Un ancien nazi de 90 ans jugé à Munich

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Un nonagénaire allemand déjà condamné à la perpétuité par contumace en Italie pour un massacre de civils en Toscane en 1944 est jugé à partir de ce lundi à Munich. Il mène une vie tranquille en Allemagne et n'a jamais été incarcéré. Comme lui, d'autres « vieillards » nazis, bien que condamnés, vivent paisiblement leur retraite.

Josef Scheungraber, 90 ans, est accusé d'avoir ordonné le massacre de 14 civils le 26 juin 1944 à Falzano di Cortona, en représailles à un accrochage avec des partisans italiens au cours duquel deux de ses hommes avaient été tués et un autre légèrement blessé. Il commandait à l'époque une compagnie de chasseurs alpins allemands, un corps d'armée qui, sous le IIIe Reich, a perpétré nombre de tueries dans les pays occupés par les nazis.

L'ancien officier a été condamné à la prison à perpétuité le 28 septembre 2006 par un tribunal militaire de La Spezia. Il nie sa culpabilité. Onze de ses victimes, essentiellement des paysans de 15 à 74 ans, avaient été enfermées au rez-de-chaussée d'une ferme que les Allemands avaient alors dynamitée.

Dans son acte d'accusation, le tribunal supérieur de Munich a retenu 14 assassinats.

L'accusé a mené une vie tranquille à Ottobrunn, non loin de Munich. Il était membre du conseil municipal, et gérait une menuiserie. Comme Josef Scheungruber, d'autres anciens officiers nazis aujourd'hui très âgés coulent toujours une paisible retraite en Allemagne, malgré des condamnations par contumace à la prison à vie prononcées par le tribunal de La Spezia pour des massacres de centaines de civils. Dix d'entre eux, dont au moins deux sont décédés depuis, ont ainsi été condamnés à perpétuité en juin 2005 pour le massacre de Sant'Anna di Stazzema, qui fit 560 tués, dont 120 enfants. Deux autres ont écopé de la même peine en septembre 2006 pour le massacre de 14 civils à Falzano di Cortona, et dix autres en janvier 2007 pour la tuerie de Marzabotto, qui fit 955 morts. Mais comme l'Allemagne n'extrade pas ses propres ressortissants à moins qu'ils n'y consentent, aucun n'a été incarcéré.

L'Italie peut en théorie demander que les condamnés purgent leur peine en Allemagne. Mais ces demandes se heurtent à des subtilités juridiques et s'enlisent.

Un collectif d'associations baptisé "Keine Ruhe! " ("Pas de répit! ") se mobilise aujourd'hui en Allemagne pour mettre fin à cette impunité. Il dénonce la logique du "Laissons ces vieillards en paix" et déplore une "très forte tendance au silence" toujours de mise en Allemagne. De fait, l'opinion publique allemande semble largement indifférente à ce dossier.