Un "Atlas des insectes" pour peser sur leur avenir et le nôtre

Comment se portent les bêtes à 6 pattes? Un "Atlas des insectes" est publié ce mardi par l’ONG de défense de l’environnement "Friends of Earth". L'association a compilé des données sur les insectes dans le monde : nombre, évolution, cohabitation avec les humains et leur agriculture. Elle en a tiré un état des lieux interpellant.

41% des espèces d’insectes en déclin

"On sait depuis longtemps que la diversité est en déclin, pour les insectes", dit Myriam Douo, chargée de plaidoyer pour Friends of Earth Europe. "Mais à compiler ces données, on est frappé par la gravité de la situation". "Un tiers des espèces sont non seulement en déclin mais en voie d’extinction", poursuit Myriam Douo. "Et parmi elles il y a les pollinisateurs, comme les abeilles ou les papillons, qui sont cruciaux à la vie sur terre. Une espèce sur dix de pollinisateurs est en voie d’extinction. Or, 75% de nos cultures dépendent de ces insectes-là".

Cette baisse de diversité a un impact sur la pollinisation des cultures, sur la qualité des sols. Un impact économique possible aussi dans 130 pays où les insectes font partie de l’alimentation. Après ce constat, peu reluisant, l’Atlas débouche sur un plaidoyer.

"Il faut 80% de pesticides en moins pour 2030"

Friends of Earth épingle des pratiques agricoles qui nuisent aux insectes. Notamment les monocultures comme en Argentine ou au Brésil où de très vastes superficies de forêt ou de végétation très propices aux insectes ont été rasées pour planter du soja à destination du bétail. Ou les pesticides qui réduisent les populations d’insectes.

"Nous estimons qu’il faut réduire les pesticides de 80% d’ici à 2030", plaide Myriam Douo pour l’ONG "Friends of Earth". "Il faut baisser rapidement l’usage de ces pesticides tout en assurant une transition juste pour les agriculteurs. Et pour cette transition juste, il faut réformer la 'Politique Agricole Commune' de l’Union européenne, la PAC".

Pas de changement profond sans réformer ces politiques pour l’agriculture suivant des priorités vertes, estime l’ONG environnementaliste: "La PAC, c’est un budget énorme, le plus gros poste budgétaire de l’Europe! Il faut que 50% de la PAC soit dédiés aux objectifs climatiques, aux objectifs de biodiversité et, pour y arriver, à financer une 'transition juste' de soutien des agriculteurs vers ce changement".

La Commission européenne veut aussi réduire les pesticides

Ce plaidoyer pour 80% de pesticides en moins arrive, ce n’est pas un hasard, quelques jours après la présentation des nouvelles stratégies européennes pour… La biodiversité et l’agriculture. Dans un premier plan présenté fin mai, la Commission européenne a formulé une stratégie pour la biodiversité, avec des ambitions chiffrées, comme planter trois milliards d’arbres d’ici 2030, ou transformer au moins 30% des terres et des mers d’Europe en zones naturelles protégées.

Dans un second plan, la Commission formule une stratégie pour améliorer notre alimentation et son empreinte écologique et sociale. Ce plan qui s’appelle "de la ferme à la fourchette" vise que 25% des surfaces cultivées en Europe soient dédiées au bio en 2030 (contre 8% actuellement). 

La Commission veut aussi veut réduire de 50% l’usage des pesticides en 10 ans, de même que l’usage des antibiotiques dans l’élevage. Et elle ambitionne de réduire l’usage de fertilisants de 20%. Ces deux plans doivent encore être approuvés par le Parlement européen et par les Etats membres de l’Union européenne. Mais ils font déjà parler d’eux.

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La Commission veut aussi veut réduire de 50% l’usage des pesticides en 10 ans. © REMY GABALDA - AFP

Comment financer ce virage?

En très schématique: les environnementalistes estiment que l’élan de la Commission est bon mais encore trop timide et trop tardif, vu l’urgence. Et des agriculteurs des cultures conventionnelles soulignent le risque du processus : la Wallonie a perdu 68% de ses exploitations agricoles depuis 1980. La fragilité financière de nombreuses fermes, les revenus précaires de très nombreux agriculteurs ne leur donnent pas de marges pour faire les investissements nécessaires à changer de pratiques, passer au bio par exemple, ou pour encaisser la perte de rendement liée à la baisse de pesticides.

Sur ce point, les ONG comme "Friends of Earth" et le monde agricole se rejoignent: il faut que ce virage soit accompagné financièrement par l’Union Européenne, qu’elle se donne les moyens d’aider les agriculteurs à atteindre ces éventuelles futures normes. Ils s’accordent aussi pour demander que l’Union cesse de mettre les agriculteurs européens en concurrence avec des producteurs étrangers qui peuvent exporter leurs produits en Belgique selon des normes moins strictes ou moins contrôlées, suite à des accords de libre échange.

Si les moyens ne suivent pas, l’objectif de raviver les espèces d’insectes menacées, l’ambition de 50% de pesticides en moins pourraient rester dans l’œuf. Ou la larve, c’est selon. Or, vu la tournure des discussions budgétaires, le budget agriculture de l’Union européenne pour les sept prochaines années se profile… à la baisse.


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