Ukraine: poignée de main entre Porotchenko et Poutine à Minsk

"Le sort du monde et de l'Europe se décide au cours de cette rencontre à Minsk. C'est comme ça que je le vois", a déclaré Petro Porochenko après avoir échangé une poignée de main avec Vladimir Poutine peu avant le début des discussions.

Vladimir Poutine et Petro Porochenko se retrouvaient à Minsk pour un sommet régional consacré au traité d’association conclu entre Kiev et l'Union en compagnie de dirigeants de l'Union européenne. Ils ont eu une rencontre en bilatéral.

Sur le terrain, des combats ont encore fait rage ce mardi sur un nouveau front dans une ville côtière au bord de la mer d'Azov. Des journalistes de l'AFP réfugiés dans la cave de la mairie ont affirmé avoir entendu d'intenses bombardements.

Kiev a aussi diffusé des images de l'interrogatoire de 10 parachutistes russes capturés lundi sur le sol ukrainien. Selon un communiqué du SBU, des soldats du 331e régiment de la 98e division aéroportée russe ont été capturés près du village ukrainien de Dzerkalne, à environ 50 kilomètres au sud-est de Donetsk. "Les soldats russes ont été arrêtés avec des documents d'identité et des armes", affirme le communiqué. "Les enquêteurs ont ouvert une enquête criminelle pour franchissement illégal de la frontière par des citoyens russes armés", ajoute le SBU.

C'est la première fois depuis le début du conflit que l'Ukraine affirme avoir capturé des soldats russes. La Russie n'a pas réagi officiellement, mais une source au sein du ministère de la Défense a affirmé qu'ils étaient là par accident. "Les militaires en question participaient à des patrouilles à la frontière russo-ukrainienne et l'ont traversée sans doute par accident sur un tronçon sans démarcation", a indiqué cette source, citée par les agences officielles Itar-Tass et Ria-Novosti.

Kiev accuse régulièrement la Russie d'envoyer des militaires ou des blindés en territoire ukrainien, de tirer à l'artillerie en territoire ukrainien et de fournir armes et combattants aux insurgés. Ces affirmations ont toujours été démenties par Moscou.

C'est la première preuve matérielle de l'implication des forces russes dans le conflit. Moscou a confirmé leur arrestation tout en déclarant qu'ils avaient franchi la frontière par accident.

Les "incursions militaires" de la Russie en Ukraine constituent une "escalade significative", a affirmé la Maison Blanche lundi soir après que Kiev a annoncé la capture de soldats russes sur son territoire.

"Les incursions militaires de la Russie en Ukraine -l'artillerie, les systèmes de défense aérienne, les dizaines de chars et de soldats- représentent une escalade significative", a écrit Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, sur son compte Twitter. "Les incursions répétées de la Russie en Ukraine sont inacceptables, dangereuses et incendiaires", a-t-elle poursuivi.

"Intensification de l'action de l'ennemi"

Des combats se déroulaient mardi près de la frontière russe dans le secteur côtier de Novoazovsk, au sud du bastion insurgé de Donetsk, où les autorités ukrainiennes ont affirmé la veille avoir stoppé une colonne de blindés venue de Russie. Une épaisse fumée était visible au-dessus du secteur de Novoazovsk, une ville côtière de 11 000 habitants sous contrôle loyaliste située au bord de la mer d'Azov, à 12 km à l'ouest de la frontière russe.

Des témoins ont également fait état de plusieurs explosions entendues toute la matinée dans les faubourgs est de la ville, en direction de la frontière. "Le bombardement de Novoazovsk par les mercenaires russes se poursuit en ce moment. Selon les premières informations, un hôpital est en feu", a confirmé le porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko.

De leur côté, les insurgés ont déclaré qu'ils avaient lancé une contre-offensive au sud de la grande ville de Donetsk, dans ce qui semble être une tentative de prendre l'armée ukrainienne en tenaille. Des combats se déroulaient effectivement lundi au sud de Donetsk et des journalistes de l'AFP ont vu des colonnes de fumée s'élever au-dessus de la campagne environnante.

Le conflit dans l'est de l'Ukraine a fait en quatre mois plus de 2200 morts, des milliers de blessés et des centaines de milliers de déplacés et de réfugiés.

Un nouveau convoi russe annoncé

Moscou a placé lundi Kiev devant la perspective d'une nouvelle démonstration de force en annonçant l'envoi "dès cette semaine" d'un nouveau convoi humanitaire, quelques jours après l'entrée en territoire ukrainien d'un premier convoi.

La Russie avait fait entrer vendredi quelque 220 camions chargés, selon Moscou, de 1800 tonnes d'aide humanitaire, sans l'autorisation de Kiev.

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Patients à l'hopital Kalinina, après le bombardement de la zone séparatiste de Donetsk, le 24 août © DIMITAR DILKOFF - BELGAIMAGE

Le convoi avait déchargé sa cargaison le soir même dans le bastion prorusse de Lougansk, privé d'eau et d’électricité depuis plus de trois semaines, puis avait regagné la Russie. Kiev et certains pays occidentaux craignent que les initiatives humanitaires russes ne donnent lieu à une provocation qui pourrait servir de prétexte à une intervention russe en Ukraine.

Sur le plan politique, le président ukrainien a annoncé sa décision, largement attendue, de dissoudre le Parlement ukrainien. "Le nouveau Parlement sera élu le 26 octobre", a annoncé le président, cité sur son site internet officiel.

Cette dissolution intervient après la désintégration en juillet de la coalition gouvernementale au Parlement. Petro Porochenko avait alors pris l'engagement de convoquer des élections législatives dès cet automne et non en 2017 comme cela était initialement prévu.

Par ailleurs, le président ukrainien doit être reçu samedi matin par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, quelques heures avant le début de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement des 28, prévu à 14H00 GMT. Il doit aussi s'entretenir vendredi soir avec le président de la Commission européenne sortante, José Manuel Barroso. Mais il ne participera pas au sommet européen, convoqué pour pourvoir deux hauts postes de l'UE, celui de chef de la diplomatie pour remplacer à la fin de l'année Catherine Ashton, et celui de président du Conseil pour succéder à M. Van Rompuy.

Journalistes détenus par une organisation ultra nationaliste ukraininenne

L'organisation radicale nationaliste ukrainienne Pravy Sektor, dont des membres sont engagés dans les combats dans l'est du pays, a confirmé mardi détenir deux journalistes travaillant pour un journal de Crimée, en reportage dans la région, et assuré qu'ils seraient rapidement libérés.

"Je confirme que les journalistes Evguénia Koroleva et Maxime Vassilenko ont été arrêtés hier soir près de Donetsk", a dit Andriï Tarassenko, l'un des responsables de l'organisation. "Nous avons déterminé qui ils étaient et maintenant nous allons les libérer".

Maxime Vassilenko, photographe du journal "Télégraphe de Crimée" qui collabore régulièrement avec l'AFP et l'agence publique russe Ria-Novosti, et la journaliste Evguenia Koroleva n'ont pas donné de nouvelles depuis dimanche soir, avait indiqué lundi soir la rédactrice en chef du journal, Maria Volkonskaïa.

Selon elle, ils rentraient en Crimée, péninsule ukrainienne annexée en mars par la Russie, après notamment un reportage sur le défilé humiliant de prisonniers de guerre ukrainiens dimanche à Donetsk, fief des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine.

AFP

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