Un Belge au cœur des émeutes au Chili: "des images gravées à jamais dans notre esprit"

David Rivir est Belge. Membre de l'équipe technique d'un groupe musical, originaire de Dinant, il était présent pour plusieurs concerts à Santiago du Chili. "On est arrivé jeudi. Tout était calme. On avait un concert le vendredi et il n’y a pas eu de soucis. On nous a expliqué qu’il y avait une manifestation des étudiants contre le prix du métro. Le lendemain, le vendredi soir, durant notre concert, cela a commencé à dégénérer. L’armée a commencé à fermer les restaurants et les salles de concerts, aussi. On a pris l’ampleur de la manifestation après notre concert. Nous avons été escortés vers l’hôtel et nous avons appris que notre concert du samedi était annulé car l’armée s’était déployée en ville."

11 personnes tuées

Depuis, les émeutes se sont intensifiées et 11 personnes ont été tuées. C’est ce qu’a annoncé la gouverneure de Santiago, Karla Rubilar, révisant à la hausse un précédent bilan de sept morts. "Le nombre des morts à déplorer au cours des derniers jours est de onze. Nous avons eu trois morts avant-hier (samedi) et huit hier (dimanche)", a-t-elle déclaré à des journalistes."

Santiago est le théâtre de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants protestant contre l'augmentation des prix des transports. Ces troubles ont obligé les autorités à boucler toutes les stations de métro. Avant ces fermetures, des appels à monter dans les trains sans billet avaient circulé, pour protester contre l'augmentation des prix des tickets de métro, passés de 800 à 830 pesos (1,04 euro) aux heures de pointe, après déjà une première augmentation de 20 pesos en janvier dernier.

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"Les manifestants étaient plusieurs centaines dans notre quartier avec des poêles et casseroles et des cuillères pour les utiliser comme tambour", poursuit David Rivir. "Ils ne faisaient que du bruit. Puis, la police a commencé à utiliser les gaz lacrymogènes contre ces manifestants pacifistes. Nous avons-nous aussi été visés. Vers 17h, chaque rue de la ville était prise d’assaut par les manifestants qui ont commencé à tout arraché pour faire des barricades. Poteaux électriques, panneaux de circulation, bancs… Tout était bon pour construire des obstacles. Ensuite, des casseurs en ont profité pour commencer les pillages et la mise à sac de la ville. Vers 19-20h samedi, la police a quitté le centre étant remplacée par l’armée, avec des armes de guerre à balle réelle."

Sebastian Piñera a décrété l'état d'urgence dès vendredi. Le président conservateur a ensuite tenté de désamorcer la crise en annonçant la suspension de la hausse des prix des tickets de métro mais rien n’y a fait. Le peuple est dans la rue et les tensions ne faiblissent pas. Près de 10.000 policiers et soldats sont déployés. Les patrouilles de militaires dans les rues sont une première dans le pays depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

Le commandant et un manifestant dans les bras l'un de l'autre 

David Rivir poursuit : "Les jours d’après, j’ai aussi pu passer du temps au milieu des forces de l’ordre, les policiers et les forces spéciales. Ils sont conscients de la détresse de la population mais ils obéissent aux ordres. La venue du commandant des forces spéciales face à un manifestant en pleurs a été un moment spécial. J’ai cru qu’il allait s’en prendre à lui mais il l’a pris dans ses bras. Cette image me restera marquée à jamais."

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David Rivir a aujourd’hui quitté le pays pour poursuivre ses concerts en Argentine. Selon les autorités, 1.462 personnes ont été arrêtées, dont 644 dans la capitale et 848 dans le reste du pays.

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