Ukraine: sur proposition de Merkel, Poutine accepte d'entamer un dialogue

A Kiev, des manifestants diabolisent Vladimir Poutine, pour sa volonté d'intervention armée en Ukraine
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A Kiev, des manifestants diabolisent Vladimir Poutine, pour sa volonté d'intervention armée en Ukraine - © YURIY DYACHYSHYN - BELGAIMAGE

Vladimir Poutine a accepté une proposition d'Angela Merkel sur la création d'un "groupe de contact" pour entamer "un dialogue politique" sur l'Ukraine. C'est un premier pas qui pourrait indiquer une résolution pacifique d'un conflit qui s'enlise depuis plusieurs jours. Ces derniers jours, la situation était plutôt alarmante, alors que Kiev est en train de perdre le contrôle sur la région de la Crimée, péninsule russophone du Sud de l'Ukraine où affluent des milliers de soldats sans signes distinctifs. Les réactions internationales condamnent la décision prise par le président russe de permettre une intervention en Ukraine.

Vladimir Poutine a accepté une proposition d'Angela Merkel sur la création d'un "groupe de contact" pour entamer "un dialogue politique" sur l'Ukraine, a indiqué dimanche le gouvernement allemand, après un entretien téléphonique de la chancelière allemande avec le président russe.

"Le président Poutine a accepté la proposition de la chancelière d'établir immédiatement une mission d'enquête ainsi qu'un groupe de contact, éventuellement sous la direction de l'OSCE, pour entamer un dialogue politique", selon un communiqué du gouvernement allemand.

Lors de leur entretien téléphonique dimanche soir, la chancelière a "reproché au président russe d'avoir violé le Droit international par l'intervention russe, inacceptable, en Crimée", selon ce communiqué.

Mme Merkel lui a notamment reproché une violation du mémorandum de Budapest de 1994, dans lequel la Russie s'était engagée à respecter l'indépendance et la souveraineté de l'Ukraine dans ses frontières existantes, ainsi que le traité sur la flotte russe de la Mer noire de 1997.

Le commandant de la marine ukrainienne prête allégeance aux pro-russes

Dimanche soir, au cours d'une conférence de presse à l'état-major de la flotte russe à Sébastopol, l'amiral Berezovski a annoncé qu'il prêtait allégeance aux pro-russes. Cette décision accentue encore un peu plus le fossé qui se creuse entre pro-russes et pro-européens.

L'amiral avait pourtant été nommé vendredi à la tête de la marine ukrainienne par le président par intérim Olexandre Tourtchinov.

"Je prête allégeance aux habitants de la république autonome de Crimée (...). Je jure d'obéir aux ordres du commandant suprême de la république autonome de Crimée", a-t-il déclaré. Le Premier ministre pro-russe de Crimée, Serguiï Axionov, a salué un "événement historique" et souligné que l'amiral Berezovski acceptait ainsi de se placer "sous les ordres des autorités légitimes de la péninsule", au cours de cette même conférence de presse.

 

 

Vladimir Poutine s'estime "menacé"

Selon un communiqué du Kremlin, Vladimir Poutine a évoqué "la vraie menace pesant sur les vies et la santé des citoyens russes sur le territoire d'Ukraine", ainsi que "les actions criminelles des ultranationalistes soutenus par les actuelles autorités à Kiev". Le président russe s'est dit prêt à intervenir pour protéger ces citoyens russes en Ukraine, ainsi que ses bases navales sur la Mer noire.

Un millier d'hommes armés bloquaient, par ailleurs, dimanche, l'entrée d'une unité des gardes-côtes ukrainiens en Crimée, a annoncé le ministère ukrainien de la Défense dans un communiqué. Par cette manœuvre, ils entendent contraindre les Ukrainiens à rendre les armes, selon le ministère.

En approuvant le recours aux forces armées en Crimée, Moscou veut assurer le maintien de sa base navale à Sébastopol. "L'Ukraine représente un enjeu important pour la Russie, qui veut garder une sphère d'influence sur les pays situés autour de ses frontières", estiment deux spécialistes de la Russie dimanche.

L'Ukraine s'indigne et mobilise ses troupes

En outre, l'Ukraine va mobiliser ses réservistes, a annoncé dimanche le responsable du Conseil de sécurité nationale, alors que Kiev dénonce une "agression armée russe".

