Ukraine/Odessa : 38 morts dans un incendie après des affrontements

"En marge d'affrontements, un incendie d'origine criminelle s'est déclaré" dans la Maison des Syndicats, a indiqué le ministère. "38 personnes sont mortes - 30 intoxiquées par l'oxyde de carbone et huit en sautant par la fenêtre", selon le ministère qui n'a fourni aucun autre détail sur les circonstances du sinistre.

Plus tôt dans la journée, un défilé rassemblant environ 1.500 personnes, en grande partie des supporteurs des clubs de football d'Odessa et de Kharkiv (est) avait été attaquée par plusieurs centaines de pro-russes casqués à coups de matraques, de pierres et d'explosifs, et ce malgré une tentative d'interposition de la police. Ces violences ont fait quatre morts et une quinzaine de blessés.

Opération militaire à Slaviansk, la Russie menacée de sanctions "sévères"

Barack Obama et Angela Merkel ont menacé vendredi la Russie de sanctions "sévères" en cas d'aggravation de la crise en Ukraine, où l'armée lutte - pour l'instant sans succès - pour le contrôle de Slaviansk, et où la situation se détériore à Odessa. Le président américain a mis en garde Moscou contre de nouvelles sanctions "sectorielles", si l'élection présidentielle prévue en Ukraine le 25 mai devait être perturbée.

"Nous sommes prêts et avons préparé une telle étape" (dite phase 3), a renchéri la chancelière allemande, en visite à Washington. Les pays du G7 avaient déjà annoncé le week-end dernier un renforcement de leurs sanctions à l'égard de la Russie, qu'ils accusent de déstabiliser activement l'Est de l'Ukraine.

"Si nous étions témoins de perturbations ou de déstabilisations à un niveau qui empêcherait la tenue des élections du 25 mai, nous n'aurions d'autre choix que de prendre de nouvelles sanctions sévères," a déclaré Barack Obama.

La chancelière allemande a prévenu de son côté que l'Europe était prête à lancer la "phase 3" des sanctions économiques contre la Russie, auxquelles sont cependant opposées plusieurs entreprises. "Nous sommes prêts et avons préparé une telle étape", a déclaré Mme Merkel. La phase 2 des sanctions concernait des individus tandis que la phase 3 viserait davantage des secteurs économiques. "Le 25 mai n'est pas si loin. S'il n'est pas possible de stabiliser la situation, les sanctions seront inévitables", a-t-elle prévenu.

Les deux dirigeants se sont gardés de préciser les contours nets de telles nouvelles sanctions. Il ont en outre affirmé tous deux que l'issue de la crise dépendait de la Russie.

L'UE avait ajouté lundi 15 noms de responsables russes et ukrainiens pro-russes sur la liste des personnes sanctionnées. Mais certaines capitales veulent aller plus loin "afin d'accroître la pression sur Moscou", avait indiqué mercredi un diplomate.

Les Etats-Unis avaient adopté également lundi des sanctions plus larges, qui visent notamment des entités et des proches de Vladimir Poutine comme Igor Setchine, son conseiller pour l'énergie, ou Sergueï Tchemezov, PDG du groupe technologique Rostec.

Les deux dirigeants ont aussi redit leur préférence pour une solution diplomatique à la crise en Ukraine, en proie vendredi à des violences meurtrières en particulier dans la partie orientale du pays.

M. Obama a reconnu les sensibilités différentes au sein de l'UE concernant des sanctions sectorielles contre Moscou, mais souligné que "tous les pays étaient d'accord pour dire que Moscou a violé le droit international, violé l'intégrité territoriale et la souveraineté d'un pays européen". "Je pense qu'il y a unanimité pour dire que cela doit avoir des conséquences", a argumenté le président américain.

Il a toutefois rappelé que "l'énergie allait de Russie en Europe, et cela s'est poursuivi même au milieu de la Guerre froide". "Donc, l'idée selon laquelle on fermera les vannes de tout le pétrole et le gaz russe à l'exportation n'est pas réaliste à mon avis", at-il ajouté.

"Mais il y a de nombreuses mesures qui peuvent être prises, pas seulement dans le secteur énergétique", a-t-il remarqué, mentionnant "l'industrie d'armement, le secteur financier, les lignes de crédit (...) tout cela a des conséquences importantes sur la Russie".

Dans l'un des volets de la crise ukrainienne, M. Obama a par ailleurs appelé la Russie à contribuer à la libération des inspecteurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) détenus à Slaviansk, dans l'est de l'Ukraine, par des séparatistes pro-russes.

