Norvège: "Un cas incontestable de terrorisme d'extrême droite"

"Un cas incontestable de terrorisme d'extrême droite"
"Un cas incontestable de terrorisme d'extrême droite" - © Tous droits réservés

Après la terrible tragédie norvégienne de ce vendredi, Matin première a tenté de comprendre comment une telle horreur était possible. Pour Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de la question, on se trouve face à un cas incontestable de terrorisme d'extrême droite. Il pointe un contexte d'islamophobie généralisée qui favorise la radicalisation de tels individus.

Ce vendredi 22 juillet, un massacre à l’arme automatique à Utoya et un attentat d’Oslo ont fait 93 morts. Le principal suspect Anders Behring Breivik, revendiquait son islamophobie et sa xénophobie.

Suite à cet acte barbare, plusieurs questions fondamentales se posent afin de comprendre le phénomène face auquel on se trouve.

La première, est-on face à un cas de "terrorisme d’extrême droite" ? "Incontestablement" répond Jean-Yves Camus, chercheur à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques).

Cependant, ce spécialiste des nationalismes appelle à ne pas faire d’amalgame du fait de l‘appartenance passée de l’auteur présumé des attaques de Oslo et Utoya au Parti du Progrès. Ce parti national-populiste n’est "pas considéré comme un parti d’extrême droite", même par ses adversaires politiques, explique le Professeur.

Jean-Yves Camus s’étonne en outre du fait que cette piste du terrorisme d’extrême droite n’ait pas été envisagée avant que l’on connaisse l’identité et les motivations du principal suspect.

L’invité rappelle en effet, citant l’attentat d’Oklahoma City perpétré par Timothy McVeigh en 1995 (qui avait 168 victimes, ndlr) ou les attaques homophobes et racistes perpétrées par un militant d’extrême droite à Londres en 1999 pour illustrer le fait que le terrorisme d’extrême droite est un fait bien réel et constant.

"Il veut que son manifeste soit connu, que sa position politique soit connue"

Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCL, explique que pour perpétrer un tel acte, l’auteur a dû "préparer son scénario de façon minutieuse". Pour surmonter les difficultés et imprévus afin de parvenir à ses fins, il devait en effet être "très bien préparé matériellement et psychologiquement".

Toute cette préparation, cette énergie consacrées à un aussi funeste dessein sont guidées par un objectif : "il a quelque chose à dire, il veut que son manifeste soit connu, que sa position politique soit connue", explique Vincent Yzerbyt.

Quant à savoir pourquoi il s’en est pris à ses compatriotes -alors que c’est la phobie de l’islamisation qui est, semble-t-il, à la base de cette tragédie-, le professeur de l’Université catholique de Louvain précise que l'auteur "cherche à condamner certains comportement de l’intérieur", autrement dit à punir ses compatriotes qui ne prennent pas la mesure du danger qui serait, selon lui, à leurs portes.

Mentionnons ici que certains passages du fameux manifeste publié sur la toile par Anders Behring Breivik appuient cette thèse. Notamment lorsqu’il parle de certains non-musulmans comme de "traîtres" classifiés en différentes catégories selon leurs opinions politiques.

Isolé socialement mais ayant accès à un vaste réseau virtuel

Comment un individu isolé a-t-il pu se radicaliser à ce point ? Sans se prononcer de manière définitive sur le sujet, le psychologue relève le fait qu’Anders Behring Breivik était paradoxalement "très isolé socialement, tout en ayant accès à un vaste réseau" virtuel via la toile. Il a donc pu à la fois se réfugier dans une "certaine distance sociale" tout en trouvant des relais riches sur internet. Un web sur lequel il a pu être confronté à une "validation virtuelle de ses positions radicales".

On est donc ici vraisemblablement face au cas dit du "loup solitaire", de l’individu isolé qui se radicalise seul, sans structure externe. Il en résulte un "perte de capacité à être contesté" également puisque le contrôle social immédiat devient extrêmement réduit. D’autre part, la caisse de résonance qu’offre internet conforte l’individu dans ses positions radicales.

Par rapport à cette utilisation de la toile, Jean-Yves Camus explique qu’il sera "extrêmement difficile" pour les Etats de surveiller internet afin d'éviter ce genre de situations. Il est effectivement très délicat de faire la police sur le net pour repérer ce type de groupes ou d’individus.

Ce le sera d'autant plus que de nombreux sites sont sciemment hébergés par des micro-états du Pacifique où la législation est peu restrictive voire inexistante, voire aux Etats-Unis où la loi sur la liberté d’expression est extrêmement permissive, explique Jean-Yves Camus avant de mentionner le paradoxe des sites islamistes radicaux hébergés aux Etats-Unis en vertu du Premier Amendement.

Un futur modèle pour d'autres terroristes en puissance?

Quant à savoir si Anders Breivik pourrait être érigé en modèle par certains, Jean-Yves Camus rappelle que cet homme s’est lui-même déjà servi de modèles. Au Texas, un tenant de la doctrine de la suprématie blanche avait, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, commis une série de meurtres de personnes qu’il pensait être arabes, explique-t-il. Ce type de drame arrive donc à intervalles réguliers et risque dès lors de se reproduire.

Le chercheur appelle aussi à regarder du côté des "opinions publiques au sens large".

"Peut-on permettre une défiance généralisée envers l’Islam et croire qu’il n’y aura pas d’effets néfastes et des radicalisations ?", interroge le politologue. L’islamophobie de ces dernières années ne pouvait pas ne pas créer le risque d’une telle radicalisation dans le chef de certains individus, estime Jean-Yves Camus.

Vincent Yzerbyt constate à la suite de cela qu’en effet, certaines "opinions ambiantes constituent une espèce de terreau qui permet à certaines personnes de se distinguer de façon tragique".


Julien Vlassenbroek

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