"Le ministère de la Défense doit appeler à travers l'Ukraine tous ceux dont les forces armées ont besoin en ce moment", a souligné le responsable du Conseil de sécurité nationale et de défense, Andriï Paroubiï, dans une déclaration télévisée. Cette mesure doit permettre selon lui "d'assurer la sécurité et l'intégrité territoriale de l'Ukraine", après la "violation par la Russie des accords bilatéraux, notamment concernant la flotte de la mer Noire".

Regardez ces images de mouvements de troupes russes vers l'Ukraine, d'une part, et de volontaires ukrainiens qui se préparent, de l'autre:

John Kerry menace la Russie de sanctions

La Russie risque sa place à la table des grandes puissances, au sein du G8, si elle poursuit son "invasion" de la Crimée, a mis en garde le secrétaire d'Etat américain John Kerry. Lançant cet avertissement sur les grandes émissions du dimanche matin des télévisions américaines, M. Kerry a aussi prévenu Moscou d'un risque d'"isolement économique" et de "sanctions" internationales, s'il ne retire pas ses troupes de Crimée.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, s'est par contre montré sceptique quant à une éventuelle exclusion de la Russie du G8, plaidant en faveur d'une désescalade de la situation en Ukraine. "Le format du G8 est le seul format où nous, les Occidentaux, nous parlons directement avec la Russie et devrions nous vraiment sacrifier ce seul format? ", a déclaré M. Steinmeier

Les États-Unis ont, avec leurs alliés européens, écarté l'idée d'une intervention militaire pour faire face à celle de la Russie. Ils tentent donc plutôt d'utiliser tous leurs moyens de pression diplomatique sur Moscou en mobilisant la communauté internationale ou des associations dans lesquelles la Russie n'est pas engagée - pas l'ONU, donc, où elle a un droit de veto.

Les ambassadeurs des 28 pays membres se retrouvaient dimanche au siège de l'Alliance atlantique (OTAN) à Bruxelles.

L'Otan souhaite le déploiement d'observateurs internationaux en Ukraine

L'Otan a appelé dimanche la Russie et l'Ukraine à rechercher une "solution pacifique" à la crise à travers le "dialogue" et le déploiement d'observateurs internationaux, a annoncé son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen. Il a aussi indiqué que l'Alliance atlantique entendait dialoguer avec la Russie à travers leur outil de coopération, le Conseil Otan-Russie.

La réunion de l'OTAN a été convoquée notamment à la demande de la Pologne, qui s'est estimée "menacée" par une éventuelle intervention militaire russe en Ukraine. L'article 4 du traité de l'Atlantique nord prévoit en effet que les Etats membres "se consulteront chaque fois que, de l'avis de l'une d'elles, l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée".

Ecoutez les explications d'Annick Capelle :

"Nous soutenons l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine. Nous soutenons le droit du peuple ukrainien de déterminer son propre avenir sans interférence extérieure", a réaffirmé Anders Fogg Rasmussen. Il a aussi "insisté sur la nécessité pour l'Ukraine de continuer à respecter les droits de toutes les populations et d'assurer que les droits des minorités sont protégés".

Soulignant que ce pays était "notre voisin et un partenaire de l'Otan", il a appelé "la Russie à faire baisser les tensions".

Un appel téléphonique de 90 minutes pour raisonner Moscou

Lors d'un appel téléphonique de 90 minutes, le président américain Barack Obama a affirmé à son homologue russe qu'il avait violé aussi bien la loi internationale que la souveraineté de l'Ukraine en y déployant des troupes russes, et l'a exhorté à discuter pacifiquement avec les autorités de Kiev de ses inquiétudes sur le traitement des russophones dans le pays, a indiqué la Maison Blanche.

Un échange téléphonique aussi long entre présidents russe et américain est assez rare, preuve de la gravité de la situation.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a lui aussi demandé à Vladimir Poutine d'entamer d'urgence un dialogue direct avec Kiev. Mais le Conseil de sécurité de l'ONU, où siège la Russie, n'a débouché sur rien ce samedi. L'Ukraine l'avait exhorté samedi à arrêter "l'agression" de la Russie en Crimée.

