Direct / Ukraine: Timochenko libérée, le président destitué crie au "coup d'Etat"

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Ioulia Timochenko, condamnée en 2011 pour abus de pouvoir, est sortie samedi de l'hôpital pénitentiaire où elle purgeait sa peine, près de Kharkiv.

Arrivée sur le Maïdan, la place de l'Indépendance occupée depuis trois mois par des milliers d'opposants à Kiev, elle a reçu samedi un accueil triomphal face à plus de 50 000 personnes rassemblées.

"Vous êtes des héros, vous êtes les meilleurs d'Ukraine !", a-t-elle lancé, en larmes et assise sur un fauteuil roulant. "Je n'ai pas reconnu Kiev, avec les voitures brûlées, les barricades, mais c'est une autre Ukraine, l'Ukraine des hommes libres", a-t-elle affirmé.

"Notre patrie va de nouveau pouvoir voir le soleil et le ciel à présent que la dictature est tombée", a-t-elle dit à la presse dans sa première déclaration après sa libération.

L'ex-Premier ministre, égérie de la Révolution orange en 2004, était emprisonnée depuis 2010. Le nouveau Parlement a voté samedi sa "libération immédiate", avant de destituer de facto le président Viktor Ianoukovitch.

Les présidents de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du Parlement européen, Martin Schulz, ont salué cette libération tout en rappelant qu'"une justice indépendante est essentielle pour une Ukraine démocratique".

Viktor Ianoukovitch a été destitué

Les députés de la Rada ont déclaré le chef de l'Etat, qui a quitté Kiev, dans l'incapacité constitutionnelle d'exercer ses fonctions, et l'ont destitué.

Viktor Ianoukovitch a quant a lui fait part de son intention de rester au pouvoir. "Je n'ai pas l'intention de donner ma démission. Je suis un président élu de manière légitime", a-t-il déclaré depuis Kharkiv, en ajoutant que "ce qui se passe aujourd'hui est du vandalisme, du banditisme, un coup d'Etat".

"Les décisions que prend le Parlement sont illégitimes. Je ne vais rien signer avec les bandits qui terrorisent le pays", a-t-il poursuivi en commentant la série de résolutions votées au cours de la journée par les députés.

Le nouveau parlement a élu des proches de l'opposante Ioulia Timochenko à la tête du Parlement ukrainien et au poste de ministre de l'Intérieur, et voté une résolution fixant au 25 mai prochain une élection présidentielle anticipée, au motif que le président "ne remplit plus ses fonctions".

"Je n'ai pas l'intention de quitter le pays", a souligné le président depuis Kharkiv, qui a affirmé que sa voiture avait été visée par des coups de feu à Kiev. "Mais je n'ai pas peur", a-t-il ajouté. Selon le président du Parlement Olexandre Tourtchinov, Viktor Ianoukovitch a pourtant essayé de prendre un avion pour la Russie mais en a été empêché par des gardes-frontières.

Varsovie affirme qu'il n'y a pas de "coup d'Etat"

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, qui a participé à la médiation européenne en Ukraine, a déclaré qu'il n'y avait pas de coup d'Etat à Kiev, contredisant le président ukrainien.

Sur son compte Twitter, le chef de la diplomatie polonaise souligne que les lieux du pouvoir ont été abandonnés et que le nouveau président du Parlement a été élu en toute légalité après la démission de son prédécesseur.

De nouvelles désignations après d'importantes défections

Le Parlement a désigné un proche de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko comme ministre de l'Intérieur par intérim. Arsen Avakov a été élu lors d'une séance parlementaire avec 275 voix sur un total de 324 votants.

Olexandre Tourtchinov, un autre proche de Ioulia Timochenko, a auparavant été élu président du Parlement, remplaçant ainsi un proche de Viktor Ianoukovitch. Il a été élu avec 288 voix sur un total de 450. "Le pouvoir en Ukraine reprend son travail pour stabiliser la situation", a-t-il aussitôt déclaré. Il remplace Volodymyr Rybak, qui avait donné sa démission dans la matinée après la signature vendredi d'un accord prévoyant d'importantes concessions politiques de la part du pouvoir après trois mois de crise aiguë dans le pays.

Les défections se sont enchaînées samedi matin dans le camp du président après le bain de sang qui a coûté la vie à près de 80 personnes en trois jours dans le centre de Kiev. Outre la démission du président du Parlement, une quarantaine de députés ont claqué la porte de son Parti des régions.

L'opposition veut "reprendre le fonctionnement normal des institutions"

Le nouveau président du Parlement ukrainien a affirmé que l'objectif de l'opposition était désormais le retour au "fonctionnement normal des institutions".

"Notre principal objectif, c'est de reprendre le fonctionnement des institutions. Le Parlement m'a chargé de coordonner l'activité du gouvernement et de stabiliser la situation", a déclaré Olexandre Tourtchinov au cours d'une conférence de presse peu après son élection.

