Coronavirus : "Le déconfinement maintenant, c'est téméraire", selon un médecin liégeois en Espagne

Le liégeois Pierre Malchair dirige le service des urgences de l’hôpital universitaire de Bellvitge à Barcelone.
Le liégeois Pierre Malchair dirige le service des urgences de l’hôpital universitaire de Bellvitge à Barcelone. - © Henry de Laguérie

Le liégeois Pierre Malchair dirige le service des urgences de l’hôpital universitaire de Bellvitge à Barcelone, l’un d’un plus grands centres hospitaliers d’Espagne.

Spécialisé en maladie tropicale, Pierre Malchair a travaillé pour Médecins sans Frontières avant de rejoindre, il y a dix ans, l’hôpital de Bellvitge.

Pour faire face à la crise du Covid 19, le centre qui emploie 5000 personnes a multiplié par quatre son nombre de lits en soins intensifs.


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Henry de Laguérie, correspondant de la RTBF à Barcelone, l’a rencontré.

Vous avez 15 d’expérience professionnelle. Vous y avez déjà vécu une telle crise ?

"J’ai travaillé pour MSF. J’ai vécu des situations comme celle-ci lors de tremblements de terre, de conflits ou d’ouragan, en Haïti, au Nigeria, au Pakistan et ailleurs. J’ai vraiment l’impression de revivre les mêmes situations".

Comment vous sentez-vous ?

"C’est difficile. C’est difficile parce que les gens ne sont pas préparés à ça. Moi personnellement ça va car j’ai une expérience dans les situations de catastrophes. Mais je suis fatigué. Le staff travaille beaucoup. On vient de passer quatre semaines très difficiles avec une charge de travail énorme et des conditions de travail très compliquées avec des moyens de protection très limités parfois. Donc oui, ça a été très compliqué."

Quelle est la situation actuelle de votre hôpital ?

"La situation dans le service des urgences s’est beaucoup améliorée cette dernière semaine. Le nombre d’admissions a diminué tout comme le nombre d’hospitalisations. Mais ce qui nous inquiète ce sont les soins intensifs et les patients en état semi-critiques. Le taux d’occupation des lits est toujours très haut, de plus de 90%. C’est un chiffre qui nous préoccupe".

On pourrait avoir une deuxième vague encore plus agressive

Vous pensez que le plus dur est passé en Espagne ?

"J’ai envie de croire que oui mais je n’en suis pas du tout sûr. Si on regarde les chiffres, on pourrait avoir une deuxième vague encore plus agressive que la première parce que le nombre de cas actifs en Espagne est aujourd’hui plus élevé que lorsqu’on a commencé le confinement le 14 mars".

Le confinement a été utile ?

"Oui, il a été très utile, c’est évident. Le confinement total avec l’arrêt de l’économie a été beaucoup plus utile que le confinement partiel qu’on a connu lors des 15 premiers jours lorsqu’on pouvait encore travailler".

L’activité économique a repris en partie depuis le lundi 13 avril. C’est une erreur selon vous ?

"Oui, car on est en train de faire ressortir dans la rue des centaines de milliers de travailleurs sans avoir aucune idée du taux d’infection dans la population et sans non plus faire de tests à tous ces gens qui travaillent et qui ressortent. Donc ça va faire circuler de nouveau le virus".

Cela vous inquiète que l’on parle autant, en Espagne comme en Belgique et dans le reste de l’Europe, du déconfinement ?

"Je peux comprendre que les gens ont besoin de se projeter dans la sortie de la crise. Mais je pense qu’il faut le faire au bon moment. Pour l’Espagne en tout cas, c’est un peu téméraire de prendre le risque maintenant, surtout si l’on regarde la situation des hôpitaux. On va trop vite".

Quelles erreurs ont pu être commises en Espagne ?

"Si on compare avec la Belgique où le confinement a commencé le 16 mars, ici en Espagne, on l’a commencé le 14 mars avec un nombre de cas bien plus élevé. Maintenant, si on parle du futur, je pense que les politiciens doivent analyser d’avantage ce qu’ont fait les autres pays".


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"Je pense qu’il y a un manque de coordinations entre les pays européens. Si on se penche sur l’aspect médical, il aurait dû y avoir une harmonisation et une centralisation des efforts que ce soit pour les essais thérapeutiques, les essais cliniques, les analyses des tests. Malheureusement chacun a fait ses propres études de son côté. Ce n’est ni rapide, ni efficace, ni efficient".


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