Ukraine: qui est Volodymyr Zelensky, le nouveau président ?

Volodymyr Zelensky, un parfait novice en politique, a été élu président de l’Ukraine ce dimanche 21 avril. Avec 73,2% des voix, le comédien de 41 ans a écrasé son opposant, le chef d’Etat sortant Petro Porochenko. Sa marge de manœuvre pour prendre des mesures concrètes sera toutefois très limitée, faute de majorité parlementaire. 

Cette victoire traduit la déception profonde du peuple ukrainien vis-à-vis de la politique de Porochenko. Il espérait que ce dernier continuerait sur la lignée de la révolte du Maïdanla place de l’Indépendance de Kiev, pendant l'hiver 2013-2014. "C’est un vote de sanction contre Porochenko. Depuis sa prise de pouvoir, la situation économique va de mal en pis, il y a toujours autant de corruption et le système judiciaire, même s'il s'est amélioré, n’est toujours pas performant. Les oligarques possèdent toujours trop de pouvoir économique ainsi que politique", assène Sergio Cantone, journaliste et ancien correspondant en Ukraine pour euronews. Zelensky a d’ailleurs réalisé un bon score dans toutes les régions ukrainiennes, "en général plutôt divisées lors des élections précédentes", explique le journaliste.

Aujourd’hui, le doute persiste sur le tournant que prendra sa politique. En plus de prêcher un discours pro-occidental, le comédien avait dit souhaiter "relancer" le processus de paix de Minsk, en finir avec la corruption ou encore rendre ses concitoyens "prospères". Mais il n’a jamais pris la peine d’expliquer comment il comptait y parvenir.

Ce flou serait entretenu volontairement par l’acteur, permettant "à de nombreux électeurs de croire [qu’il] partage leurs idées et porte leurs valeurs", précise à nos confrères de "Libération" Valeriy Pekar, professeure à l’Académie Mohyla de Kiev. "Un usage brillant de la stratégie du miroir, selon laquelle chaque électeur parvient à voir son reflet dans un candidat."

Quand la réalité rejoint la fiction

Inconnu en politique, Volodymyr Zelensky ne l’est pas dans le monde du divertissement. Il a derrière lui 20 ans de carrière de touche-à-tout du spectacle, faisant de ce père de deux enfants un entrepreneur millionnaire à la tête du studio Kvartal 95. Sa société diffuse de très nombreux spectacles, séries, films et dessins animés pour la télévision.

Alors qu’il étudie encore le droit, ce natif de Kryvyi Rih, une ville ouvrière du centre de l’Ukraine, se laisse très vite accaparer par les KVN, acronyme russe pour les "Clubs des gens drôles et inventifs", des comedy clubs de l’ère soviétique. Il devient aussi populaire en se moquant des politiques ukrainiens lors de ses spectacles de stand-up.

Dès 2015, les fans de la série télévisée "Serviteur du peuple" l’appellent déjà "Monsieur le Président", où il incarne un professeur d'histoire devenu par hasard président. Un rôle dont le comédien a largement profité durant sa campagne. Il est allé jusqu’à donner à son parti, fondé en mars 2018, le nom de la série à succès. Il n’a pas non plus hésité à adopter les mêmes expressions et la même gestuelle que son personnage lors de l’annonce de sa candidature le 31 décembre.

Mais si sa présidence ressemble un tant soit peu à celle de son personnage, Vassyl Goloborodko, elle risque d’être haute en couleurs. Une fois élu, le personnage de “Serviteur du peuple” prend le bus pour aller à la présidence et renonce à ses gardes du corps, remarque le Huffington Post. Dans un autre épisode, il jette dans la piscine la directrice du Fonds monétaire international (FMI) et rêve qu’il tire sur les députés dans l’hémicycle.

Volodymyr Zelensky a l’air plus sobre et a seulement déclaré vouloir voyager en vols réguliers et transférer l’administration présidentielle du massif bâtiment soviétique à Kiev vers un "open space".

Une marionnette ?

Malgré son indéniable popularité, la victoire de Zelensky inquiète une partie du pays. Natalia Richardson-Vikulina, journaliste ukrainienne basée à Bruxelles, pense que c’est "un désastre quand un pays avec un conflit militaire élit un président qui, au lieu d’avoir de l’expérience en politique, en a dans le monde du show business."

Zelensky est surnommé "Ze" par les Ukrainiens mais ses opposants préfèrent l’appeler "Zero". "Je crains qu’ils aient raison. J’ai du mal à imaginer Zelensky, un homme d’affaires, négocier avec Vladimir Poutine, la Commission européenne ou encore l’OTAN." D’autres ont peur qu’il ramène l’Ukraine dans le giron russe. Ils pointent du doigt sa tendance à parler en russe plutôt qu’en ukrainien, dans un pays bilingue.

Pourtant, il est proche d’un anti-Russe notoire, l’oligarque Ihor Kolomoïsky. Ce dernier apporte un soutien évident à l’humoriste à travers sa chaîne de télévision 1+1, les voitures de campagne, son ancien garde du corps ou encore son avocat. Le milliardaire est devenu l’ennemi juré de Porochenko depuis que ce dernier a nationalisé sa banque commerciale privée, Privat Bank, en 2016. Même si rien ne prouve qu’il ait une influence sur le programme du comédien, les détracteurs de Zelensky craignent qu’il ne soit qu’une "marionnette" du milliardaire.

De son côté, le Kremlin observe le personnage à distance et juge qu'il est "trop tôt" pour déterminer si un "travail en commun" est possible. "Une chose est sûre, ce flou dans le programme électoral du nouveau président a tout pour réjouir les Russes, espérant tirer parti d’un possible chaos politique", conclut le journaliste Sergio Cantone.

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