Ukraine: un volontaire russe contre l'impérialisme américain

Nous avons rendez-vous avec Alexandr Avilov dans un entrepôt près de Radionovka, une ville russe située à quelques kilomètres de la frontière avec l'Ukraine. Alexandr Avilov est russe et membre de NOD, le Mouvement de Libération Populaire. Avec sa famille et des amis, ils stockent de l'aide humanitaire pour les victimes de la guerre en Ukraine. Les caisses viennent de partout en Russie : " ça, c'est de la farine. Ici, on a des vêtements. Ces caisses viennent de Saint-Pétersbourg, de notre mouvement de libération populaire. Il y a aussi des médicaments ici. "

Alexandr Avilov se revendique de l'eurasisme. C’est une doctrine géopolitique qui plaide pour la formation d'un bloc uni incluant la Russie et d’autres pays voisins, et partageant des valeurs communes orthodoxe, musulmane et socialiste. L’eurasisme s’oppose au bloc occidental, américain, protestant et capitaliste.

Selon le militant, " c'est le fascisme américain qui a créé les problèmes en Ukraine. En hiver l'année dernière à Kiev, le 21 février 2014, il y a eu un coup d'état contre le pouvoir pro-russe. Et après, la guerre dans l'Est a commencé. "

Alexandr Avilov dénonce la mainmise des Etats-Unis sur les événements en Ukraine. Il est très actif sur les réseaux sociaux. " Sur mon réseau social anti-Maidan, on fait de la guerre d'information. On sait que la conquête et l'invasion américaine se basent sur la technologie de l'information, avec leurs TV et leurs valeurs. Nous, on a décidé de juxtaposer les valeurs du monde russe. "

L’aide russe envoyée à Donetsk

Alexandr a déja organisé de nombreux convois humanitaires vers l'Est de l'Ukraine. Le trajet est toujours le même : la marchandise est rassemblée en Russie, à Moscou, puis dans le sud du pays, à Radionovka. L’aide traverse ensuite la frontière vers l’Ukraine et est stockée à Donetsk. De là, elle est distribuée dans la ville et aux alentours.

Ce jour-là, Alexandr Avilov quitte la Russie à 5h du matin en voiture. " Parfois j'accompagne les convois humanitaires. Aujourd'hui j'apporte un peu d'insuline pour les hôpitaux de Donetsk. Il m'arrive aussi d'amener des volontaires qui veulent défendre le pays. "

Arrivé à la frontière, Alexandr passe sans aucun problème. Il est connu, autant du côté russe que de l'autre côté de la frontière, côté prorusse. Il passe ensuite dans un commissariat de la ville ukrainienne de Novoazovsk pour récupérer son arme. " On ne peut pas avoir une arme sur le territoire de la Fédération de Russie. Mais ici on est sur le territoire de la République populaire de Donetsk, donc on a des armes. " Il lui faudra encore quelques heures avant d'arriver dans la ville de Donetsk, au dépôt local.

" La guerre n’est pas terminée "

Alexandr Avilov est persuadé que son activité d'aide humanitaire va encore durer longtemps, et la guerre aussi. " À mon avis, il n'y a pas d'autre solution que le conflit militaire. Les américains proposent une sortie de crise, plus d'autonomie pour la région. Mais c'est trop tard, il fallait le faire l'année dernière. Aujourd'hui le train est parti, trop de gens ont été tués. Les symboles ukrainiens provoquent chez nous une réaction allergique. "

Le convoi est chargé, nous prenons la direction de l'aéroport, au nord de Donetsk. Les bruits des bombardements se font sont plus intenses. Nous arrivons dans le district de Kievskiy, un quartier dévasté. Une soixantaine de personnes vivent toujours dans un des bâtiments de la zone : des familles et des personnes âgées. Avant la guerre, 1600 personnes vivaient dans ce bâtiment, et la plupart ont fui.

Alexandr veut absolument nous montrer l'intérieur de l’habitation : une mère et ses deux enfants vivent dans le noir, sans électricité, les fenêtres sont barricadées, ils sont à peine protégés en cas de bombardement. " Vous êtes des journalistes de la télévision belge. Votre pays soutient le président ukrainien Porochenko, un criminel fasciste. Alors j'aimerais bien qu'en Europe, en Belgique, en Allemagne, en France, tout le monde puisse voir ceci. " Alexandr Avilov accuse le gouvernement ukrainien d'être responsable de cette misère. Les autorités ukrainienne tiennent les mêmes accusations envers les prorusses ; parce que ce conflit, comme d'autres, c'est aussi une guerre de l'information.

Aurélie Didier et Garry Wantiez, envoyés spéciaux

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