"La Russie doit travailler à faire en sorte qu'ils soient immédiatement relâchés", a déclaré M. Obama en dénonçant une détention "scandaleuse" et "inexcusable".

Barricades à Slaviansk

La population, qui s'est réveillée au son du canon et du tocsin, a entrepris de se préparer, érigeant des barricades de fortune dans les rues. Des membres des groupes d'"autodéfense" en tenue de camouflage se sont déployés près de la mairie autour de deux blindés légers pris le mois dernier aux forces ukrainiennes.

Le maire autoproclamé de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev, a demandé dans un message vidéo aux "femmes, enfants et retraités de ne pas sortir de chez eux" et à "tous les hommes armés d'aider" les insurgés.

Trois équipes de journalistes occidentaux (les chaînes de télévision CBS et Sky News et le site Buzzfeed) ont de leur côté indiqué avoir été retenus pendant plusieurs heures vendredi à Slaviansk par des rebelles aux nerfs à fleur de peau, qui en ont malmené certains avant de les relâcher.

Les troubles ont aussi pris vendredi une ampleur inédite jusqu'ici dans la ville portuaire d'Odessa, où une manifestation en faveur de l'unité de l'Ukraine a été violemment attaquée par des militants pro-russes, se soldant par quatre morts et une dizaine de blessés.

Succès incertain des actions militaires en cours

Lancée aux petites heures de la matinée sur Slaviansk et Kramatorsk, l'opération s'est par la suite figée en un face-à-face sous tension, selon des journalistes sur place. Son succès paraissait incertain tard vendredi. "Les criminels ont essuyé de lourdes pertes : beaucoup de morts et de blessés, de nombreux prisonniers. Malheureusement, nous avons des informations sur deux morts et sept blessés parmi nos soldats", a déclaré le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov dans une adresse télévisée à la nation.

Les rebelles ont pour leur part fait état d'un bilan de cinq morts. Selon une porte-parole, les insurgés "ont perdu quatre à cinq postes de contrôle aux limites de la ville".

Réaction russe virulente

La Russie, que Kiev et l'Occident accusent de téléguider le mouvement pro-russe, a réagi avec virulence à l'annonce de l'opération militaire, qu'elle a qualifiée de "raid de représailles" et de "coup de grâce à l'accord de Genève" péniblement conclu à la mi-avril entre Moscou, Kiev et les Occidentaux. "Les autorités doivent revenir à la raison et mettre fin au meurtre de leurs propres citoyens. Sinon, le pays pourra connaître un bien triste destin", s'est indigné le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev pour qui "la responsabilité de la guerre contre son propre peuple revient à ceux qui prennent des décisions à Kiev".

Pour le président ukrainien, Moscou est en proie à "l'hystérie" et a recours "aux menaces et à l'intimidation".

La Russie a répété son message vendredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU, exigeant que Kiev "mette fin à ses opérations punitives" dans l'est de l'Ukraine, les Occidentaux rejetant pour leur part sur Moscou la responsabilité du regain de tension.

La Russie a exigé vendredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU que Kiev "mette fin à ses opérations punitives" dans l'est de l'Ukraine. "Nous demandons à Kiev et à ses soutiens (occidentaux) de ne pas commettre une erreur fatale et de réfléchir aux conséquences de leurs actions", a déclaré l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine, qui avait demandé une réunion d'urgence du Conseil. Les autorités de Kiev, a-t-il ajouté, "doivent rapidement mettre fin à toutes leurs opérations punitives" contre les insurgés qui ont pris le contrôle de bâtiments publics dans plusieurs villes de l'Est.

Pour l'ambassadrice américaine Samatha Power, le gouvernement ukrainien ne fait que "tenter de contenir une violence paramilitaire soutenue par la Russie afin d'assurer la sécurité des citoyens ukrainiens". "Leur réponse est raisonnable, proportionnée et c'est franchement ce que n'importe quel pays aurait fait" dans de telles circonstances, a-t-elle estimé. "Il n'y a aucun pays membre du Conseil autour de cette table qui laisserait sans réagir ses villes être prises d'assaut par des militants armés", a renchéri l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant, fustigeant "l'hyprocrisie effarante" de la Russie qui "arme les régimes les plus répressifs au monde, dont la Syrie".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon "demande à tous de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine" et réclame à nouveau "la libération immédiate et sans condition" des observateurs de l'OSCE retenus par les insurgés pro-russes depuis une semaine, a indiqué devant le Conseil le secrétaire général adjoint aux affaires politiques Jeffrey Feltman.

Belga et AFP

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