Ukraine: négociations et trêve, la révolte s'étend à l'ouest

Après la trêve proclamée par l'ancien boxeur Vitali Klitschko et la rencontre des chefs de file de l'opposition avec le président Viktor Ianoukovitch, Kiev reste calme mais la tension persiste.

"Les chances ne sont pas grandes, mais elles existent", a estimé l'opposant, demandant aux manifestants de laisser les pompiers éteindre le feu de leur barricade composée de pneus, en flammes depuis la nuit de mercredi à jeudi.

 

La révolte touche Lviv et des villes de l'ouest

Le gouverneur de la capitale de la Galicie, Lviv, a du démissionner après que des opposants aient pris d'assaut son bureau. Oleg Salo a été nommé par le président Viktor Ianoukovitch, originaire de l'est russophone et souvent considéré comme pro-russe.

Ces manifestants s'étaient rassemblés devant l'administration régionale de la ville, considérée comme la capitale de l'ouest ukrainophone du pays et majoritairement favorable au mouvement de protestation qui agite actuellement Kiev.

Les manifestants ont ensuite réussi à déborder la sécurité et à pénétrer dans les locaux, recherchant M. Salo. Une fois qu'ils l'ont trouvé, ils l'ont bloqué, refusant de le laisser partir tant qu'il refusait de démissionner.

Il a ensuite signé un document dans lequel il demandé à être démis de ses fonctions, qu'il a tendu aux manifestants.

Des actions visant des gouverneurs d'autres régions ont aussi eu lieu dans au moins quatre villes de l'ouest du pays.

Kiev n'envisage pas l'état d'urgence

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a assuré ce jeudi au président de la Commission européenne José Manuel Barroso qu'il n'envisageait pas de décréter l'état d'urgence dans son pays.

José Manuel Barroso a de nouveau exhorté le président ukrainien à "mener un dialogue au plus haut niveau", alors que la rencontre entre le président et les chefs de file de l'opposition commençait.

5 morts et plus de 300 blessés

L'opposition réclame la convocation d'élections anticipées pour mettre fin à la contestation, née il y a deux mois du refus de Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'UE, et de sa décision de se tourner vers Moscou.

Le mouvement a repris de l'ampleur après l'adoption la semaine dernière de lois renforçant les sanctions applicables aux manifestants, et a tourné à la guérilla urbaine depuis dimanche.

Mercredi, la police a lancé plusieurs assauts contre les manifestants et les affrontements ont fait cinq morts, et plus de 300 blessés.

Réactions de la communauté internationale

L'Union européenne a réagi rapidement, avertissant qu'elle allait "étudier de possibles actions et les conséquences" pour ses relations avec l'Ukraine et se disant "choquée" par l'escalade de la violence.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a averti Kiev de "possibles actions" et de "conséquences pour les relations" avec l'Ukraine.

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders ne cache pas son inquiétude face à l'évolution de la situation sur place. Selon lui, l'Union européenne pourrait envisager de prendre des sanctions, sous réserve d'unanimité. Il veut aussi plus de fermeté à l'égard de la Russie, dont la pression est "inacceptable".

Le Service public fédéral (SPF) Affaires étrangères a par ailleurs légèrement modifié son avis de voyage concernant l'Ukraine. "Les voyageurs doivent se montrer particulièrement vigilants et éviter de se rendre dans les zones où se produisent ces manifestations (dans le centre de Kiev).

Les Etats-Unis ont annoncé de premières sanctions en révoquant les visas de responsables ukrainiens impliqués dans les violences.

Moscou a pour sa part dénoncé "l'ingérence étrangère" dans les affaires intérieures de l'Ukraine, tout en estimant de son côté que l'opposition "extrémiste" en violait "outrageusement la Constitution".

Gorbatchev appelle Poutine et Obama à aider au dialogue

Le dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a appelé jeudi les présidents russe Vladimir Poutine et américain Barack Obama à aider à lancer des négociations en Ukraine.

"Vladimir Vladimirovitch (Poutine), Barack Obama, je vous demande de (...) faire un pas décisif pour aider l'Ukraine à reprendre le chemin d'un développement pacifique", a-t-il écrit dans une lettre ouverte aux deux dirigeants.

"Je suis certain que vous avez les forces nécessaires pour atteindre ce but. Les parties en confrontation doivent s'asseoir à la table des négociations", a-t-il ajouté.

"On ne peut pas ne pas voir que le cours des événements menace non seulement l'Ukraine et ses voisins, mais aussi l'Europe et le monde entier", a-t-il estimé.

RTBF avec agences

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