Ukraine: timides ouvertures du pouvoir, les manifestants restent mobilisés

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé vendredi après-midi un remaniement du gouvernement et des amendements aux lois anti-protestation controversées à l'occasion d'une session extraordinaire du Parlement prévue la semaine prochaine.

Le chef de l'Etat, qui s'exprimait après un entretien avec le commissaire européen à l'élargissement Stefan Füle, a également prévenu qu'il emploierait "tous les moyens légaux" à sa disposition s'il ne trouvait pas de solution à la crise avec l'opposition.

Disparition inquiétante

Un militant ukrainien très actif contre le président Ianoukovitch, est porté disparu depuis deux jours, suscitant des craintes sur son sort.

Dmytro Boulatov, 35 ans, l'un des leaders d'Automaïdan, mouvement de manifestants en voiture, qui a organisé plusieurs actions spectaculaires devant la résidence de campagne du chef de l'Etat devenue un symbole de la corruption, est introuvable depuis mercredi après-midi, selon ses collègues.

L'épouse de Boulatov a signalé jeudi soir sa disparition à la police et a demandé une enquête, a indiqué un responsable de la police cité par l'agence Interfax.

La disparition de Dmytro Boulatov est d'autant plus inquiétante qu'un militant, Iouri Verbitski, a été retrouvé mort "avec des signes de tortures" sur le corps mercredi dans la banlieue de Kiev après avoir été kidnappé la veille avec un autre militant Igor Loutsenko qui, battu et abandonné dans une forêt, a réussi à s'en sortir vivant.

Une autre militante active d'Automaïdan, la journaliste d'opposition Tetiana Tchornovol, avait été sauvagement battue par des inconnus dans la banlieue de Kiev en décembre.

Par ailleurs, les forces de l'ordre ont humilié un manifestant en l'obligeant à poser nu, par -20 degrés. La direction de la police a aussitôt pris distance avec ces comportements.

Calme précaire

Malgré les inquiétudes sur le sort de Dmytro Boulatov, un calme précaire règne à Kiev. On est toutefois encore loin d’une trêve définitive. Ce vendredi matin, si les manifestants ont cessé de jeter des pavés et des cocktails Molotov sur les policiers, c’est pour mieux renforcer leurs barricades et en ériger de nouvelles, comme s’ils se préparaient à être de nouveaux déçus par le président ukrainien Viktor Ianoukovitch.

Aujourd’hui, difficile de dire si le chef de l’Etat, confronté à un ultimatum par l’opposition, a véritablement l’intention de lâcher du lest.

Pour la deuxième fois cette semaine, il a rencontré les leaders de l’opposition.

Concrètement, rien de nouveau sauf une chose : une session exceptionnelle du parlement en début de semaine prochaine, certainement mardi.

Pour quoi faire ? Et bien, c’est toute la question. Les opposants les plus optimistes et le président du parlement laisse entendre qu’il pourrait être question de de la démission du gouvernement et d’élection anticipée.

"Irréaliste" balaie le Premier ministre, Mykola Azarov. Il compare d’ailleurs toujours les manifestations à une tentative de coup d’état.

Place Maïdan, les pavés accumulés cette nuit pourraient ne pas rester au sol très longtemps.

Appel au calme

"Notre mouvement sera uniquement pacifique. Nous maintenons la garde, aucun pas en arrière", a lancé Arseni Iatseniouk, leader du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko devant quelques dizaines de milliers de personnes rassemblées place de l'Indépendance.

Aucun heurt n'a été constaté après l'annonce de cet échec. Les manifestants, à l'invitation des chefs de file du mouvement, se sont activés pour repousser les limites du camp retranché constitué autour de la place depuis deux mois, établissant en moins d'une heure une nouvelle barricade sur la rue Institutska.

Une première offensive, depuis l'accalmie

Certains assaillants ont toutefois pris d'assaut dans le nuit de jeudi à vendredi le ministère de l'Agriculture située sur l'avenue principale de la ville, selon des sources concordantes.

"Les militants du mouvement Spilna Sprava (Cause commune) viennent d'occuper le bâtiment du ministère de l'Agriculture" sur la rue Khrechtchatik à 100 mètres de la place de l'Indépendance baptisée Maïdan, a écrit dans la nuit sur son compte Facebook Olexandre Danyliouk, leader du mouvement.

"Il est devenu clair que nous devons préparer nous-mêmes l'offensive promise" par les chefs de l'opposition, a-t-il souligné. "Nous avons commencé", a-t-il ajouté.

"Des collaborateurs (du ministère) sont venus prendre leurs affaires personnelles mais nous les avons mises sous scellés et nous ne laisseront personne entrer tant que la situation ne se normalise pas dans le pays", a indiqué l'un des militants à l'agence Interfax.

Le Parlement convoqué mardi

Le nationaliste Oleg Tiagnybok a ajouté que le président avait proposé à l'opposition de libérer la rue Grouchevski, théâtre des violentes scènes de guérilla urbaine depuis dimanche en échange de la tranquillité sur la place de l'Indépendance, occupée depuis deux mois quelques centaines de mètres plus loin.

Les dirigeants de l'opposition sont restés vagues sur leurs intentions de tenir de nouvelles négociations.

Viktor Ianoukovitch avait pourtant semblé prêt au compromis plus tôt dans la journée en demandant au président du Parlement Volodymyr Rybak de convoquer les députés pour une session extraordinaire, prévue mardi. M. Rybak a indiqué que la démission du gouvernement pourrait être discutée, de même que les très strictes lois anti-protestation adoptées la semaine dernière et qui ont provoqué une radicalisation du mouvement.

"Nous n'allons pas nous rendre", a insisté jeudi soir M. Klitschko, affirmant qu'il était "possible de changer le pouvoir sans effusion de san

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