Ukraine: un groupe radical menace de recourir à nouveau à la violence

Le président Viktor Ianoukovitch a promulgué vendredi une loi d'amnistie votée par le Parlement dans le cadre de concessions à l'opposition, mais celle-ci a été assortie de la condition de libérer les lieux publics occupés dans les 15 jours, ce que les opposants, affichant leur méfiance, ont refusé, plongeant à nouveau le pays dans l'impasse politique.

"Dans le cas où nos exigences ne seraient pas satisfaites, nous nous réservons le droit de prendre les mesures adéquates (...), nous libérerons nos partisans par tous les autres moyens possibles, et pas seulement constitutionnels", a déclaré Dmytro Iaroch, un des chefs de Pravy Sektor ("Secteur droit"), dans une vidéo diffusée sur internet.

Pravy Sektor, qui n'est affilié à aucun parti d'opposition, "exige" que cette reprise des pourparlers intervienne d'ici au 4 février, date à laquelle le Parlement doit à nouveau se réunir. Si le pouvoir et l'opposition ne parviennent à aucun accord, ils "conduiront le pays au bord de la guerre" civile, explique Dmitri Iaroch.

Les violents affrontements qui ont récemment secoué la capitale ont braqué l'attention sur cette petite formation d'extrême droite restée jusqu'alors dans l'ombre et dont les membres se disent prêts à tout pour renverser le pouvoir.

L'armée sort de sa réserve et exige des "mesures d'urgence"

Les militaires ukrainiens, qui ont par le passé souligné qu'ils n'interviendraient pas dans cette crise divisant leur pays, sont de leur côté sortis de leur réserve. L'armée a appelé "le chef suprême des armées", c'est-à-dire Viktor Ianoukovitch, à prendre des mesures d'urgence pour "stabiliser la situation dans le pays", soulignant que l'escalade de la contestation menaçait "l'intégrité territoriale" de l'Ukraine.

Le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen a pour sa part fait état de son "inquiétude" à la suite de cette déclaration, estimant sur son compte Twitter que l'armée devait rester "neutre".

Ce nouveau rebondissement intervient sur fond d'enlisement politique complet dans cette ancienne république soviétique, où pouvoir et opposition s'accusent mutuellement d'envenimer les choses, et dont le président est officiellement depuis jeudi en "arrêt maladie".

Pour un conseiller du président russe Vladimir Poutine, Sergueï Glaziev, qui dénonce un "coup d'Etat rampant" fomenté par les Etats-Unis et leurs alliés, Viktor Ianoukovitch doit "mater" la rébellion s'il ne veut pas perdre le pouvoir.

Mais pour Vadym Karassev, à la tête de l'Institut des Stratégies mondiales de Kiev, si la déclaration des militaires montre leur fidélité au président, elle "ne signifie pas que les manifestants (...) vont être dispersés ou que l'état d'urgence va être décrété".

Pressions internationales

Les Etats-Unis ont, quant à eux, paru vouloir mettre leur poids dans la balance, rejoignant les Européens qui ont multiplié les missions de médiation et les déclarations ces deux derniers mois. Geste de taille à l'égard de l'opposition, le secrétaire d'Etat américain John Kerry doit ainsi rencontrer samedi ses dirigeants, dont l'ancien boxeur Vitali Klitschko et l'ex-ministre Arseni Iatseniouk, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich.

Des responsables russes ont d'ores et déjà réagi, comme le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine qui a qualifié cette rencontre de "cirque".

Les Européens, qui craignent de voir dégénérer ce conflit qui a fait au moins quatre morts et plus de 500 blessés, ont exhorté ces derniers jours toutes les parties à l'apaisement.

En plein centre de Kiev, sur la place de l'Indépendance, ils étaient vendredi, par moins 20 degrés, une poignée de militants de l'opposition à continuer à "monter la garde", tentant de se réchauffer autour de braseros.

Belga

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