Ukraine: le président annonce la "trêve" et la reprise des pourparlers

Après de violents affrontements qui ont fait 26 morts à Kiev, le président ukrainien a annoncé une trêve
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Après de violents affrontements qui ont fait 26 morts à Kiev, le président ukrainien a annoncé une trêve - © LOUISA GOULIAMAKI

Le président Viktor Ianoukovitch a annoncé une "trêve" peu de temps après avoir autorisé l'armée ukrainienne à faire usage de ses armes et limiter la circulation, dans le cadre de mesures antiterroristes prises pour neutraliser les "extrémistes" présents parmi les manifestants. Après un regain de violences à Kiev mardi soir, les affrontements entre forces spéciales et opposants au pouvoir ont fait 26 morts.

A l'issue d'une rencontre avec les trois leaders de l'opposition, "les partie ont déclaré la trêve et la reprise des pourparlers pour arrêter le bain de sang et stabiliser la situation", a indiqué la présidence dans un communiqué.

Alors que les Européens s'indignent de la violence des autorités, et que la Haut-Commissaire de l'ONU aux Droits de l'Homme demande une enquête, le président Viktor Ianoukovitch répétait qu'il ne céderait pas face aux manifestants, tout en faisant de ce mercredi une journée de deuil national.

Voitures carbonisées, visages ensanglantés tant chez les manifestants que chez les forces de l'ordre, scènes de combats violents, d'échanges de tirs ou de projectiles... Mercredi soir, un climat d'inquiétude régnait toujours sur la place de l'Indépendance: "La police n'a pas terminé son travail", déclarait un manifestant à notre journaliste arrivée sur place, en ajoutant que "tout peut encore arriver".

L'armée autorisée à utiliser ses armes

"Les troupes ont le droit d'utiliser leurs armes dans le cadre de l'opération antiterroriste", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué, en ajoutant que les soldats ont désormais aussi le droit de "limiter ou interdire la circulation des transports et des piétons".

Les militaires peuvent aussi effectuer des contrôles d'identité et arrêter les personnes ayant commis des "actes illégaux".

Le service de sécurité ukrainien (SBU) a annoncé mercredi le lancement d'une opération "anti-terroriste" à travers le pays, sans préciser la nature des mesures envisagées après le regain de violences qui a fait 26 morts à Kiev, dont ils accusent des groupes "extrémistes".

Une forme d'état d'urgence qui ne dit pas son nom a d'ores et déjà été mis en place depuis mardi dans la capitale, où l'ensemble des stations de métro sont fermées et où la circulation automobile est limitée dans le centre-ville. La circulation routière en direction en Kiev est également limitée depuis mardi minuit.

"Le but principal de l'opération antiterroriste est (...) de protéger les civils et éviter une guerre civile", assurait le ministère dans son communiqué.

Sans donner de raison à ce choix, Viktor Ianoukovitch a aussi remplacé mercredi le chef d'état-major des armées juste après avoir lancé l'opération "antiterroriste". Il a nommé Iouri Iliine chef d'état-major, en remplacement de Volodymyr Zamana.

Pendant la crise qui frappe l'Ukraine depuis fin novembre, le général Zamana s'est illustré comme un partisan d'un "règlement pacifique".

Pas de répit

A Kiev, la situation était pénible, ce mercredi matin. Panique, blessés, les opposants ne se laissent cependant pas faire.

D'autres étaient plus désemparés. "Est-ce qu'il y a un chirurgien disponible pour recoudre quelqu'un?", criait une infirmière à la cantonade, dans un hôpital de fortune érigé par les manifestants de Kiev, rempli de personnes blessées dans les affrontements avec les policiers. "Quelqu'un peut-il venir m'aider", suppliait-elle, alors que derrière elle une équipe de secouristes se penchait sur un jeune d'une vingtaine d'années, ôtant les fragments d'une grenade assourdissante de sa jambe.

Les images de la violence nocturne sont nombreuses, comme sur cette vidéo amateur, où l'on peut voir un manifestant se faire tirer dessus, dans une rue de Kiev.

Les manifestants s'accrochaient désespérément mercredi matin à leurs dernières positions, après avoir abandonné successivement la quasi-totalité de leurs barricades, sous la pression des canons à eau, des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes. Les contestataires ripostaient par des jets de projectiles, pavés et cocktails molotov.

Avant le début des hostilités, les opposants disposaient de plusieurs hôpitaux de fortune, mais la plupart ont été perdus, au fur et à mesure de l'avance des forces de l'ordre. Celui installé dans le monastère orthodoxe Saint-Michel est l'un des rares à avoir été épargné.

Les violents affrontements entre manifestants et policiers, qui ont duré toute la journée de mardi et de mercredi, faisant au moins 26, ont transformé le centre de Kiev en une véritable zone de guerre. Quelques 241 personnes ont été hospitalisés.

A court de bandages

La plupart des opposants blessés refusent de se faire soigner dans les hôpitaux publics, craignant d'y être arrêtés par la police.

Mercredi matin, quand le jour se levait sur Kiev et sa place centrale dévastée, des dizaines de personnes, blessées ou simplement épuisées, étaient allongées sur le sol glacial de l'église au centre du monastère, avec de simples couvertures pour se protéger du froid. Plus loin, dans un réfectoire transformé en salle d'opération improvisée, des médecins et infirmiers volontaires se relayaient pour soigner les blessés, sous les icônes de saints orthodoxes.

"Comment cela se passe pour nos garçons sur la place?", demandait Lena Liventsova, médecin à Kiev, incapable de se rappeler combien de patients lui sont passés entre les mains, elle qui les soigne sans interruption depuis 24 heures. "Nous avons eu tellement à faire. Et comme vous pouvez le voir, la plupart des lits sont encore occupés", disait-elle en montrant de la main ses collègues au chevet d'une demi-douzaine de blessés.

La plupart d'entre eux souffraient de blessures provoquées par les grenades assourdissantes de la police, mais Lena Liventsova affirmait avoir vu des personnes atteintes par des tirs d'armes à feu ou de balles en caoutchouc. "Nous avons pour le moment en stock le matériel nécessaire, mais nous commençons à être à court de bandages", détaillait-elle.

Avec agences

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