Un an après le drame de Charlottesville, les tensions raciales sont-elles autant présentes aux États-Unis?

Aux États-Unis, les autorités de Charlottesville ont décrété l’état d’urgence à partir de vendredi soir 18 heures, heure locale, soit à quelques heures du début des commémorations organisées un an après la parade d’extrême droite qui avait coûté la vie à un contre-manifestant le 12 août 2017. À l'origine, un rassemblement de suprématistes issus du Ku Klux Klan, et d’autres organisations néonazies qui avait dégénéré.

Les violences ont culminé quand un sympathisant d’extrême droite a intentionnellement percuté les contre-manifestants avec son véhicule, tuant une jeune femme. Le président, Donald Trump, avait alors renvoyé les deux camps dos à dos, suscitant à l’époque de nombreuses critiques.

Jean-Éric Branaa, chercheur à l’IRIS en France et spécialisé dans les questions relatives à la société et à la politique aux États-Unis, fait le point sur l'événement vieux d'un an et analyse ce qui a changé dans les tensions raciales qui planent sur la société américaine.

La société civile et politique ont évolué

Pour lui, aucun doute, depuis l'incident à Charlottesville, la société a beaucoup changé car la nébuleuse suprémaciste a été fort affaiblie en termes de nombre et "l’attache avec le pouvoir n’est plus aussi évidente qu’elle l’était il y a un an, même s’il y a toujours des liens évidents les uns avec les autres". Depuis un an, les groupes d’extrême gauche qui s’étaient lancés dans une querelle anti-Trump sont entrés dans un harcèlement contre ces militants, un peu à l’instar de ce qu’on a vu dans les années 60 quand la société se battait contre le Ku Klux Klan.

Aussi, du côté de la politique, de Trump et de son administration américaine, les choses ont aussi évolué. "D’abord, on a vu que Donald Trump a écarté de son entourage le plus immédiat un certain nombre de personnalités : Sebastian Gorka, Richard Spencer, qui est un des leaders déclarés de la alt-right, et surtout le très emblématique Steve Bannon, qui était un conseiller très proche de Donald Trump et qui a été violemment mis sur la touche en janvier", explique le spécialiste.

Donald Trump aurait baissé la garde et le ton. Après, tout n'est pas réglé. Jeudi soir au Kansas, un candidat très proche de la alt-right, Chris Kobach, a gagné beaucoup de voix parce qu’il a reçu le soutien de Donald Trump.

Trump, le phénomène imprévisible

En novembre prochain se tiendront les élections de mi-mandat où la composition de la Chambre des représentants sera renouvelée. Pour Jean-Éric Branaa, les tensions raciales telles que celles de Charlottesville ne sera pas une thématique qui jouera sur la campagne. Ces élections assez "locales" sont d'ailleurs assez mal vues en Europe. "On ne peut pas penser que les thèmes nationaux vont peser tant que ça, pas plus de 20% certainement, ni même le sentiment anti-Trump dont on parle beaucoup. Si c’est une zone rurale, on va plutôt voter pour quelqu’un qui va défendre ces intérêts-là ; si c’est une zone ouvrière, même chose."

Enfin, le spécialiste concède que le "phénomène Trump" est impossible à maîtriser et il n'est pas encore possible d'imaginer à quel point les groupes anti-trumpisme vont peser dans la balance.

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