Ukraine: Kiev se dit prêt à accepter le convoi humanitaire russe

Le convoi humanitaire russe poursuit sa route vers la frontière russo-ukrainienne.
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Le convoi humanitaire russe poursuit sa route vers la frontière russo-ukrainienne. - © VLADIMIR BARYSHEV - BELGAIMAGE

L'Ukraine est prête à accepter le convoi humanitaire russe à destination du bastion rebelle de Lougansk sous certaines conditions, a indiqué mercredi le porte-parole du président ukrainien.

Un convoi humanitaire russe visant à apporter une aide aux populations victimes des combats dans l'est de l'Ukraine poursuivait mercredi sa route dans le sud de la Russie, vers la frontière russo-ukrainienne.

Mercredi,  le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov avait déclaré que l'Ukraine ne laissera entrer sur son territoire "aucun convoi humanitaire" de Vladimir Poutine destiné aux régions de l'Est ravagées par le conflit, a déclaré mercredi. Mais la situation semblait évoluer mercredi en fin de journée.

Un contrôle à la frontière

"L'aide pour Lougansk passe par un poste-frontière proche de cette ville, les douaniers, gardes-frontières ukrainiens et représentants de l'OSCE inspectent la cargaison à la frontière russo-ukrainienne. La mission roule ensuite par le territoire contrôlé par les rebelles. Arrivée à Lougansk, l'aide est distribuée aux civils par la Croix-Rouge", a indiqué le porte-parole Sviatoslav Tsegolko, détaillant l'itinéraire demandé par Kiev.

"La décision d'accepter l'aide a été prise dans la nuit de mardi à mercredi" au cours d'une réunion entre le président, le Premier ministre et les représentants des forces de l'ordre ukrainiennes, a-t-il ajouté.

Le convoi de près de 300 camions devait initialement entrer par un poste-frontière dans la région de Kharkiv (nord-est) contrôlée par le gouvernement de Kiev, mais les autorités ukrainiennes exigeaient que l'aide soit rechargée dans des camions affrétés par la Croix-Rouge. "La Russie a rejeté une telle proposition", a souligné M. Tsegolko.

Suite à ce refus, l'Ukraine était confrontée à deux scénarios, selon le porte-parole: "invasion directe russe" sous prétexte d'un convoi humanitaire ou "provocations avec la cargaison dans la région de Kharkiv avec une forte probabilité d'une agression de la part de la Russie".

Au cours d'une conversation téléphonique avec le président ukrainien mercredi, le secrétaire secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a proposé que l'ONU se joigne à la coordination de la mission humanitaire pour Lougansk au Comité international de la Croix-Rouge.

Une ville sans électricité ni d'eau courante

A Lougansk, qui comptait 500 000 habitants avant les hostilités, les autorités dénoncent une situation "critique" alors que la ville n'a plus d'électricité ni d'eau courante depuis près de deux semaines et que les réserves de nourriture et de médicaments s'épuisent rapidement.

Mises en garde occidentales

Plus tôt dans la journée, la Russie s'était étonnée des conditions ukrainiennes, estimant avoir donné des gages de sa bonne volonté en acceptant de passer par un poste-frontière contrôlé par l'armée ukrainienne - celui de Chebekino-Pletnevka, au nord de la grande ville ukrainienne de Kharkiv, elle aussi aux mains des forces régulières.

Moscou a également assuré que le convoi passerait sous l'égide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dès la frontière franchie.

Pour François Hollande, une opération humanitaire ne pouvait intervenir sur le territoire ukrainien "qu’avec l’accord des autorités nationales ukrainiennes, tant sur le format que sur les modalités de mise en œuvre".

Après consultation avec Kiev, les Etats-Unis s'étaient dits prêts à approuver l'envoi du convoi à condition qu'il soit contrôlé à la frontière et que la distribution de l'aide, une fois la frontière franchie, soit confiée à la Croix Rouge.

"La Russie n'a pas le droit d'entrer en Ukraine de manière unilatérale sans la permission de Kiev, que ce soit sous couvert de convois humanitaires ou tout autre prétexte", a déclaré la porte-parole adjointe du département d'Etat, Marie Harf.

Selon les images des télévisions russes, aucun véhicule militaire n'était visible mardi au sein ou à proximité du long convoi de camions. Le Kremlin a assuré que le convoi était "sans escorte militaire",

A bord des camions ont été stockés 400 tonnes de céréales, 100 tonnes de sucre, 54 tonnes de médicaments et de matériel médical, ainsi que 69 générateurs et 12 300 sacs de couchage, selon Moscou.

Intenses combats

Sur le terrain, douze membres du mouvement ultranationaliste Pravy Sektor qui combattent aux côtés des forces ukrainiennes dans l'Est ont été tués mercredi dans une embuscade à Donetsk, ont annoncé des porte-parole du mouvement.

"Ils sont tombés dans une embuscade et ont été atteints par des tirs près de la gare ferroviaire dans le district Petrovski", dans l'ouest de Donetsk , chef lieu des séparatistes prorusses, a indiqué le porte-parole du mouvement Artem Skoropadski.

"Douze soldats ont rejoint l'armée du ciel. C'est une tragédie pour nous. Et la mort de patriotes est une catastrophe pour l'Ukraine", a pour sa part écrit sur sa page Facebook un autre porte-parole de Pravy Sektor, Boryslav Bereza.

Le chef du mouvement, Dmytro Iaroch, candidat à la dernière présidentielle ukrainienne et ennemi juré de la Russie où il est poursuivi pour "incitation au terrorisme" a de son côté fait état de "pertes horribles" dans ses rangs.

Le mouvement ultranationaliste qui a été en première ligne de la contestation à Kiev ayant renversé en février le régime prorusse de Viktor Ianoukovitch, Pravy Sektor est détesté dans les régions de l'Est russophones.

Selon la mairie de Donetsk, le district Petrovski a été le théâtre d'intenses combats et de tirs d'artillerie dans la nuit de mardi à mercredi qui ont endommagé plusieurs maisons. Cinq civils y ont été blessés.

Plus de 1300 personnes sont mortes dans ce que la Croix-Rouge appelle une "guerre civile", et au moins 285 000 autres ont fui les combats, selon l'ONU.

Enfin, la Russie a ouvert une enquête sur "l'enlèvement" en Ukraine d'un journaliste de l'agence de presse russe Ria Novosti, Andreï Stenine, qui n'a pas donné de signe de vie depuis une semaine.

Le journaliste est "probablement" détenu par les services de sécurité ukrainiens pour complicité présumée avec les séparatistes prorusses, selon un conseiller du ministre ukrainien de la Défense, Anton Guerachtchenko.


AFP

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