Un journaliste du Financial Times espionnait les réunions Zoom des journaux concurrents: il a été suspendu

Le Financial Times a mis un journaliste à pied pour espionnage
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Le Financial Times a mis un journaliste à pied pour espionnage - © Graeme Robertson - Getty Images

Mark Stefano, un journaliste du Financial Times a été pris la main dans le sac. Depuis quelques jours, il donnait des informations concernant des mesures d'économie, des limitations salariales et des licenciements chez deux titres concurrents, The Independent et The Evening Standard.

Ces nouvelles étaient publiées avant même que tous les employés des deux titres n'aient été mis au courant. Le journaliste avait cherché ses informations à la source: il avait piraté des réunions électroniques entre cadres gestionnaires des deux journaux concurrents. L'information a été révélée par The Guardian.

Mark Di Stefano venait de rejoindre la rédaction du Financial Times au mois de janvier dernier. Il avait travaillé chez Buzzfeed et s'était déjà construit une réputation de reporter orienté médias et technologies, ramenant des révélations mais aussi des ragots à ses plus de 117.000 followers sur Twitter. 

Pour recueillir des informations de première main sur la stratégie de deux quotidiens à la crise du Covid-19 et à la chute des revenus publicitaires que celle-ci a déclenché, Mark Di Stefano s'est introduit dans une réunion tenue au moyen de l'application Zoom entre responsables des rédactions et cadres gestionnaires des The Independent et The Evening Standard.

Les participants légitimes des réunions avaient vu un bref appel, une quinzaine de secondes, au nom de Di  Stefano, immédiatement suivis d'appels anonymes dont la vidéo n'avait pas été activée. L'examen ultérieurs des traces de ces réunions ont révélé que les appels avaient été passés au moyen d'un téléphone portable appartenant à Di Stefano.

Les renseignements concernant les plans de restructuration des deux rédactions incluant des licenciements et des modérations salariales se sont retrouvées sur Twitter avant même que les intéressés travaillant dans les rédactions aient pu être tous mis au courant par leurs hiérarchies respectives. 

Réactions outrées

Les rédactions concernées ont réagi à ce qu'elles appellent une intrusion. Christian Broughton, rédacteur en chef de The Independent: "Nous respectons la liberté d'expression et comprenons les difficultés de la récolte d'informations mais The Independent considère que la présence d'un journaliste d'un autre média à une réunion de staff est entièrement inappropriée et une intrusion dans la vie privée de nos employés". 

Un porte-parole du Evening Standard a quant à lui déclaré: "Qu'un journaliste du Financial Times aie illégitimement eu accès à une conférence Zoom privée est inacceptable. Nous sommes sûrs que le Financial Times voudra donner une explication et présentera des excuses". 

Le Financial Times, dans son code de déontologie précise: "La presse ne doit pas tenter d'obtenir ou de publier du matériel obtenu par (...) l'interception de conversations téléphoniques privées ou mobiles, de messages ou d'emails...".

Malgré cela, le Financial Times n'a pas commenté l'affaire plus avant mais son journaliste a été suspendu.

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