Un an après sa révolution, la Tunisie reste "un vaste chantier"

La rue tunisienne le 15 janvier 2011, au lendemain du départ de Ben Ali.
La rue tunisienne le 15 janvier 2011, au lendemain du départ de Ben Ali. - © EPA/LUCAS DOLEGA

Un an après avoir lancé le grand bal des révolutions arabes, la Tunisie est toujours enlisée, ravagée par "un tsunami de problèmes", selon les mots du président Moncef Marzouki. L'homme estime pourtant que les nombreuses critiques et craintes sont infondées et prématurées.

Il y a un an, le 14 janvier 2011, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali prenait la fuite, abandonnant un poste qu’il détenait depuis plus de 23 ans. Cette victoire de la rue allait inspirer de nombreuses populations voisines et donner naissance à une vague de révoltes communément appelée "Printemps arabe".

Depuis cet exil, la Tunisie a changé. L’ancien président a été condamné par contumace à passer quelque 35 années en prison et à payer une amende dépassant les 45 millions d’euros. Et le pays a connu, en octobre dernier, les premières élections libres de son Histoire. Si le parti islamiste Ennahda est (largement) sorti vainqueur de ce scrutin, c’est un "modéré laïc", Moncef Marzouki, un médecin farouchement opposé au régime Ben Ali, qui a été élu à la présidence par l’Assemblée nationale constituante formée suite à ces élections.

Chômage, extrémisme, milices armées...

Justice et démocratie. Le portrait paraît rose, séduisant. Pourtant, plusieurs observateurs et organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent. Un an après la révolution, la Tunisie peine à se relever.

Certains pointent la montée en puissance des salafistes, encore peu nombreux pour le moment mais déjà particulièrement actifs. Près de 200 salafistes s’étaient ainsi "illustrés" en attaquant, en octobre, les bureaux de la chaîne privée Nessma après la diffusion du film "Persepolis". Un appel, lancé sur Facebook, réclamait même l’élimination des journalistes de la chaîne.

La délicate situation économique, la hausse importante du nombre de chômeurs ou encore l’apparition d’escouades fortement armées et directement liées au parti Ennahda ne rassurent pas plus les experts.

"Un changement trop lent" (Amnesty)

"Le gouvernement provisoire tunisien n’a toujours pas mené la réforme d’ensemble que les manifestants réclamaient il y a un an dans le domaine des droits humains", dénonce par ailleurs Amnesty International dans un communiqué publié ce vendredi matin. Si l’organisation note "quelques premières mesures positives", elle regrette par exemple que "les forces de sécurité du pays ne soient toujours pas soumises à l’obligation de rendre des comptes. (…) Pour de nombreux Tunisiens, le rythme du changement est trop lent."

Amnesty International estime également que "le gouvernement n’a pas répondu de manière satisfaisante aux appels à la justice pour les violations passées".

"Un tsunami de problèmes", selon le président

Dans une interview accordée à nos collègues de la radio France Inter, le président tunisien Moncef Marzouki balaie d’un revers de la main ces critiques qu’il juge prématurées. "Je demande qu’on attende un peu avant de tirer des conclusions", plaide le chef de l’État. "Les Tunisiens ont attendu vingt ans sous la dictature. Aujourd’hui, tous les problèmes qui ont été mis de côté, sous le tapis, refoulés, oubliés, nous explosent à la figure. (…) On se retrouve avec un passif extraordinaire, avec des régions qui ont été totalement abandonnées, méprisées. Et qui aujourd’hui sont en révolte ouverte et veulent leur part du gâteau. Et on les comprend."

Moncef Marzouki, qui demande à ses concitoyens de patienter et de laisser travailler le gouvernement, évoque un "tsunami de problèmes" qui a déferlé sur son pays durant les derniers mois. "La Tunisie est un vaste chantier", concède-t-il.

Le président s’indigne lorsque les journalistes de France Inter évoquent un pays tombé dans l’escarcelle des islamistes. "C’est une vision typiquement partielle et partiale. Aujourd’hui, ce qui gouverne la Tunisie, c’est un gouvernement dans lequel il y a un ensemble de partis politiques."

PIAB

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