Un insecticide toxique, pulvérisé depuis 50 ans, bientôt interdit en Europe

Ça ne sentait décidément pas bon, ces derniers temps, pour le chlorpyrifos. Controversé, malgré un demi-siècle de pulvérisation, l’insecticide aura vu la fin de son utilisation approcher dès juin dernier. Juste avant l’été, donc, plusieurs quotidiens européens, dont le journal Le Monde, publieront les résultats d’une enquête menée sur le produit. Pour faire simple – et ceci n’est pas un scoop —, tout le monde (autorités, communauté scientifique, agriculteurs…) est au courant de sa toxicité, mais la substance continue d’être disponible et allègrement utilisée. Nous verrons que le vent a tourné.

Tueur de pucerons

Le chlorpyrifos, donc, fait des merveilles depuis la fin des années 60. Il est utilisé pour remplacer son prédécesseur, déjà tristement célèbre, le DDT. L’insecticide nouvelle génération, utilisé dans les cultures de fruits et de légumes, n’a pas son pareil pour éliminer les pucerons. Pulvérisé sur les choux et les fraises en particulier, ses effets sont loués dans le monde entier. Les Etats-Unis ne sont pas en reste et en inondent nombre de cultures. On retrouve sa trace dans les vignes, les champs de coton, dans la culture des amandes et des noix et bien sûr des agrumes. Les agriculteurs le pulvérisent à tour de bras alors que le produit est déjà interdit pour les particuliers depuis 2001 déjà.

Un bannissement annoncé

En Europe, la première vraie alerte résonne il y a cinq ans. L’Agence européenne pour la sécurité des aliments met en lumière des risques pour les travailleurs des champs… mais aussi pour les consommateurs. Durant deux années successives, 2015 et 2016, l’Agence en vient à abaisser les niveaux résiduels autorisés. Mais la campagne de presse qui visera à démontrer la toxicité du Chlorpyrifos finira de convaincre les derniers sceptiques. Les inquiétudes sont évidentes, il se murmure au sein de la Commission que la substance a vécu.

Un neurotoxique sur les légumes

En août, l’Agence européenne condamne l’insecticide. Elle fournit une première évaluation en matière de santé humaine. L’Agence identifie de possibles effets "génotoxiques" et "neurologiques" sur le développement des mineurs d’âge. Le pesticide est accusé de voler en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel à chaque enfant européen. Etrange. On les avait vues effectivement s’amonceler, pourtant, les innombrables données scientifiques compilées sur le sujet en 50 ans de pulvérisation. Mais la décision (enfin !) est prise : le chlorpyrifos sera définitivement interdit dans l’Union européenne dès l’an prochain, dès que les règlements auront été définitivement adoptés. Les Etats membres ont décidé de ne pas en renouveler l’autorisation de sa commercialisation. A noter que huit pays de l’Union (la Belgique l’a interdit depuis peu) avaient déjà banni de leurs territoires des produits contenant du chlorpyrifos.

Une étude récente a démontré que 6% des végétaux consommés en Europe étaient contaminés par la substance.

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