Suspension de la participation aux réunions préparatoires au G8

La France et la Grande-Bretagne exigent que Moscou respecte ses obligations découlant du droit international. "Les décisions qui ont été prises par nos partenaires russes sont contraires aux principes du G7 et du G8", a estimé dans la matinée le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. Une source élyséenne a ensuite confirmé que Paris avait suspendu sa participation aux réunions préparatoires du G8. Cette position rejoint celle déjà exprimée samedi par la Maison Blanche qui a indiqué que les Etats-Unis allaient suspendre "leur participation aux rencontres préparatoires du sommet du G8".

Le ministre britannique des affaires étrangères, William Hague, a lui aussi annoncé dimanche que le Royaume-Uni suspendait sa participation aux réunions préparatoires, avant de se rendre à Kiev. "Le Royaume-Uni va se joindre à d'autres pays du G8 cette semaine en suspendant notre coopération sous l'égide du G8, que la Russie préside cette année, ce qui inclut les réunions de cette semaine pour la préparation du sommet."

Le chef de la diplomatie grecque qui représente l'Union européenne se rendra ce dimanche à Kiev pour rencontrer les nouveaux dirigeants ukrainiens.

Pour Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, on peut attendre de cette réunion "une analyse exacte de la situation militaire et un rappel à l’ensemble des intervenants de leurs obligations internationales".

Pour lui, "on peut espérer que la situation ne va pas déboucher sur une guerre, mais on est entré dans une escalade qui devient très préoccupante", dit-il en espérant retrouver "le chemin vers le dialogue entre les parties ukrainiennes avant tout, mais aussi avec Moscou".

Didier Reynders précise aussi que les Ministres des Affaires étrangères européens se rencontreront ce lundi.

 

Risque d'anarchie en Crimée

Les points chauds se sont multipliés dans l'est et le sud russophones de l'Ukraine, selon des correspondants de l'AFP, qui ont observé des irruptions d'hommes armés dans plusieurs sites stratégiques ou d'importantes manifestations pro-russes. Aucun combat n'a été rapporté. Un millier d'hommes armés bloquaient cependant dimanche l'entrée d'une unité des gardes-côtes ukrainiens en Crimée, a annoncé le ministère ukrainien de la Défense dans un communiqué. Par cette manœuvre, ils entendent contraindre les Ukrainiens à rendre les armes, selon le ministère.

Une centaine de personnes ont été blessées à Kharkiv (est de l'Ukraine) en marge d'une manifestation pro-russe qui a conduit à la prise d'assaut du siège de l'administration régionale où se sont barricadés des partisans des nouvelles autorités de Kiev. 10 000 personnes ont manifesté contre elles samedi matin.

A Donetsk, fief dans l'est du président déchu Viktor Ianoukovitch qui a réapparu vendredi en Russie, les autorités ont indiqué envisager un référendum sur le statut de la région du Donbass, comme il est déjà prévu en Crimée, et un drapeau russe a été hissé au-dessus du conseil régional.

Notre envoyé spécial en Crimée, François Mazure, relate l'inquiétude des populations sur place. Si la majorité est rassurée par la réaction du président russe, la crainte de représailles militaires est bien présente. Les rues de Simféropol sont désertes, les habitants sont cloîtrés chez eux.

Une angoisse attisée par l'ambiance sur place. Notre journaliste a par ailleurs constaté des débordements de la part des milices d'autodéfense pro-russes. Un aéroport aurait été investi et détruit par des hommes armés.

Regardez les reportages de notre rédaction:

La Crimée, qui faisait partie de la Russie sous l'URSS et n'a été rattachée à l'Ukraine qu'en 1954, abrite toujours la flotte russe de la mer Noire, dans le cadre d'un accord entre les deux pays.

A Kiev, les nouvelles autorités pro-européennes ont donné l'ordre de mettre l'armée en état d'alerte.

Majoritairement peuplée de russophones, c'est la région d'Ukraine qui s'oppose le plus radicalement aux nouvelles autorités en place à Kiev.

Plusieurs sites stratégiques de la péninsule russophone de Crimée, dans le sud de l'Ukraine, sont désormais sous le contrôle d'hommes armés et en uniformes, mais sans signe permettant de les identifier. Ils contrôlent les aéroports de Simféropol, capitale de la Crimée, de Sébastopol, ainsi que le centre de Simféropol, et ont hissé le drapeau russe sur plusieurs bâtiments officiels.

RTBF, avec agences

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