"Plusieurs dirigeants ont disparu, effrayés, ils se sont en fait enfuis", a souligné Olexandre Tourtchinov, numéro deux du parti Batkivchtchina (Patrie) de Ioulia Timochenko.

Un nouveau Parlement qui a le soutien du gouvernement

L'actuel gouvernement par intérim a annoncé de son côté dans un communiqué qu'il allait "assurer la transition du pouvoir, en conformité avec la Constitution".

Le gouvernement ukrainien avait démissionné le 28 janvier, les ministres conservant leur portefeuille à titre intérimaire en attendant l'annonce de la nomination d'un nouveau Premier ministre, qui n'a jamais eu lieu.

Le président du Parlement est le deuxième personnage de l'Etat ukrainien, appelé à remplacer le président en cas de vacance du pouvoir. Olexandre Tourtchinov a dirigé les services de sécurité lorsque Ioulia Timochenko était Premier ministre.

Il a ajouté qu'il était prêt à démissionner quand le nouveau gouvernement serait formé, dans un délai de dix jours aux termes de l'accord conclu vendredi entre le président Ianoukovitch et l'opposition.

Pour Moscou, l'opposition est une menace sur la souveraineté de l'Ukraine

La Russie a dénoncé l'attitude de l'opposition après la conclusion de cet accord et mis en garde contre une menace sur la souveraineté du pays. "L'opposition n'a non seulement pas rempli une seule de ses obligations mais avance de nouvelles exigences, se soumettant aux extrémistes armés et aux pillards dont les actes constituent une menace directe pour la souveraineté et l'ordre constitutionnel de l'Ukraine", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans un communiqué.

Il s'est entretenu au téléphone avec ses homologues allemand Frank-Walter Steinmeier, français Laurent Fabius, et polonais Radoslaw Sikorski, et leur a exprimé sa "plus profonde inquiétude sur l'incapacité des signataires de l'accord du 21 février à Kiev", à remplir leurs obligations, selon la même source.

Il les a appelés à user de leur "influence sur l'opposition pour obtenir une mise en oeuvre rapide" de cet accord. D'après le communiqué, les interlocuteurs de Sergueï Lavrov "ont partagé l'inquiétude de la Russie, reconnu que l'opposition n'avait pas rempli sa part des obligations et promis de prendre des mesures d'urgence pour que les accords soient mis en oeuvre".

Dans deux déclarations distinctes publiées un peu plus tôt à Berlin et à Paris, Frank-Walter Steinmeier et Laurent Fabius ont appelé le gouvernement et l'opposition en Ukraine à respecter l'accord de sortie de crise, qui prévoit d'importantes concessions de la part de Viktor Ianoukovitch.

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a lui aussi plaidé samedi pour une "application correcte et rapide" de l'accord. Il a également plaidé pour que l'Union européenne supervise la mise en œuvre de celui-ci. Ecoutez son appel à une transition "dans le calme" ci-dessous.

Un accord fragile

Certains leaders de l'opposition ont été critiqués pour avoir validé l'accord de compromis. "Je n'ai prix aucun plaisir à signer cet accord", a admis l'ancien champion du monde de boxe et opposant Vitali Klitschko lors d'une veillée vendredi sur la place en l'honneur des tués. "Si je vous ai offensés, pardonnez-moi", a-t-il ajouté.

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Le corps d'un opposant au pouvoir ukrainien mort lors des affrontements contre les forces de l'ordre est porté à travers la foule, lors d'une cérémonie de deuil, sur la place de l'Indépendance © LOUISA GOULIAMAKI

Les Ukrainiens ne sont pas les seuls à s'inquiéter de la pérennité de l'accord. Le président des Etats-Unis Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine ont appelé à ce qu'il soit appliqué "rapidement", a indiqué vendredi un haut responsable américain. Selon lui, la solution trouvée apparaît "très, très fragile".

Les Européens, dont les ministres des Affaires étrangères polonais, allemand et français ont été les principaux artisans du compromis, ont dépeint des négociations musclées.

Dans une vidéo réalisée à son insu et diffusée vendredi sur Internet, on peut voir le chef de la diplomatie polonaise, Radoslaw Sikorski lancer brusquement aux leaders de l'opposition : "Si vous n'êtes pas d'accord, vous aurez la loi martiale, l'armée, vous serez tous morts !"

Selon le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, l'accord est le "mieux qu'on pouvait espérer". "Soyons prudents", a-t-il ajouté, "car la situation économique reste épouvantable et puis il va falloir suivre (la mise en oeuvre de l'accord)". "Il y a eu des crimes. Il faut que tout cela fasse l'objet d'une enquête et qu'on en tire les conséquences", a encore averti Laurent Fabius.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé le président Ianoukovitch pour lui demander que l'accord de sortie de crise soit "appliqué totalement et aussi vite que possible", selon le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq.

RTBF avec agences

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