s’est rendu à la frontière, après le village de Naqoura, dans l’extrême sud du Liban. C’est là qu’ont débuté les travaux, depuis à l’arrêt. Reportage.

Sur les derniers kilomètres qui longent la mer, il faut passer les checkpoints de l’armée, traverser les barrages de la FINUL avant d’arriver face à Israël. Depuis le mois dernier, des blocs de bétons de sept mètres de haut s’alignent sur 300 mètres le long de la frontière. Perché sur un talus, ce soldat libanais était aux premières loges face aux engins de construction israéliens : "Ils se sont mis à travailler devant nous. Ici de ce côté c’est le territoire libanaise, nous sommes là pour la défendre, c’est tout. Nous ne faisons rien n’avions rien fait de notre on est là pour défendre notre terre. Eux nous parlent, mais nous ne leur répondons pas.. C’est interdit par la loi".

Inquiétudes territoriales

Si les travaux sont pour le moment à l’arrêt, le Liban craint que l’ouvrage n’empiète sur plusieurs parties de son territoire. En coulisses, les médiations sont menées par la FINUL, présente dans le sud du Liban depuis 40 ans. "Pour le moment, les Israéliens ont construit leur mur sur un point qui n’est pas une zone de tension, explique Andrea Tenenti, le porte-parole de la FINUL. Ils justifient ce mur comme un moyen de se défendre, de se protéger. Depuis cette construction, nous avons des réunions tripartites.
C’est important que chaque travaux entrepris dans ce secteur soit communiqué à la FINUL qui peut ensuite s’assurer qu’on peut en discuter avec les deux pays et réduire les tensions dans la région
".

Ce travail de médiation, la FINUL l’avait déjà mené en 2012, c’était à Kfar Kila. A une soixantaine de kilomètres plus à l’est, ce village est collé à la frontière. Il y encore six ans, les libanais pouvaient voir à quelques mètres à travers un grillage une route israélienne. Mais depuis, un grand mur barre la vue. "C’est un mur raciste, regrette Abu Ali, un habitant du village. Ce sont eux qui l’ont fait, eux les occupants, eux les racistes. C’est parce qu’ils paniquent, ils ont peur. Pour nous, ce mur n’a aucune importance, on passe juste notre temps ici et il arrive qu’on dessine aussi dessus, c’est tout".

Il y a une volonté pour les deux parties de parvenir à la stabilité que nous avons réussi à maintenir depuis environ douze ans

Sur les blocs de bétons, des portrait de martyrs s’affichent aux côté des figures de l’opposition à Israël. Le mur est aussi devenu un espace d’expression. Le mur de Kfar Kila, une expérience que la FINUL juge positive pour la stabilité de la région. "Kfar Kila a été accepté par les deux parties, explique Andrea Tenenti. Jusqu’à 2012, il y avait là-bas des incidents plus ou moins importants. Mais aujourd’hui, le mur fonctionne dans le sens où la tension a baissé à cet endroit. C’est important de souligner aussi qu’en général dans ces affaires, il y a beaucoup de mots plus hauts que les autres. Mais sur le terrain, la réalité c’est qu’il y a une volonté pour les deux parties de parvenir à la stabilité que nous avons réussi à maintenir depuis environ douze ans".

Reste que les relations entre les deux pays ont été polluées ces dernières semaines par un autre litige frontalier, cette fois ci en mer. Le Liban commencera l’année prochaine à explorer au large de ses côtes ses ressources en hydrocarbures, une partie de la zone de recherches est contestée par Israël qui revendique plusieurs dizaines de kilomètres carrés.  

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